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Euro numérique : qu’est-ce que c’est ? Comment cela fonctionne ?

Euro numérique : qu’est-ce que c’est ? Comment cela fonctionne ?

Notre manière de payer a beaucoup changé : paiements sans contact, virements instantanés, explosion des cryptoactifs, etc. On peut ainsi dire que notre rapport à la monnaie a profondément évolué ces dernières années.

Dans ce contexte, les banques centrales accélèrent leurs travaux autour des monnaies numériques de banque centrale, aussi appelées CBDC. En Europe, la Banque centrale européenne (BCE) planche ainsi sur un projet ambitieux : l’euro numérique.

Au-delà du concept, ses implications pourraient être majeures : nouveaux usages, évolution du rôle des banques, concurrence avec les stablecoins ou encore développement de paiements automatisés et conditionnels.

Dans cet article, nous vous proposons de comprendre ce qu’est l’euro numérique, ses différences avec les stablecoins, mais aussi les opportunités et les risques qu’il pourrait représenter pour les Français, les investisseurs et l’économie en général.

Qu’est-ce qu’une monnaie numérique de banque centrale (CBDC) ?

Une monnaie numérique de banque centrale, ou CBDC (Central Bank Digital Currency), est une version totalement dématérialisée de la monnaie que nous utilisons déjà tous les jours.

Aujourd’hui, lorsque vous effectuez un paiement par carte bancaire ou un virement, vous utilisez en réalité de la monnaie bancaire, c’est-à-dire de l’argent créé et géré par des banques commerciales. Une CBDC, elle, serait émise directement par la banque centrale, comme le sont les billets et les pièces.

Autrement dit, il s’agirait d’un « euro digital », d’un « yuan digital » ou encore d’une « roupie digitale », ayant la même valeur et le même statut que la monnaie fiduciaire, mais sous une forme entièrement numérique. L’enjeu est donc d’adapter la monnaie qui existe déjà à des usages de plus en plus digitaux.

Pour les banques centrales, l’intérêt des monnaies numériques est multiple :

  • Accompagner la baisse progressive de l’usage des espèces
  • Rendre les paiements plus rapides et potentiellement moins coûteux
  • Moderniser les infrastructures de paiement
  • Préserver le rôle des banques centrales face à la montée des acteurs privés
  • Répondre à l’essor des crypto monnaies et des stablecoins

Commentaire de Marc :

Contrairement à un stablecoin adossé à l’euro, l’euro numérique ne chercherait pas à reproduire la valeur de l’euro, il serait lui-même de l’euro.

Tableau des principales monnaies numériques de banque centrale (CBDC)

Pays Nom Statut Caractéristiques Date
Bahamas Sand Dollar Lancée CBDC retail, équivalent du dollar bahaméen Lancement en octobre 2020 (première au monde)
Nigeria eNaira Lancée Paiement digital grand public, inclusion financière Lancement le 25 octobre 2021
Jamaïque Jam-Dex Lancée Monnaie digitale légale, usage quotidien Lancement en 2022
Chine e-CNY (yuan numérique) Pilote avancé Paiements digitaux massifs, tests à grande échelle Pilote depuis 2020, déploiement progressif
Inde Digital Rupee (e₹) Pilote avancé Version retail et wholesale, tests de programmabilité Pilote lancé fin 2022
Russie Digital Ruble Lancé, déploiement progressif Paiements domestiques, contrôle renforcé Déploiement à grande échelle depuis le 1er septembre 2026
Émirats arabes unis Digital Dirham Pilote Paiements internationaux et innovation fintech Phase de développement et de pilotes en cours en 2026
Brésil Drex Pilote avancé Tokenisation d’actifs, usage financier avancé Deuxième phase pilote achevée, travaux de développement en cours

Qu’est-ce que l’euro numérique ?

Derrière le terme « euro numérique » se cache une idée finalement assez simple : proposer une version digitale de l’euro que vous utilisez déjà actuellement.

Aujourd’hui, quand vous payez par carte ou via une application, vous utilisez de la monnaie bancaire. Avec l’euro numérique, vous pourriez payer directement en monnaie émise par la Banque centrale européenne, comme si vous utilisiez des espèces mais en format numérique.

L’objectif est donc moins de révolutionner la monnaie que de l’adapter à nos usages actuels, de plus en plus dématérialisés. Concrètement, cela pourrait se traduire par un portefeuille numérique, accessible via une application, permettant de payer, d’envoyer ou de recevoir de l’argent de manière simple et instantanée.

On peut résumer l’euro numérique comme :

  • un « cash digital », utilisable partout dans la zone euro ;
  • une monnaie publique, garantie par la banque centrale ;
  • un moyen de paiement complémentaire aux cartes et virements ;
  • une réponse à la montée des crypto monnaies et des solutions privées.

Autrement dit, l’euro numérique vise à faire entrer la monnaie officielle dans une nouvelle ère, sans en bouleverser les fondamentaux.

Aujourd’hui, la grande majorité des paiements numériques repose sur de la monnaie privée et sur des intermédiaires tels que les banques et les prestataires de services de paiement. L’euro numérique introduirait une différence fondamentale : les fonds détenus seraient de la monnaie de banque centrale, comme les espèces, mais sous forme numérique.

