Profil prudent : 8 critères essentiels de stock picking pour l’investisseur prudent

Le 28 juillet 2021

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Les marchés financiers, après une crise majeure en 2020, se sont repris en 2021, jusqu’à flirter avec leurs records. Les valorisations au plus hauts peuvent faire craindre le pire. D’autant que les marchés sont surtout portés par les politiques de quantitative easing des banques centrales et les milliards des plans de relance, tout en restant très fragiles et menacés par la reprise de l’épidémie avec le variant Delta qui pourrait bien de nouveau provoquer des restrictions sanitaires peu propices au bon déroulement de l’activité économique. Dans ce contexte macro-économique très particulier, l’investisseur aurait tout intérêt à se montrer prudent. Comment ?

L’investisseur prudent peut, pour composer son portefeuille boursier, s’appuyer sur plusieurs critères : un rendement solide du dividende, une marge de sécurité, des tendances graphiques favorables, des ratios financiers attractifs, un endettement maîtrisé, etc., ou bien opter pour la combinaison de plusieurs de ces critères.

Dans cet article, nous vous présentons 8 critères de l’investisseur prudent parmi les plus connus et utilisés par des investisseurs à succès tels que Benjamin Graham, Warren Buffet ou encore Walter Schloss. Retrouvez également les approches complémentaires qui vous permettront de mettre toutes les chances de votre côté ainsi que nos conseils pour savoir quand vendre ses actions et comment réaliser des plus-values sur la durée.

1. Privilégiez une grande entreprise

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Benjamin Graham a toujours eu une préférence pour les grandes entreprises. Ses trois critères principaux qui l’aidaient à sélectionner un titre étaient :

  • la capitalisation boursière (nombre d’actions en circulation multiplié par le cours de l’action) ;
  • les ventes ;
  • la valeur de l’actif.

Graham distinguait dans ses analyses les entreprises industrielles et les fournisseurs de services aux collectivités (gaz, eau, électricité, traitement des déchets, etc.), aussi couramment appelées “utilities”.

Pour les industries, Graham étudiait minutieusement le chiffre d’affaires. Dans son livre L’investisseur intelligent, Ben Graham conseille à l’investisseur défensif, débutant comme expert, d’éviter les entreprises qui font moins de 100 millions de dollars de chiffre d’affaire annuel (son livre datant de 1949, cela correspond à 1,13 milliards de $ actuels corrigés de l’inflation*).

Pour les services aux collectivités, il privilégiait en revanche la valeur de l’actif au bilan. D’après lui, il ne vaut la peine de s’intéresser à ce type d’entreprise que si la valeur totale de l’actif dépasse 50 millions de dollars (565 millions de $ actuels*).

2. Pratiquez la diversification




La diversification est quasiment indispensable dans le cadre des stratégies de stock picking prudentes. Elle prend différentes formes.

Diversification numéraire

20 à 25 actions en portefeuille semble être un bon compromis. Cela correspond à une exposition par ligne d’investissement comprise entre 4 et 5 % de sa valeur globale. L’équipondération est également recommandée.

Diversification géographique

Investir au sein de différents pays (Europe, USA, Canada, etc.) permet de limiter les risques. Attention néanmoins aux normes comptables de présentation des rapports financiers dans certains pays tels que la Chine, l’Inde, ou la Russie pour ne citer que quelques exemples.

Diversification sectorielle

Il est très vivement conseillé d’être investi au sein de différents secteurs avec une pondération maximale de 20 % au sein d’un même secteur : automobile, agroalimentaire, commerce, BTP, industrie, REIT … Les choix sectoriels sont nombreux.

L’investisseur américain Walter Schloss, assez peu connu du grand public, pouvait atteindre une exposition avoisinant les 100 lignes d’investissements en actions au sein de ses stratégies de stock picking.

Tandis que Warren Buffett, investisseur milliardaire très connu, applique une stratégie de gestion de portefeuille actions plus concentrée avec une connaissance pointue de ses investissements.

