Quelles sont les causes et les conséquences de l’inflation ?

Le 02 juin 2021

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L’inflation est un phénomène économique qui, lorsqu’il est trop important et non anticipé, peut avoir un impact retentissant sur le pouvoir d’achat des ménages. De quoi s’agit-il exactement ? Quelles formes l’inflation peut-elle prendre ? Quelles sont ses causes et ses effets ? Découvrez les avantages et inconvénients de l’inflation, les placements à privilégier lors des périodes d’inflation et ceux à éviter.

Qu’est-ce que l’inflation ?

L’inflation est une augmentation constante du niveau général des prix pour les biens et services. Elle se mesure annuellement et se présente sous forme de pourcentage. Lorsque l’inflation augmente, le pouvoir d’achat de chaque euro que vous possédez diminue d’autant.

La valeur d’un euro n’est pas constante lorsqu’il y a de l’inflation. On détermine la valeur d’un euro en termes de pouvoir d’achat, qui représente les biens réels et matériels que l’argent peut acheter. Lorsque l’inflation est en hausse, le pouvoir d’achat baisse. Par exemple, si le taux d’inflation est de 2 % par an, alors théoriquement un paquet de chewing-gums à 1 euro coûtera 1,02 euro au bout d’un an. Après l’inflation, votre euro ne pourra plus acheter les mêmes biens qu’auparavant. C’est pourquoi se pose souvent la question de savoir si les placements de l’épargne réglementée tels que le Livret A ont un taux d’intérêt qui couvre au moins l’inflation. Tout l’enjeu alors n’est même plus de voir son placement rapporter mais qu’il ne coûte pas.

Inflation, déflation, hyperinflation, stagflation : les différentes variations de l’inflation

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Il existe plusieurs variations autour de l’inflation.

La déflation ou l’inverse de l’inflation

C’est lorsque le niveau général des prix chute. C’est l’opposé de l’inflation.

L’hyperinflation : hausse très rapide des prix

Il s’agit d’une inflation exceptionnellement rapide. Dans des cas extrêmes, cela peut mener à la chute du système monétaire d’un pays.

L’un des exemples les plus marquants de cas d’hyperinflation eut lieu en Allemagne en 1923, lorsque les prix augmentèrent de 2 500 % en un mois, ou encore plus récemment au Venezuela en 2018, avec une inflation de plus 1 000 000 % par an !

La stagflation : croissance faible et forte inflation

C’est la combinaison d’un fort chômage et d’une stagnation économique accompagnée (paradoxalement) par de l’inflation. C’est ce qui arriva dans les pays industrialisés dans les années 1970, alors qu’une économie faible fut associée à une augmentation des prix du pétrole pilotée par l’OPEC (ancêtre de l’OPEP).

Ces dernières années, la majeure partie des pays développés a essayé sans grand succès souvent de maintenir un taux d’inflation autour de 2 %. Une note publiée par la Société Générale, intitulée Un monde sans inflation, soutient la théorie d’une inflation durablement basse (en-dessous de l’objectif de 2 % de la plupart des pays développés), malgré les plans multiples d’assouplissements quantitatifs passés ou en cours.

Quelle est l’inflation en 2021 ?




Le taux d’inflation annuel en Europe était de 2 % en mai selon les données préliminaires annoncées mardi par l’Eurostat, avec des disparités selon les pays : 2,4 % pour l’Allemagne et l’Espagne, 1,8 % pour la France, 1,3 % pour l’Italie. Cela signifie que sur les 12 derniers mois, l’inflation s’élève en moyenne à 2 % dans les pays de la zone Euro. Il s’agit du plus haut niveau enregistré depuis octobre 2018 et le seuil maximum fixé par la Banque centrale européenne.

Les causes de l’inflation : l’inflation par la demande et par les coûts

Les causes à l’origine de l’inflation provoquent de lourds débats entre économistes. Il n’existe pas de cause unique approuvée par tous mais deux théories sont généralement acceptées :

L’inflation par la demande

Cette théorie peut se résumer à “trop d’argent pour trop peu de biens”. En somme, si la demande augmente plus vite que l’offre, les prix augmenteront. Ceci arrive souvent dans les économies en développement et c’est notamment ce qui est en jeu avec le rebond économique qui s’opère actuellement avec la fin de la crise sanitaire lié à l’épidémie de COVID 19.