Sa distribution continuerait toutefois de s’appuyer principalement sur les banques et autres prestataires de services de paiement supervisés. Le projet prévoit également un accès aux services de base pour les personnes ne disposant pas de compte bancaire, afin de favoriser l’inclusion financière.

Comment fonctionne l’euro numérique ?

Sur le papier, le fonctionnement de l’euro numérique peut sembler proche de ce que vous connaissez déjà : un portefeuille digital, accessible sur smartphone, qui permet d’envoyer ou de recevoir de l’argent en quelques secondes. Mais c’est en réalité sur le plan technologique que le projet devient intéressant.

L’une des grandes innovations envisagées concerne la possibilité d’effectuer des paiements même sans connexion internet. Concrètement, deux utilisateurs pourraient s’échanger des euros numériques directement via leur téléphone, un peu comme on s’échangerait des espèces mais en version digitale. C’est un point clé, car cela rapproche l’euro numérique du fonctionnement du cash, tout en restant dans un environnement numérique. Ce mode de fonctionnement se rapproche ainsi davantage du cash que des crypto monnaies, qui nécessitent généralement une connexion internet pour valider les transactions.

Autre évolution envisagée : celle des paiements conditionnels. L’idée serait de permettre à certains paiements de se déclencher automatiquement lorsqu’une condition prédéfinie est remplie, comme :

  • un paiement effectué automatiquement lors de la livraison d’un produit  ;
  • un règlement déclenché lorsqu’une étape précise d’un contrat est réalisée ;
  • des paiements automatisés liés à l’utilisation d’un service ;
  • des paiements récurrents, par exemple pour régler un abonnement ou un loyer.

Il ne faut toutefois pas confondre ces paiements conditionnels avec une monnaie programmable. La Banque centrale européenne (BCE) précise explicitement que l’euro numérique ne serait pas une monnaie dont l’utilisation pourrait être limitée à certains produits, commerces, périodes ou catégories de dépenses.

À l’image des espèces, l’utilisateur resterait libre de décider de l’utilisation de ses euros numériques.

Quels cas d’usage concrets pour l’euro numérique ?

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Au-delà du simple paiement, l’euro numérique pourrait surtout faire évoluer la manière dont l’argent circule en proposant un moyen de paiement public utilisable aussi bien en ligne que hors ligne, partout dans la zone euro. La protection de la vie privée constitue d’ailleurs l’un des principes centraux du projet : pour les paiements en ligne, l’Eurosystème ne pourrait pas identifier directement les utilisateurs à partir de leurs transactions, tandis que les paiements hors ligne offriraient un niveau de confidentialité proche de celui des espèces.

Autre évolution importante : l’euro numérique pourrait contribuer à réduire la dépendance aux grands réseaux internationaux de paiement et certains coûts supportés par les commerçants, tout en continuant à s’appuyer sur les banques et autres prestataires de services de paiement pour sa distribution.

Du côté des usages de l’euro numérique, plusieurs fonctionnalités sont envisagées :

  • des paiements entre particuliers, en ligne comme hors ligne ;
  • des paiements en magasin et sur Internet ;
  • des paiements récurrents, par exemple pour régler un abonnement ou un loyer ;
  • des paiements conditionnels, déclenchés automatiquement lorsqu’une condition prédéfinie est remplie, par exemple lors de la livraison d’un bien.

Ces fonctionnalités visent à faire de l’euro numérique un moyen de paiement utilisable au quotidien dans l’ensemble de la zone euro, tout en laissant au secteur privé la possibilité de développer des services supplémentaires autour de cette infrastructure.

Euro numérique vs stablecoins : quelles différences ?

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À première vue, euro numérique et stablecoins peuvent sembler proches puisque dans les deux cas, il s’agit d’actifs digitaux dont la valeur est généralement indexée sur une monnaie comme l’euro. Mais la comparaison s’arrête vite. La différence principale tient à leur nature même : l’euro numérique serait émis par la Banque centrale européenne, tandis qu’un stablecoin est créé par une entreprise privée.

Autrement dit, d’un côté une monnaie publique, de l’autre un actif privé dont la solidité dépend de la gestion de l’émetteur.

De plus, les stablecoins reposent le plus souvent sur des blockchains publiques, alors que l’euro numérique pourrait s’appuyer sur une technologie contrôlée par la banque centrale, sans nécessairement utiliser une blockchain ouverte.

Mais la vraie rupture est juridique. L’euro numérique aurait vocation à avoir cours légal dans la zone euro. Dans le cadre actuellement envisagé, les commerçants acceptant déjà les paiements numériques devraient en principe également accepter l’euro numérique, sous réserve des exceptions prévues par la future réglementation.

À l’inverse, les stablecoins sont des solutions privées innovantes mais optionnelles, l’euro numérique s’inscrirait pleinement dans le système monétaire officiel, avec un statut et une portée bien plus large.