Consulter également notre dossier Comment diversifier vos placements et votre épargne

3. Prêtez attention à la solidité financière

Graham mesurait la solidité financière d’une entreprise selon plusieurs méthodes, certaines plus appropriées que d’autres selon les secteurs.

Liquidité court terme

D’abord, il déterminait un current ratio, donné en divisant la valeur de l’actif circulant par celle des dettes courts-termes (< 1 an). Ce ratio doit être supérieur ou égal à 2. Ce ratio permet de vérifier le volume de liquidités disponible à court terme. Ben Graham n’a pas spécifié de tel multiple pour les utilities.

Dette long terme

Selon Benjamin Graham, la dette à long terme d’une entreprise industrielle ne doit pas excéder le montant de l’actif circulant net de toute dette.

Pour les utilities, il est important de surveiller le financement. Le ratio dette / fonds propres sera alors un critère d’évaluation important. Les dettes ne devraient pas excéder le double de la valeur comptable des actions (et non leur valeur de marché).

4. Sélectionnez des sociétés qui n’affichent pas de perte lors des récessions




On reconnaît en Ben Graham le maître de Warren Buffett : réfléchi, prudent, défensif et méticuleux. Sa sélection de titres était le fruit d’une longue étude de plusieurs critères qui confirmerait la fiabilité d’une société. Une compagnie fiable doit arriver à limiter ses pertes pendant les périodes de récession.

Certains secteurs sont plus vulnérables que d’autres face aux ralentissements économiques. Les utilities, les compagnies d’assurance, l’agro-alimentaire et les pharmaceutiques résistent en général plutôt bien en période de crise. Néanmoins, les dernières crises boursières de 2008 et plus récemment celle de mars 2020 du Covid-19 n’ont pas spécialement validé ce principe.

Graham recommandait aussi de rechercher une entreprise bénéficiaire sur les 10 dernières années, sans exception. Graham considérait que les utilities, du type de Veolia par exemple, pouvaient s’avérer des placements particulièrement rentables. Ce type d’entreprises correspondait bien à ses critères de sélection, et à cette époque, elles étaient particulièrement bon marché. En encourageant les investisseurs défensifs à investir dans ce type d’entreprises, Graham voulait les tenir à l’écart des “valeurs de croissance”, bien trop chères … et donc trop risquées.

5. Optez pour des sociétés ayant un minimum de croissance annuelle de 3 %

Le taux de croissance minimum d’une entreprise doit être de 3 %/an ou plus, soit un taux équivalent à celui de l’inflation sur le long terme.

En d’autres termes, le chiffre d’affaires annuel de la société doit être en croissance régulière d’au minimum 3 %. Notez que les investisseurs growth (de croissance) vont chercher des profils de sociétés bénéficiant de croissances de leurs chiffres d’affaires bien plus élevées au détriment des autres critères de valorisation car il est très rare de trouver des sociétés combinant les critères growth et value en même temps.

Consulter également notre dossier Investir en Bourse avec la gestion Value

6. Choisissez des sociétés dont le PER moyen est en-dessous de 15 sur les trois dernières années




Le ratio cours / bénéfices (PER) des 3 dernières années ne doit pas être supérieur à 15. Pourquoi cette limite ? En conseillant un PER de autour de 15, les titres en portefeuille auront été achetés à des prix raisonnables au regard du rendement offert par les obligations AA de ces mêmes entreprises.

À l’époque où Benjamin Graham a écrit “L’investisseur intelligent”, le rendement des obligations sans risque oscillait autour de 7,5 %. L’inverse de ce rendement (1 divisé par 0,075), soit 13,3, permet de déterminer un objectif de PER moyen pour le portefeuille. Si le rendement de l’obligation augmente, le PER visé doit diminuer d’autant.

