Les dessous du métier de responsable des études et de la stratégie avec Laetitia Baldeschi de CPR AM
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Les dessous du métier de responsable des études et de la stratégie avec Laetitia Baldeschi de CPR AM




Découvrez le parcours, l’expérience et le métier de responsable des études et de la stratégie. Café de la Bourse vous invite à plonger dans l’univers de la finance de marché en interrogeant les hommes et les femmes qui y travaillent au quotidien. Ce mois-ci, Laetitia Baldeschi, Responsable des Études et de la Stratégie chez CPR AM revient pour nous sur son activité, ce qui l’a poussé à faire ce métier, le fait le plus marquant de sa carrière, son indicateur préféré et son sentiment de marché actuel.

Laetitia Baldeschi, quelle fonction occupez-vous chez CPR AM ?

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Je suis aujourd’hui responsable de la Stratégie et des Études au sein de CPR AM, filiale du groupe Amundi. À ce titre, je dirige une équipe de trois stratégistes. Nous couvrons l’analyse économique et l’évolution des marchés financiers. Ce suivi se concentre sur les États-Unis, l’Europe, le Japon, la Chine et les émergents. Cela nécessite non seulement une analyse des statistiques publiées, mais le suivi de l’actualité politique du pays ou de la zone étudiée. Il faut également avoir une bonne connaissance de l’histoire et de la culture du pays pour appréhender au mieux les enjeux et les grandes décisions de politique économique. Cette partie de notre mission est particulièrement intéressante et enrichissante, nécessitant énormément de lectures, de rencontres avec des experts.

L’analyse des mégatendances, qui agissent sur la croissance à long terme, est également essentielle. Ainsi, les thématiques de la démographie, de la transition climatique, des innovations technologiques, de l’éducation, sont autant de sujets d’étude pour l’équipe de la Stratégie. L’autre partie essentielle de notre métier est celle de la transmission de ces connaissances. Il s’agit de partager avec nos collègues gérants dans un premier temps pour les aider dans leurs décisions d’investissements. Ensuite, il faut contribuer à la communication auprès de nos clients, en tentant de les éclairer sur les évolutions des marchés financiers, les grandes décisions de politique économique qui les influencent mais aussi en expliquant les décisions prises dans le cadre de la gestion des portefeuilles. La partie communication passe tant par l’écrit que par l’oral et rend notre métier de stratégiste d’autant plus vivant et enrichissant au quotidien. Le lien permanant avec l’actualité, la diversité des sujets que l’on se doit de suivre, comprendre et analyser, sont autant d’éléments qui contribuent à rendre passionnant notre métier. Les marchés financiers, dont les réactions sont parfois si rapides et surprenantes, nous obligent à une grande réactivité.

Quel est l’événement que vous considérez comme le plus marquant de votre carrière ?




Comme toutes les personnes travaillant sur les marchés financiers, le krach de 2008 avec la faillite de Lehman Brothers reste un événement extraordinaire. L’idée même qu’une banque de cette taille puisse faire faillite nous semblait impossible à l’époque… J’avoue également n’avoir jamais pensé possible que l’on puisse fermer littéralement nos économies occidentales du jour au lendemain comme nous l’avons vécu en mars 2020, face à la menace sanitaire. Ces événements sont vraiment des moments non prévisibles et les conséquences « marchés » ont été considérables, sans parler des conséquences macro-économiques dont nous ne sommes toujours pas sorties ! Nos métiers ne sont pas aisés et prévoir des chocs de cette nature relève de la gageure.

En revanche, une lecture précise et la plus large possible des discours des dirigeants, et ce sur une longue période, doit permettre d’anticiper une partie des futures tendances. Il est toutefois là encore difficile d’identifier le moment précis où les décisions seront prises et effectives bien entendu, et parfois il est également difficile de d’identifier le contenu explicite de ces décisions ! L’exemple récent de la régulation en Chine sur le secteur de l’éducation en est une parfaite illustration. Si la lecture des discours officiels nous encourageait à privilégier l’éducation comme secteur essentiel du développement du pays, la décision soudaine de transformer une grande partie des entreprises privées et cotées en organismes à but non lucratif était imprévisible pour la plupart des observateurs occidentaux.

