Comment pense un analyste financier et ce que vous pouvez en tirer pour mieux investir
Ce mois-ci, découvrez comment raisonne un analyste financier et ce que cela peut concrètement vous apporter pour mieux investir en Bourse.
Café de la Bourse vous invite à plonger dans les coulisses de la gestion d’actifs à travers le témoignage d’Aurélien Lux, Analyste financier chez Galilee AM.
Indicateurs clés, gestion du risque, lecture des marchés et sentiment actuel : autant d’enseignements utiles pour affiner vos décisions d’investissement.
Aurélien Lux, quelle fonction occupez-vous ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire le métier d’analyste financier ?
J’occupe la fonction d’analyste et assistant-gérant au sein de Galilee Asset Management. C’est un poste exigeant et transversal qui me permet d’intervenir sur l’ensemble des classes d’actifs cotées : actions, fonds, ETF, obligations, dérivés et produits structurés.
Mon travail repose sur trois volets. D’abord l’analyse macro-économique et financière : je suis les grandes dynamiques économiques et géopolitiques, comme les recompositions liées au retour de Donald Trump aux États-Unis, pour en mesurer les répercussions sur les marchés, les classes d’actifs et les entreprises. L’enjeu n’est pas seulement de décrire les mouvements, mais de construire des convictions d’investissement argumentées et de se positionner : acheter, conserver ou vendre.
Ensuite, la gestion proprement dite. En tant qu’assistant-gérant, j’accompagne l’équipe dans la mise en œuvre des allocations : sélection de valeurs, arbitrages, construction et suivi de portefeuilles. C’est un métier de responsabilité, qui oblige à assumer ses idées, à respecter le profil de risque de chaque client et à garder la tête froide en période de volatilité.
Enfin, il y a la communication. Expliquer notre démarche, présenter nos performances, rendre lisible notre lecture des marchés est essentiel pour instaurer une relation de confiance avec nos clients et, plus largement, pour jouer un rôle pédagogique.
Au départ, je me destinais au journalisme économique, porté par mon intérêt pour l’économie et la géopolitique. Puis j’ai eu envie de passer de l’observation à l’action. La gestion d’actifs m’a offert ce prolongement naturel : traduire une vision du monde en choix d’investissement et en assumer les résultats. Ce qui me plaît aujourd’hui, c’est cet équilibre entre analyse, stratégie et pédagogie, au service d’une relation humaine avec les clients.
Quel est l’événement le plus marquant de votre carrière d’analyste financier ?
L’événement le plus marquant de ma jeune carrière reste l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022. À l’époque, j’étais en stage de césure chez Galilee Asset Management, la maison qui m’a donné ma chance et m’a vraiment plongé dans le grand bain des marchés.
Au-delà des marchés, le premier choc a été humain et politique : le retour de la guerre à grande échelle en Europe, pour une génération qui n’avait connu ce type de conflit en Europe que dans les livres d’histoire. Très vite, j’ai pris la mesure des implications géopolitiques : redéfinition des équilibres énergétiques, fragmentation accrue du commerce mondial, montée des tensions entre blocs.
Surtout, j’ai été frappé par la vitesse à laquelle ces enjeux se sont traduits en conséquences économiques et financières. La guerre a amplifié le retour de l’inflation, après plus d’une décennie de taux bas et de politiques monétaires ultra-accommodantes. La flambée des prix de l’énergie et des matières premières a accéléré un changement de régime macro-économique déjà en germe, et les banques centrales ont enclenché un cycle de resserrement rapide et synchronisé.
En quelques mois, les modèles d’allocation, les primes de risque, les corrélations entre actifs ont été bousculés. J’ai compris à quel point les marchés ne sont pas un univers abstrait, mais le reflet direct des dynamiques politiques, énergétiques et sociales. Cette période m’a appris l’humilité face à l’incertitude, l’importance de la gestion du risque et la responsabilité qui pèse sur un gestionnaire d’actifs.
Quel est votre indicateur préféré ? En quoi est-il utile à l’investisseur ?
Mon indicateur préféré est le VIX, l’« indice de la peur ». Il mesure la volatilité implicite attendue sur le S&P 500 à partir des options, et donne une vision des anticipations de marché plutôt que du seul passé. C’est un thermomètre de l’anxiété ou de la confiance des investisseurs.
Ce qui m’intéresse, c’est la façon dont le VIX réagit à des chocs très différents : décisions politiques, données macro-économiques, crises géopolitiques. On l’a vu lors de l’instauration de nouveaux droits de douane américains au printemps 2025, lors des mouvements marqués de la paire USD/JPY début 2026 qui menacent le carry trade, ou encore lors des épisodes de tension au Moyen-Orient : parfois les indices actions tiennent, mais le VIX révèle une montée de l’inquiétude sous la surface.
Le VIX est aussi une porte d’entrée vers la finance comportementale. Un niveau très bas et durable peut signaler une forme de complaisance, tandis qu’un pic violent reflète souvent une réaction émotionnelle plus qu’une détérioration durable des fondamentaux. Il pousse à distinguer ce qui relève du risque « réel » et ce qui relève de la perception du risque.
Enfin, le VIX est devenu un actif d’investissement à part entière, avec des produits dérivés et des ETF qui permettent de se positionner sur la volatilité. C’est utile pour la couverture, mais dangereux si l’on sous-estime la complexité de ces instruments : sensibilité au terme des contrats, effets de roll, risques de pertes rapides. Pour moi, le VIX reste d’abord un outil de lecture des mécanismes profonds du marché, avant d’être un terrain de jeu spéculatif.
Quel est votre sentiment de marché actuel ? À quoi s’attendre dans les semaines à venir ?
Le début d’année 2026 prolonge les questions de la fin 2025, autour de deux grands axes : la rentabilité réelle des investissements dans l’intelligence artificielle et la trajectoire de la politique monétaire américaine. D’un côté, un marché de l’emploi américain encore solide entretient le statu quo de la FED et complique la visibilité sur le rythme des baisses de taux, dans un contexte d’accroissement de la dette publique américaine. De l’autre, certaines valeurs liées à l’IA affichent des valorisations qui intègrent déjà un scénario très optimiste. En effet, l’IA redistribue les cartes entre gagnants et perdants, y compris dans des secteurs comme l’assurance ou les logiciels, et pose des questions sur la soutenabilité des modèles économiques.
Les risques géopolitiques complètent ce tableau : tensions au Venezuela, enjeux stratégiques autour du Groenland, et plus largement fragmentation entre blocs. On est exactement à la jonction de l’économie, de la géopolitique et de la politique.
Les préoccupations diffèrent selon les régions : aux États-Unis, le débat se concentre sur l’inflation et la valorisation de l’IA ; en Europe, sur la dette publique et une croissance molle ; en Chine, sur le risque de déflation et la faiblesse de la demande. Cela plaide pour des allocations davantage diversifiées pouvant intégrer des pays émergents et des supports alternatifs.
Malgré ces incertitudes, je reste globalement optimiste, à condition de ne pas se laisser hypnotiser par quelques grandes valeurs de l’IA. Des segments entiers de la cote restent délaissés, notamment les small et mid caps, qui offrent des opportunités aux investisseurs. Nous privilégions les thématiques qui bénéficient de l’IA sans être au cœur de la spéculation, comme l’écosystème énergétique des data centers, en particulier les énergies propres, une tendance forte depuis la deuxième moitié de 2025 malgré le retour des climatosceptiques à la Maison Blanche. L’enjeu est de garder une vision de long terme, des convictions claires et une discipline de risque solide.
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