Si un PER inférieur à 15 est un critère qui permet d’acquérir des actions de sociétés payées moins de 15 fois leurs bénéfices annuels, lors de certaines périodes où les indices boursiers et les valorisations boursières sont élevées comme actuellement il sera plus difficile d’appliquer ce critère. L’investisseur peut alors décider d’être sous-investi durant ces périodes et faire preuve de patience en attendant les prochaines opportunités lorsque les marchés seront plus propices à l’acquisition d’actions ayant des PER inférieur ou égaux à 15.

Il peut également être intéressant de calculer un PER moyen sur les 3, 5 ou 10 dernières années afin d’augmenter sa fiabilité dans le temps et de lisser certaines années exceptionnellement favorables ou défavorables en termes de profits.

7. Privilégiez les entreprises dont le ratio price-to-book est < 1,5

Pour Graham, l’investisseur défensif doit sélectionner des entreprises avec ratio price-to-book inférieur à 1,5. Cependant, si le PER est particulièrement bas, il peut tout de même valoir le coup d’investir dans une valeur dont le price-to-book est supérieur à 1,5. C’est pourquoi il préconisait de sélectionner une entreprise dont le produit du PER et du ratio price-to-book n’excède pas 22,5.

Par exemple, un titre cotant deux fois sa valeur d’actif passe le test si elle se transige à 10 fois les bénéfices (10 × 2 < 22,5).

Le calcul du price-to-book est déterminé par l’actif net (ou les capitaux propres d’une société), cette information est présente au passif du bilan consolidé et correspond au total des actifs (ce que possède une société) soustrait de ses dettes et de ses provisions. Il suffit ensuite de diviser la valorisation boursière par la valeur de l’actif net.

Ce ratio permet à l’investisseur de déterminer le niveau de « cherté » de la société en Bourse par rapport à sa valeur nette comptable au bilan.

Critère primordial de l’investisseur « value », le price-to-book peut également être décliné en base tangible (tangible price-to-book). Ainsi, les actifs intangibles sont neutralisés car ils peuvent être considérés comme difficilement monétisables si la société devait être vendue.

Lorsque le price-to-book est inférieur à 1, cela signifie que la valeur de l’actif net comptable est supérieure à la capitalisation boursière. Certains investisseurs qualifient cette différence de « marge de sécurité ». D’autre part un price-to-book compris entre 1 et 2 reste raisonnable si le PER est attrayant et s’il s’agit d’une grande société. L’avantage concurrentiel est également un atout supplémentaire.

8. Privilégiez le versement d’un dividende

Benjamin Graham préconisait également que l’entreprise verse un dividende annuel sans discontinuer depuis au moins 20 ans. On peut donc dire qu’il cherchait des profils proches des aristocrates du dividende.

De nos jours cependant, l’exercice s’annonce plus difficile car les entreprises tendent à utiliser leurs excès de trésorerie pour procéder à des rachats d’actions.

Certaines stratégies de stock picking sont principalement axées sur les niveaux de rendement et la régularité des dividendes sans considérations des autres critères. Dans ce cadre, il serait plutôt judicieux de respecter des seuils raisonnables pour les ratios de PER et de price-to-book afin de se protéger de possibles « déconvenues » en termes de moins-values potentielles par rapport à la valeur d’acquisition des actions, et cela même si le dividende reste pérenne.

Consulter également notre dossier sur Comment toucher des dividendes en Bourse

Analyse macro-économique et analyse graphique : 2 approches complémentaires pour sélectionner ses actions



Analyse macroéconomique

En plus de ces critères pour choisir ses actions, l’investisseur prudent aura tout intérêt à se pencher sur le contexte macro-économique. En effet, une stratégie de stock picking accompagnée d’analyses macroéconomiques peut apporter un réel avantage dans le sens où cette discipline peut permettre d’anticiper les cycles économiques et souvent par corrélation les cycles boursiers. Cette pratique nécessite un bon niveau d’expertise et, si elle se trouve bien maîtrisée, peut permettre à l’investisseur de se sous-pondérer durant les hauts de cycles et de s’exposer à 100 % durant les bas de cycles. La performance du portefeuille boursier appréciera indéniablement.

