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Etude de cas : la chute de Lehman Brothers

Le 14 mai 2015

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Presque sept ans après la faillite de la banque américaine Lehman Brothers qui a déclenché la crise financière et économique la plus violente depuis les années 1930, l’économie mondiale connaît à nouveau des marchés euphoriques. Café de la Bourse retrace la chute de ce géant de l’économie américaine qui nous rappelle combien nous devons être vigilants.

La faillite de Lehman Brothers

Le 15 septembre 2008, Lehman Brothers se déclare en faillite. Avec 639 milliards de dollars d’avoirs, une dette de près de 619 milliards de dollars et 25 000 employés dans le monde, Lehman était la quatrième banque d’investissement américaine. 

Étant donné sa puissance financière, largement supérieure à celles de Enron ou WorldCom, la faillite de Lehman Brothers est la plus importante de l’histoire. La banque est la plus grosse victime de la crise des subprimes de 2008 et sa chute l’a intensifiée. En effet, elle a contribué à l’érosion de près de 10 000 milliards de dollars sur les marchés actions mondiaux en octobre 2008.

Les origines de Lehman Brothers

En 1844, Henry Lehman, un immigré allemand, crée un petit magasin général à Montgomery dans l’Alabama. En 1850, Henry et ses frères, Emmanuel et Mayer, fondent Lehman Brothers.

Durant les décennies qui ont suivi, la société a prospéré en même temps que la croissance de l’économie américaine. Tout au long de l’histoire, Lehman Brothers a surmonté différents challenges comme la faillite des chemins de fer au XIXème siècle, la Grande Dépression des années 1930, les deux guerres mondiales, la pénurie de capital en 1994 ainsi que la crise du fonds Long Terme Capital Management en 1998 et la crise des emprunts russes.

Malgré ce parcours, la banque d’investissement, qui est entrée de plain pied dans le marché du crédit immobilier, se retrouve très affaiblie par les crise des subprimes en 2008.

Les premières erreurs 

En 2003-2004, le marché immobilier américain est en plein boom. À cette époque, Lehman Brothers achète cinq sociétés de prêts hypothécaires, dont des “subprimes” comme BNC Mortgage ou Aurora Loans Services.

Ces établissements sont spécialisés dans les emprunts Alt-A qui sont accordés sans requérir une documentation complète sur les clients.

Au début, ces acquisitions semblent profitables et les revenus de Lehman dans l’immobilier permettent une croissance de 56% sur les marchés financiers entre 2004 et 2006.

Ce taux de croissance est supérieur à tous les autres établissements d’investissement ou de gestion d’actifs. La société compte 146 milliards de dollars d’hypothèques en 2006, affiche un chiffre d’affaires de 19,3 milliards de dollars et un résultat net de 4,2 milliards.

Une énorme erreur de calcul

Au premier trimestre 2007, les défauts de paiement des hypothèques dites “subprimes” et le krach du marché immobilier américain est déjà apparent. Au même moment, en février 2007, le cours du titre Lehman Brothers atteint un pic record à 86,18$, amenant sa capitalisation boursière à près de 60 milliards de dollars.

Le 14 mars 2007, la firme affiche toujours des revenus records et ce, le lendemain de la plus grosse chute intraday du titre en 5 ans. Cette chute est due au fait que les différents acteurs financiers se rendent compte que l’augmentation des défauts de paiement devrait affecter la rentabilité de Lehman Brothers.

Malgré cela, lors de la conférence suivant la publication des résultats trimestriels, le directeur financier de Lehman affirme que la situation est maîtrisée et qu’elle n’aura qu’un faible impact sur les revenus de la firme. Toujours selon lui, la crise des subprimes ne devait pas affecter le reste de l’économie américaine.

Le début de la fin

En août 2007, l’importance de la crise se révèle au grand jour avec la fermeture de deux hedge funds de la banque Bear Stearns. Lehman Brothers supprime 2500 emplois liés à son activité hypothécaire, ferme son unité BNC ainsi que les bureaux de sa filiale de crédits Alt-A, Aurora, dans trois états.

En dépit d’une situation de plus en plus alarmante, Lehman continue à jouer un rôle important dans les crédits hypothécaires et souscrit même en 2007 plus de titres adossés à ces hypothèques que tous les autres acteurs majeurs.

Au quatrième trimestre 2007, le titre Lehman rebondit en même temps que les marchés actions mondiaux et les prix des avoirs à revenus fixes. Cependant, la banque ne profite pas de ce rebond pour dégraisser au maximum son portefeuille d’hypothèques ; ce qui aurait pourtant été sa dernière chance.

Lancée dans sa chute

L’énorme portefeuille de titres adossés aux crédits hypothécaires de Lehman Brothers combiné à un effet de levier très important (31:1 en 2007) rendent la banque extrêmement vulnérable aux détériorations des marchés.

Le 17 mars 2008, après la quasi-faillite de Bear Stearns, second établissement financier dans les crédits hypothécaires, Lehman est perçu comme le prochain établissement financier à faire faillite à Wall Street et le titre perd 48% en bourse.

En avril, la banque procède à une augmentation de capital de 4 milliards de dollars par des actions préférentielles convertibles à 32% plus chère que son prix actuel. Malgré cela, le titre poursuit sa chute.

Le 9 juin, Lehman annonce une perte de 2,8 milliards pour le second trimestre, sa première depuis la pénurie de capital, et lance une nouvelle augmentation de capital de 6 milliards de dollars, aidé par différents investisseurs.

En parallèle, la société augmente ses liquidités, réduit ses avoirs à environ 147 milliards, réduit son exposition au marché des hypothèques de 20% ainsi que son effet de levier, qui passe de 32 à 25 pour 1.

Trop peu, trop tardivement

Durant l’été 2008, les dirigeants de Lehman décident d’ouvrir le capital à d’éventuels partenaires mais les hedge funds clients de la banque commencent à couper leurs positions et les créditeurs court terme refusent de prêter.

Les résultats du troisième trimestre empirent. La firme annonce une perte de 3.9 milliards de dollars et la mise en place d’une stratégie pour se restructurer.

Dans le même temps, l’agence de notation Moody’s annonce son intention de dégrader Lehman si elle ne s’adosse pas à un partenaire stratégique. Tout cela conduit à une chute de 42% du titre le 11 septembre 2008.

Il ne reste plus qu’un milliard de dollars de liquidités à Lehman et les négociations de rachat avec Barclays et Bank of America échouent.

Ainsi, Lehman Brothers se déclare officiellement en faillite et l’action dégringole de 93% entre le 12 et le 13 septembre 2008.

La chute de la compagnie conduit à la perte des 46 milliards de sa valeur boursière, et fut également le catalyseur du rachat de Merryll Lynch par Bank of America le 15 septembre.

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