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Les dessous du métier de gérant de portefeuille avec Charles Monot de Monocle AM

Les dessous du métier de gérant de portefeuille avec Charles Monot de Monocle AM

Découvrez le parcours, l’expérience et le métier de gérant de fonds d’investissement. Café de la Bourse vous invite à plonger dans l’univers de la finance de marché en interrogeant les hommes et les femmes qui y travaillent au quotidien.

Ce mois-ci, Charles Monot, président et gérant de Monocle Asset Management revient pour nous sur son activité, ce qui l’a poussé à faire ce métier, le fait le plus marquant de sa carrière, son indicateur préféré et son sentiment de marché actuel.

Charles Monot, quelle fonction occupez-vous chez Monocle Asset Management ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce métier ?

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Je suis président et gérant de Monocle Asset Management. Je me suis lancé dans la gestion d’actifs pour une raison simple : la gestion de mes propres actifs. Pour reprendre les choses depuis le début, après un début de carrière sur les marchés (options de change), je me retrouve en 2002 avec un patrimoine à gérer à la suite de la vente d’actifs familiaux. Après quelques essais non convaincants avec des banques privées, je monte mon propre Family Office (Iceberg Finance) au début des années 2000 et je l’ouvre rapidement à d’autres clients.

En 2008, la crise des subprimes fait augmenter substantiellement la volatilité. Pour gagner en réactivité, je décide de créer un fonds d’investissement commun pour mes clients et moi-même. C’est ainsi que la première version du fonds Monocle voit le jour avec un objectif simple : protéger et développer le pouvoir d’achat du patrimoine.

Après des essais en multi-gestion, nous reprenons la gestion en direct en 2015 à la suite de l’affaire Dieselgate de Volkswagen. Replongeons-nous à l’automne 2015 : Volkswagen fait les gros titres de la presse internationale, l’annonce d’une amende record – initiale – de 18 milliards de dollars est sur toutes les lèvres. Le cours de bourse du constructeur allemand s’effondre. Nous sommes alors directement concernés : deux des fonds dans lesquels nous sommes investis détiennent du Volkswagen. Je me plonge donc dans le dossier et trouve le Clean Air Act – le texte de loi américain sur la qualité de l’air. Le document fait une trentaine de pages – pas insurmontable ! À la page 14, on y trouve bien les $ 37 500 par véhicule cités par la presse, qui, multiplié par les 480 000 véhicules que Volkswagen a mis sur le marché américain, explique le chiffre de $18 milliards d’amende.

Mais à la page suivante, il y a le « scaling factor » : le législateur a prévu que dans certains cas, on aurait affaire à des nombres très importants de véhicules pour lequel une application de la formule ci-dessus donnerait une amende « déraisonnablement large ». Un facteur dégressif en fonction du nombre de véhicules a été intégré. En conséquence, l’amende du groupe allemand serait très substantiellement inférieure au chiffre évoqué – les calculs varient mais disons de l’ordre de dix fois plus petite. Personne n’en parle. Personne n’a pris la peine de lire ce texte – ni les journalistes, ni les analystes, ni les gérants (y compris les nôtres). Nous prenons donc deux décisions : 1/ fin de la multigestion : désormais nous gèrerons en direct. 2/ nous constituons une ligne importante de Volkswagen. Nous revendrons la ligne avec un profit important trois mois plus tard, lorsque le marché aura repris ses esprits. Cet exemple résume bien notre stratégie : trouver des opportunités en voyant quelque chose que les autres ont négligé.

Quel est l’événement que vous considérez comme le plus marquant de votre carrière ?

La chute de Bernard Madoff le 11 décembre 2008 : ses fonds étaient très présents dans la gestion privée en Europe et j’avais eu des discussions difficiles avec d’autres gérants privés quelques semaines avant. Ils considéraient que vu les performances affichées depuis des années par les fonds de Madoff, c’était une bonne idée de rajouter de l’argent chez lui dans cette période de crise. Je pensais moi, au contraire, que c’était le moment de faire le tri dans son portefeuille et de ne garder que ce qu’on comprenait parfaitement. Vu l’opacité de la gestion de Madoff, ses fonds ne passaient évidemment pas ce test. Sa chute deux mois après la faillite de Lehman eu un impact très fort sur notre profession. Cela dit, 13 ans plus tard, les investisseurs ont petit à petit oublié cette leçon de Warren Buffett qu’illustre bien le cas Madoff : « c’est quand la mer se retire qu’on voit ceux qui n’ont pas de maillot de bain. » Enron est tombé en 2001 juste après la baisse du Nasdaq ; Madoff en 2008 juste après Lehman et à la prochaine crise – peut être bientôt- on découvrira d’autres scandales.