Quel est votre indicateur préféré et pourquoi ?




En tant qu’économiste je pourrais mentionner plusieurs indicateurs, le plus complet étant celui du PIB, qui, avec toutes ses composantes, permet de diagnostiquer l’état de l’économie à un moment donné. En tant que stratégiste, c’est-à-dire avec une vision plus axée sur les marchés financiers, les indicateurs de conjoncture sont plus pertinents, car plus directement liés à l’actualité la plus immédiate. Le premier d’entre eux est l’indicateur ISM aux États-Unis. Il permet d’appréhender les cycles, dispose d’un historique assez intéressant à la différence des indices PMI de facture plus récente. La publication de composantes décrivant l’état de la demande, les conditions d’activité et l’évolution des prix est une source d’informations considérable. Elle permet notamment d’analyser les cycles manufacturiers, souvent indicateurs des grandes tendances des marchés boursiers.

Quel est votre sentiment de marché actuel ?




La situation aujourd’hui est très paradoxale. Les actifs financiers semblent évoluer de manière dé corrélée de la conjoncture macro-économique globale. En effet si on observe d’une part les niveaux des taux d’intérêt notamment à 10 ans, encore sur des plus bas, et d’autre part les niveaux des principaux indices boursiers, sur leurs plus hauts historiques, il semble qu’il y ait une incohérence.

Notre analyse de la situation macro-économique repose sur le constat d’une situation sanitaire en voie de stabilisation avec la progression de la vaccination un peu partout, les pays émergents restant toutefois en retard. La croissance reste soutenue par des politiques budgétaires et monétaires qui demeurent accommodantes, mais le pic a été touché au deuxième trimestre. L’inflation est élevée mais elle reste perçue comme étant transitoire, avec une crise énergétique qui prendrait fin au 2ème trimestre 2022. L’amélioration constatée sur le marché du travail permet à la Réserve fédérale américaine de commencer son « Tapering », c’est-à-dire la diminution graduelle de ses achats de titres, de 15 milliards par mois, l’expansion du bilan de la banque centrale arrivant à son terme à la mi-juin 2022. Ce contexte économique et monétaire devrait permettre une normalisation graduelle des taux d’intérêt aux États-Unis et en Europe. La lente remontée des taux longs est encore compatible avec une progression modeste des marchés actions, soutenus par de bons résultats des entreprises et les politiques de rachats d’actions. Les pays émergents sont en retrait, subissant les conséquences notables du retard de la vaccination, qui entraîne une aggravation des problèmes d’approvisionnement dans les chaînes de valeur, mais aussi de l’impact de la reprise en main politique en Chine qui passe par une régulation accrue et un ralentissement conjoncturel.

Plusieurs risques pèsent sur ce scénario central. Le plus important à nos yeux est celui de l’inflation qui pourrait s’avérer bien plus forte et persistante que cela n’est encore attendu. L’évolution des prix de l’énergie, la persistance des pénuries d’intrants mais aussi de main d’œuvre dans certains secteurs sont autant de sources d’inquiétude en la matière. Si ces craintes se matérialisent, les taux d’intérêt s’apprécieraient bien plus violemment. Ce contexte serait évidemment défavorable aux marchés actions, dans les pays développés, avec la crainte d’une amplification de l’érosion des marges des entreprises. La baisse des marchés boursiers émergents serait encore plus marquée, ces derniers réagissant violemment à la hausse du coût du financement en dollar. L’autre risque est encore celui de la persistance de la crise sanitaire, avec notamment la circulation du variant delta qui resterait forte en Asie et continuerait de perturber les chaînes d’approvisionnement. Dans ce contexte la Chine ralentirait plus fortement, et cela pèserait en premier lieu sur toute la zone Asie, puis peu à peu sur le reste du monde. Les conséquences de marché seraient bien évidemment très différentes avec des taux d’intérêt qui resteraient sur leurs plus bas et des marchés actions cette fois encore baissiers, mais avec des divergences en fonction des compositions d’indices retrouvant les profils observés pendant l’année 2020. Là encore l’environnement serait moins favorable aux pays émergents.

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