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Les dessous du métier de Responsable de la gestion High Yield

Les dessous du métier de Responsable de la gestion High Yield

Découvrez le parcours, l’expérience et le métier d’un Responsable de la gestion High Yield chez Ofi Invest Asset Management. Café de la Bourse vous invite à plonger dans l’univers de la finance de marché en interrogeant les hommes et les femmes qui y travaillent au quotidien.

Ce mois-ci, Maud Bert, Responsable de la gestion High Yield chez Ofi Invest Asset Management, revient pour nous sur son activité, ce qui l’a poussé à faire ce métier, le fait le plus marquant de sa carrière et son sentiment de marché actuel.

Maud Bert, quelle fonction occupez-vous ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce métier ?

J’occupe aujourd’hui la fonction de responsable de la gestion High Yield (crédit spéculatif à haut rendement[1]) chez Ofi Invest Asset Management. Le métier de gérante était le prolongement naturel de mon master en Finance qui à l’époque s’appelait plutôt DESS. Durant mes deux dernières années universitaires, nos professeurs nous encourageaient beaucoup à intégrer une salle de marché qui était alors considérée comme le Graal. Le challenge, les prises de décisions rapides, l’analyse des événements que requièrent ces métiers ont trouvé une résonnance certaine dans ma personnalité. Alors, j’ai postulé tout simplement à des offres de stages. J’ai eu la chance d’intégrer la société de gestion ADI en 2001 qui était considérée comme le fleuron des sociétés de gestion alternative (« hedge fund ») en France où Eric Bonnet (le fondateur) et Marie Laure Lavenir (Responsable de la gestion High Yield) m’ont donné ma chance et m’ont fait confiance. Je les remercie du fond du cœur pour cela, puisque depuis plus de 20 ans je ne me suis jamais ennuyée grâce à l’adrénaline que la gestion des obligations à haut rendement peut distiller.

Quel est l’événement que vous considérez comme le plus marquant de votre carrière ?

L’événement le plus marquant de ma carrière a été incontestablement la chute de la banque Lehman Brothers que la crise des subprimes[2] a entraînée dans son sillage. C’était un dimanche soir. J’étais enceinte de 7 mois de ma fille Alissandre et avant d’aller dormir, je regarde une dernière fois une chaîne d’information en continu. La situation des marchés financiers était déjà très tendue depuis des mois. J’ai regardé mon époux et lui ai dit « je crois que je n’aurais plus de travail demain ». J’avais tout de suite compris la gravité de la situation. Le plus cocasse, c’est que j’avais réalisé une interview télévisée la semaine précédente dans laquelle j’avais affirmé haut et fort que la Réserve fédérale américaine n’abonnerait pas Lehman Brothers car le risque systémique était trop important et que l’on s’acheminerait en terrain inconnu. A posteriori, j’étais à la fois dans l’erreur et dans le juste : la Banque centrale américaine a en fait abonné Lehman Brothers au nom de l’aléa moral et ce saut dans l’inconnu nous a bien fait basculer dans la plus grande crise financière depuis 1929 !

Quel est votre indicateur préféré et pourquoi ?

Je n’ai pas d’indicateur préféré à proprement parler. Dans mon équipe, nous regardons plutôt une batterie d’indicateurs, comme les statistiques macro-économiques et les données plus spécifiques aux obligations spéculatives à haut rendement1 telles que le levier financier[3] par exemple. Néanmoins pour juger et être en mesure de positionner les portefeuilles après un événement financier majeur comme les déboires de Credit Suisse l’an passé ou la crise de l’euro, j’ai remarqué que lorsque les journaux grand public en faisaient leur Une, c’était souvent un signal d’achat !

Le contexte est-il propice en ce moment aux obligations spéculatives à haut rendement ?

Le contexte actuel me semble tout à fait favorable aux obligations spéculatives à haut rendement. En effet, ces obligations ont besoin de croissance, même modérée comme en Europe, afin d’assurer la stabilité du levier financier et la couverture des charges d’intérêt. Que la croissance du chiffre d’affaires soit opérée par les volumes ou par les prix est moins prégnant pour les émissions obligataires que pour les actions, du moment qu’elle demeure positive. Deuxièmement, les prévisions des taux de défaut ont été nettement revues à la baisse, conséquence d’une croissance mondiale solide qui a surpris par sa robustesse. Les entreprises en risque de défaut sont aussi très nettement identifiées par les intervenants et la réalisation de leur restructuration ne devrait pas avoir d’impact sur le marché. Troisièmement, nous pensons que le cycle de resserrement des conditions monétaires par les Banques Centrales depuis quelques mois est maintenant derrière nous et que nous nous acheminons dans les semaines à venir vers des premières baisses de taux. Néanmoins, la dynamique de baisse de l’inflation, et plus particulièrement, la hausse des salaires devra être confirmée.

Plus généralement, quel est votre sentiment sur le marché actuel ?



Comme vous l’avez deviné, je suis raisonnablement confiante sur le marché actuel et son niveau. Les ratios financiers des entreprises notées dans la catégorie High Yield1 sont en amélioration, et devraient être soutenus dans les mois à venir par la reprise de croissance en Europe. Même si le niveau des spreads[4] des obligations spéculatives à haut rendement se situe plutôt sous sa moyenne historique de long terme, il reflète un comportement vertueux des dirigeants des émetteurs de cette classe d’actifs engagés à maintenir leurs ratios financiers stables (pas de distribution de supers dividendes, peu d’acquisitions). Je note également positivement la reprise du marché primaire[5] après deux années de disette. Le mur de refinancement 2025/2026 commence ainsi à être bien adressé et le refinancement devient aussi ouvert aux sociétés les moins bien notées telles que les notations B. Par ailleurs, je considère l’appréhension du risque par le marché assez sain puisque les situations stressées sont bien identifiées et isolées par tous les intervenants. Le petit bémol selon moi réside dans le fait que les flux entrants sur notre classe d’actifs se sont un peu taris depuis quelques semaines. Néanmoins je pense que les futures baisses de taux devraient constituer un appel aux retours des investisseurs sur notre classe d’actifs.

Pour résumer, avec une croissance qui réaccélère en Europe et des taux de défaut révisés à la baisse, le portage[6] des obligations spéculatives à haut rendement me semble toujours attractif.

Source des images : Freepik

[1] Les obligations spéculatives à Haut rendement ou « High Yield », ont une note de crédit (de BB+ à D selon Standard & Poor’s et Fitch) plus faible que les obligations dites « Investment Grade » en raison de la santé financière plus fragile de leurs émetteurs selon les analyses des agences de notation. Elles sont donc considérées comme plus risquées et offrent en contrepartie des rendements plus élevés.

[2] La crise des subprimes est une crise financière qui a touché le secteur des prêts hypothécaires à risque aux États-Unis à partir de juillet 2007.

[3] L’effet de levier financier mesure l’impact de l’endettement sur la rentabilité financière d’une entreprise. On peut le calculer en divisant l’Ebitda d’une entreprise par sa dette.

[4] Le « spread » de crédit est la différence de taux d’intérêt d’une obligation d’entreprise avec celui d’une obligation de référence de même durée, considérée comme la moins risquée (l’emprunt d’Etat de référence).

[5] Le marché primaire est celui où des titres financiers (actions, obligations) sont proposés pour la première fois aux investisseurs.

[6] Le portage consiste à conserver des titres obligataires en portefeuille pour profiter de leur rendement, éventuellement jusqu’à leur échéance.

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