Quel est votre indicateur préféré et pourquoi ?

L’Open Interest du Vix : c’est un bon indicateur dans les « signaux faibles ». Normalement, si tout est rose et que les marchés montent, l’Open Interest monte car les intervenants viennent vendre de la volatilité. C’est très intéressant en ce moment car nous voyons des plus hauts historiques sur les indices mais cet indicateur baisse. Il s’agit d’un signal révélateur de la fragilité des marchés aujourd’hui. On peut rajouter sur cette liste de « signaux faibles » le cours de l’EUR/CHF. On observe la même chose : le franc suisse se renforce, signe de nervosité. Ce sont des indicateurs utiles car ils réagissent avant les marchés actions.

Quel est votre sentiment de marché actuel ?

Aimez-vous le bobsleigh ? J’espère que oui, car la grande descente va bientôt commencer. Je m’explique :

1/ La valorisation des actions est quasiment au plus haut sur 150 ans : nous venons de passer devant 1929, il n’y a que pendant la bulle de 2000 que nous étions allés un peu plus haut. À chaque fois que les marchés ont atteint ces niveaux de valorisation, des baisses importantes – supérieures à 50 % – ont suivi. On peut donc bien parler de bobsleigh.

2/ Face à ces valorisations de haute-altitude, la dynamique de résultats des entreprises n’est malheureusement pas au niveau. En effet, la pandémie a séparé les entreprises en deux grands groupes : le premier avec des entreprises fortement impactées par la pandémie et qui reviennent seulement aujourd’hui à leur niveau de 2019. Le deuxième groupe concerne lui les entreprises qui ont bénéficié de la pandémie : Zoom avec son système de vidéoconférence, Pinterest dans les réseaux sociaux, Peloton avec les vélos connectés, etc. Ces sociétés ont connu des taux de croissance impressionnants en 2020, et leurs valorisations se sont envolées. Mais une fois l’effet pandémie passé, la croissance redescend. Elle est par exemple nulle pour Zoom sur les derniers trimestres de 2021, et carrément en baisse pour Peloton. Comme les actions de ces sociétés étaient valorisées comme si la croissance de 2020 allait être répétée pendant les années suivantes, le réveil est brutal pour les actionnaires de ces sociétés : leurs actions ont déjà perdu autour de la moitié de leur valeur depuis quelques mois, et cette baisse devrait continuer. Ce phénomène touchera aussi les grosses capitalisations : maintenant que tout le monde s’est équipé pour travailler de chez soi, il y aura moins d’acheteur d’iPpad pour Apple ou de licence d’Office pour Microsoft.

3/ Sur la structure des marchés, la pandémie a amené un nombre impressionnant de nouveaux intervenants chez les particuliers, amenés par le confinement, puis l’appât du gain, la « gamification » des marchés par des plateformes comme Robinhood, et enfin les chèques du gouvernement Biden au printemps 2021 – sur ce dernier point on voit bien dans les ouvertures de comptes de courtiers en ligne une forte hausse des nouveaux comptes au moment de la remise des chèques par Biden. Tout cela explique cette année exceptionnelle 2021, avec des histoires comme GameStop qui n’ont pas de précédent dans le passé. Ce flux de nouveaux entrants crée des bulles, mais dès que le flux s’arrête, la bulle s’arrête. Et le flux est en train de s’arrêter : Robinhood n’ouvre plus de nouveaux comptes et son action est aujourd’hui à -50 % depuis son introduction en bourse il y a six mois.

4/ Reste les banques centrales, qui depuis 20 ans servent de trampoline aux trapézistes que sont les investisseurs : à chaque baisse, ils amortissent les chutes pour que personne ne se blesse. Malheureusement, cette fois ce sera plus difficile car ils ont utilisé beaucoup de leurs munitions en 2020 et ce faisant ont réveillé le spectre de l’inflation. Et puis cette fois il n’y aura pas 50 millions de chômeurs pour justifier une intervention massive – le chômage est revenu au plus bas aux États-Unis. Donc cette fois-ci c’est du trapèze sans trampoline : les risques ne sont pas les mêmes.

J’ai bien conscience que ce scénario n’est pas des plus réjouissant en cette veille de fêtes de fin d’année, mais si vous aimez le bobsleigh, et que vous êtes donc préparé pour cela, ça peut être amusant !

Source des images : Freepik

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