Consulter également notre article Les 10 meilleures crypto monnaies à suivre en 2026

Quels sont les avantages et inconvénients d’un euro numérique ? Avis Café de la Bourse

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Comme toute évolution majeure dans notre rapport à l’argent, l’euro numérique suscite à la fois de l’intérêt et des inquiétudes. Certains y voient une avancée logique, d’autres redoutent ses implications, notamment en matière de contrôle ou de vie privée. Sans tomber dans la paranoïa, il est néanmoins essentiel de garder un regard lucide car, comme toute innovation, l’euro numérique présente à la fois des avantages et des inconvénients qu’il convient d’analyser.

Quels sont les avantages de l’euro numérique ?

  • Un moyen de paiement public et sécurisé : une monnaie garantie par la Banque centrale européenne, sans risque de faillite d’un intermédiaire privé
  • Des paiements potentiellement moins coûteux : notamment grâce à une infrastructure européenne commune susceptible de réduire certains coûts liés aux solutions de paiement existantes
  • Une meilleure inclusion financière : accès possible à une forme de monnaie digitale sans forcément passer par une banque traditionnelle
  • Un niveau élevé de protection de la vie privée : l’Eurosystème ne pourrait pas identifier directement les utilisateurs à partir de leurs paiements, tandis que les paiements hors ligne offriraient un niveau de confidentialité proche de celui des espèces

Quels sont les inconvénients de l’euro numérique ?

  • Des inquiétudes sur la vie privée : crainte d’une surveillance accrue des transactions
  • Un impact potentiel sur les banques commerciales : risque de fuite des dépôts vers la banque centrale
  • Une acceptabilité encore incertaine : adoption par le grand public et les commerçants non garantie
  • Des interrogations persistantes sur la protection des données : malgré les garanties prévues par la BCE, le niveau de confiance du public dans un nouveau moyen de paiement numérique constituera un enjeu important pour son adoption

Quand l’euro numérique sera-t-il lancé ?

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Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’euro numérique n’est pas encore prêt à être lancé dans l’immédiat. Le projet avance, mais selon un calendrier assez progressif, piloté par la Banque centrale européenne (BCE) et l’ensemble de l’Eurosystème (dont la Banque de France).

Depuis le lancement du projet, plusieurs étapes clés ont marqué le développement de l’euro numérique, tandis que les prochaines années devraient être consacrées aux tests et à son éventuel déploiement :

  • 2021-2023 : phase d’étude du projet. L’Eurosystème examine les principales options de conception et les modèles de distribution de l’euro numérique, avec notamment des travaux de prototypage et des échanges avec les acteurs du marché.
  • 2024-2025 : phase de préparation, lancée dès novembre 2023 et achevée en octobre 2025. La BCE approfondit les aspects techniques du projet, développe le recueil de règles de l’euro numérique, mène des expérimentations et prépare la sélection des fournisseurs susceptibles de participer à son infrastructure.
  • 2026 : poursuite du processus législatif européen. Après la position arrêtée par le Conseil de l’Union européenne fin 2025, la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen a adopté sa position en juin 2026. Les négociations entre les institutions européennes se poursuivent avec l’objectif d’aboutir à l’adoption du règlement d’ici fin 2026.
  • 2027-2028 : déroulement du pilote pendant 12 mois à partir du second semestre 2027, afin de tester le fonctionnement de l’euro numérique dans des situations concrètes et d’en affiner les caractéristiques.
  • À partir de 2029 : possible première émission de l’euro numérique, à condition que le cadre législatif européen ait été adopté et que le Conseil des gouverneurs de la BCE décide effectivement de lancer la monnaie numérique.

Point important : aucune décision définitive d’émettre l’euro numérique n’a encore été prise. La décision finale appartiendra au Conseil des gouverneurs de la BCE et ne pourra intervenir qu’après l’adoption de la réglementation européenne.

Le calendrier reste donc conditionné aux avancées législatives et aux résultats des travaux techniques actuellement menés par l’Eurosystème.

Comment utiliser l’euro numérique en pratique ?

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Dans les faits, l’euro numérique devrait s’intégrer assez naturellement dans nos habitudes. L’idée n’est pas de bouleverser la manière de payer, mais de proposer une alternative supplémentaire, proche de ce que l’on connaît déjà.

Concrètement, l’euro numérique pourrait être accessible via les applications des banques et autres prestataires de services de paiement, mais aussi via une application dédiée à l’euro numérique actuellement développée par la BCE. Des solutions spécifiques sont également prévues afin de permettre l’accès aux services de base aux personnes ne disposant pas de compte bancaire.

Mais tout ne passera pas forcément par le smartphone. Pour garantir un accès universel, notamment pour les personnes moins à l’aise avec le numérique, des cartes dédiées ou d’autres supports physiques pourraient être proposés, avec un fonctionnement proche d’une carte bancaire classique.

Au quotidien, vous pourriez donc :

  • payer en magasin sans contact (smartphone ou carte)
  • envoyer de l’argent instantanément à un proche
  • régler des achats en ligne
  • effectuer certains paiements même sans connexion internet

L’objectif de l’euro numérique est de proposer une expérience simple et fluide, sans rupture avec les usages actuels, tout en offrant plus de flexibilité et d’accessibilité.

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