L’inflation par les coûts

Lorsque les frais des entreprises augmentent, ces dernières doivent augmenter leurs prix pour maintenir leurs marges de bénéfice. L’augmentation des frais peut faire aussi bien référence aux salaires, aux taxes, qu’à des coûts croissants des importations. La crise sanitaire actuelle, avec un ralentissement, voire un arrêt complet de certains secteurs au plus fort de l’épidémie, a provoqué une pénurie de certaines matières premières ou de composants entrant dans la fabrication de nombreux produits dont les prix ont par conséquent flambé. On pense par exemple à la pénurie actuelle de semi-conducteurs qui pénalise de nombreux secteurs allant de l’informatique à l’automobile.

Inflation : une bonne ou mauvaise chose pour le pouvoir d’achat ?



Les coûts qu’entraînent l’inflation

Tout le monde croit que l’inflation est une mauvaise chose, mais ce n’est pas toujours le cas. L’inflation touche différents acteurs économiques et de diverses façons. Cela dépend si on a pu anticiper ou non l’inflation. Si le taux d’inflation correspond à ce à quoi la majorité de la population s’attendait (inflation anticipée), alors il est possible de compenser et les coûts ne seront pas élevés. Ainsi, les banques peuvent modifier leurs taux d’intérêts et les employés peuvent négocier des contrats qui incluent une hausse automatique des salaires au fur et à mesure que le niveau des prix augmente. Dans ce contexte, les décisions de la FED (la réserve fédérale américaine) sont très surveillées car elles donnent un indice sur le niveau d’inflation anticipé.

Les problèmes surviennent lorsque l’inflation n’a pas été anticipée

Les créanciers perdent et les débiteurs gagnent si le prêteur n’anticipe pas l’inflation correctement. Pour ceux qui empruntent, cela équivaut à se voir attribuer un prêt sans aucun intérêt à régler. L’inflation réduit la dette, comme le souligne le Think Tank BSI Economics. Et cela est vrai pour les États aussi bien sûr ! D’ailleurs, dans l’histoire, les déficits publics ont plus souvent été remboursés grâce à l’inflation que grâce à l’instauration de nouveaux impôts.

Mais l’inflation non anticipée présente aussi d’autres aspects négatifs. Par exemple, l’incertitude quant au futur pousse moins les entreprises et les consommateurs à la dépense, ce qui, sur le long terme, affecte la production économique.

Les personnes qui ont un revenu fixe, comme les retraités, voient leur pouvoir d’achat ainsi que leur niveau de vie réduits.

L’économie entière doit absorber la réévaluation des coûts («menu costs») car les prix courants, les étiquettes, les menus et bien d’autres choses doivent être mis à jour.

Notez aussi que si le taux d’inflation d’un pays est plus important que celui d’autres pays, les produits nationaux deviennent moins compétitifs.

Les gens aiment se plaindre de la hausse des prix mais ignorent souvent que cela signifie que les salaires devraient augmenter aussi. La vraie question n’est pas de savoir si oui ou non l’inflation augmente mais plutôt si elle augmente plus vite que les salaires.

Finalement, l’inflation est souvent signe de croissance économique. Dans certains cas, peu d’inflation (voire de la déflation) peut s’avérer aussi mauvais qu’une inflation élevée. Une absence totale d’inflation peut indiquer que l’économie est faible. Il n’est donc pas si simple de qualifier favorablement ou non l’inflation ; cela dépend tant de l’économie dans son ensemble que de votre situation personnelle.

Les placements pour se protéger de l’inflation



L’or

L’or est le rempart historique et le plus populaire face à l’inflation. Il est performant dans un environnement inflationniste de long terme comme dans les années 1970 ou son cours a été multiplié par plus de 10 sur la décennie alors que les taux d’inflation étaient élevés, aux alentours de 5 à 10 % par an. L’or est une valeur refuge quand l’économie est agitée. Investir dans l’or permet de préserver la valeur de son patrimoine et son pouvoir d’achat. Il tire son statut de valeur refuge de son caractère tangible, de sa rareté, et du fait qu’il n’est adossé à aucune institution (contrairement à la monnaie).