Découvrir aussi notre article Investir en Bourse dans les valeurs cycliques

Analyse graphique

Il conviendra également, pour compléter son analyse fondamentale, de déterminer quel est le meilleur moment pour acheter un titre grâce à l’analyse chartiste (étude des figures des courbes de prix des actions pour tenter d’en déterminer l’évolution future à court, moyen ou long terme). De fait, cette pratique peut apporter une valeur ajoutée à une stratégie de stock picking. Notez cependant que seul un faible pourcentage des investisseurs non professionnels réalise des gains réguliers par la pratique seule de l’analyse technique et graphique. Dans ce cadre, il semble plus pertinent de concilier analyse graphique et fondamentale pour sélectionner ses actions en Bourse.

Quand vendre ses titres ?

Vos titres doivent être réévalués au moins une fois par an, en portant une attention toute particulière au rendement (dividendes) et aux bénéfices.

D’après Graham, tant que la capacité bénéficiaire des entreprises est satisfaisante, il convient de conserver ses titres, en veillant à ignorer les fluctuations de cours sur le marché, particulièrement les baisses.

L’investisseur défensif profitera des hausses de cours. Si un titre devient surévalué, ou bien valorisé, alors l’investisseur intelligent pourra vendre, puis réinvestir dans des titres bon marché.

Les critères de stock-picking de l’investisseur prudent, un gage de réussite en Bourse sur le long terme




“Vous n’avez ni raison ni tort parce que les autres sont en désaccord avec vous. Vous avez raison parce que vos données et votre raisonnement sont justes. À la Bourse, le courage devient la vertu suprême, après l’acquisition de connaissances appropriées et une méthode éprouvée”.
– Benjamin Graham.

Graham résumait sa philosophie d’investissement ainsi :

“L’investisseur intelligent analyse les achats potentiels selon des principes solides”.

Ces principes fondamentaux sont :

  • comprenez bien ce que vous faites ;
  • prenez vos décisions vous-même, en votre âme et conscience ;
  • assurez-vous que vous ne risquez pas une part trop importante de votre capital ;
  • restez fidèles à votre jugement sans vous préoccuper de l’opinion de marché.

Les critères présentés dans cet article sont principalement basés sur ceux d’investisseurs value à succès, notamment ceux de Benjamin Graham (mentor de Warren Buffet). Cependant, les dernières crises boursières telle que celle de 2008 et plus récemment celle de mars 2020 du Covid-19 démontrent que les actions respectant ces critères peuvent connaître une très forte volatilité.

Il est indispensable dans cette situation de garder son sang-froid car, si les critères de l’investisseur prudent ont bien été respectés, il n’y a alors aucune raison de se voir confronté à l’échec de votre stratégie de stock picking.

Il vous faudra aussi bien entendu faire preuve de patience si vos investissements ne vont pas dans votre sens ou si vous traversez une crise boursière car, in fine, la majorité de vos investissements seront fructueux dans le temps sous condition du bon respect des critères de l’investisseur prudent.

Le travail le plus important est donc réalisé en amont de vos investissements, au moment de la sélection des actions de votre portefeuille boursier. Il faut ensuite surveiller l’évolution des ratios financiers, notamment au moment des publications de résultats financiers annuels qui permettront de réajuster vos objectifs.

*calculs établis par l’intermédiaire d’usinflationcalculator.com (entre 1949 et 2021).

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Source des images : Freepik

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Louis Yang

Co-fondateur - Café de la Bourse - Site internet - Twitter

Diplômé de l’ICN et de l’ESCP. Louis Yang a travaillé à la Mission Economique, au sein du groupe Lafarge et a été conseiller en gestion de patrimoine indépendant. Il a également été rédacteur et éditeur financiers pour Aol Finance et Yahoo Finance.

Il est auteur pour la librairie du Commerce International, chroniqueur sur BFM et sur B Smart ainsi que co-fondateur du Cafedelabourse.com.

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