Les crypto monnaies

Les crypto monnaies ont de plus en plus tendance à s’imposer comme valeur refuge et leurs cours ont tendance à augmenter en période d’incertitude économique, de dollar faible et de taux négatifs, notamment le Bitcoin, première capitalisation des monnaies virtuelles. Comme l’or, la monnaie virtuelle est un actif non corrélé à une monnaie ou une quelconque banque centrale. Liquide, facilement convertible, la crypto monnaie n’est en revanche pas un bien tangible mais immatériel qui séduit davantage les plus jeunes. Le Bitcoin serait-il alors l’or des Millennials ? Possible ! Mais attention, comme l’or, la crypto monnaie échoue parfois à endosser son statut de valeur refuge et son cours peut baisser en période d’inflation.

Consulter également notre guide Investir dans les crypto monnaies

L’immobilier et les SPCI

L’immobilier et a fortiori les SCPI (Sociétés Civiles de Placement Immobilier), peuvent être des investissements intéressants en cas d’inflation. Au même titre que l’or ou les matières premières, c’est un actif tangible – la pierre – qui lors des phases inflationnistes a tendance à s’apprécier. Ainsi, la valeur du bien aura tendance à augmenter en même temps que l’inflation. Notez aussi que l’indice de référence des loyers est indexé à l’inflation, ce qui est particulièrement avantageux pour le bailleur qui n’aura pas à subir l’inflation. Le rendement se conserve donc en cas d’investissement locatif.

Les matières premières

L’inflation est par définition directement liée au prix des matières premières. Il est donc intéressant d’en détenir pour annuler ses effets. Ce sont des actifs réels, tangibles, nécessaire à l’économie. Ainsi, en cas d’inflation le prix des matières premières augmente car celles-ci conservent leur valeur d’usage.

Les actions en Bourse

Certaines actions d’entreprises en Bourse, dans un contexte d’inflation lié à une période de croissance économique constituent une classe d’actifs intéressante, surtout si elles sont capables d’ajuster leur prix rapidement (c’est ce qu’on appelle le pricing power). On peut par exemple citer les grandes marques, les entreprises du luxe (Hermès, LVMH, etc.) ou encore les quasi-monopoles sur certaines industries (Plastic Omnium, Coca-Cola, etc..). Les valeurs bancaires sont elles aussi intéressantes : elles profiteraient d’une éventuelle remontée des taux d’intérêt pour pallier l’inflation, qui leur permettrait d’augmenter leur marge.

Consulter également notre guide 12 conseils pour bien débuter en Bourse

Les placements à éviter en cas d’inflation



Les obligations et les fonds euros assurance vie

Si l’inflation revient, il convient d’éviter les fonds obligataires qui se positionnent majoritairement sur des emprunts d’État européens à taux fixe. Si l’inflation est supérieure au taux fixe obligataire, vous perdez mathématiquement de l’argent. Remarquez que les fonds en Euros d’assurance vie sont majoritairement constitués de ces obligations et sont donc à éviter en cas d’inflation. En alternative, il existe des obligations indexées sur l’inflation pour vous protéger de ce risque.

Les livrets bancaires

Le taux des livrets bancaires et notamment du livret A à 0,5 % ne permet pas de couvrir l’inflation. Là encore, comme pour les obligations, si le taux d’inflation est supérieur au rendement du livret, vous perdez mathématiquement de l’argent. Vous pouvez calculer le rendement réel du livret en soustrayant le rendement théorique à la valeur du taux d’inflation pour arbitrer sur la pertinence du livret pour vos placements.

Les valeurs défensives en Bourse

Évitez aussi les valeurs défensives en Bourse (comme les actions de sociétés du secteur des biens de consommation basiques ou du secteur des utilities) qui ont des difficultés à ajuster leur prix à la hausse (pas de pricing power) alors que les coûts de revient augmentent, se répercutant directement sur les marges opérationnelles. Si ces entreprises sont très endettées, une baisse des marges opérationnelles les met en danger. Elles pourraient avoir des difficultés à rembourser leur dette et ce déséquilibre financier pourrait avoir des conséquences sur le prix de ces actions en Bourse.

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Louis Yang

Co-fondateur - Café de la Bourse - Site internet - Twitter

Diplômé de l’ICN et de l’ESCP. Louis Yang a travaillé à la Mission Economique, au sein du groupe Lafarge et a été conseiller en gestion de patrimoine indépendant. Il a également été rédacteur et éditeur financiers pour Aol Finance et Yahoo Finance.

Il est auteur pour la librairie du Commerce International, chroniqueur sur BFM et sur B Smart ainsi que co-fondateur du Cafedelabourse.com.

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