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Les dessous du métier de Directeur de la gestion des OPC avec Geoffroy Lenoir d’Aviva Investors France

Les dessous du métier de Directeur de la gestion des OPC avec Geoffroy Lenoir d’Aviva Investors France

Découvrez le parcours, l’expérience et le métier de gérant de fonds d’investissement. Café de la Bourse vous invite à plonger dans l’univers de la finance de marché en interrogeant les hommes et les femmes qui y travaillent au quotidien.

Ce mois-ci, Geoffroy Lenoir, Directeur de la gestion des OPC chez Aviva Investors France, revient pour nous sur son activité, ce qui l’a poussé à faire ce métier, le fait le plus marquant de sa carrière, son indicateur préféré et son sentiment de marché actuel.

Geoffroy Lenoir, quelle fonction occupez-vous ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce métier ?

Je suis actuellement directeur de la gestion des OPC (Organisme de Placement Collectif) chez Aviva Investors France. Lors de mes premiers pas sur le marché du travail c’est la gestion d’actifs dans son ensemble qui m’a attiré. J’étais curieux de découvrir ce secteur. À la fin de mes études de Mathématiques, j’ai tout de suite été happé par les marchés financiers et le métier de gérant de portefeuille. J’y ai découvert un univers extrêmement vaste qui suscite sans cesse la curiosité, permet d’appréhender de nouveaux actifs ou de nouveaux marchés mais qui pousse également à se remettre en question continuellement. C’est cette dynamique qui a fait naître l’envie de faire ce métier. Les marchés évoluent tous les jours au gré d’une multitude de facteurs mais aussi fortement au gré des phénomènes de société. Si les marchés semblent parfois déconnectés de la réalité ou du quotidien, ils donnent à voir le monde sous un autre angle et poussent à anticiper les événements. La mise en perspective et l’anticipation sont nécessaires pour appréhender l’économie mais aussi les sujets de société, en particulier les sujets liés à l’environnement qui prennent de plus en plus de place dans nos analyses.

Le second attrait de ce métier réside dans sa dimension humaine. J’ai côtoyé tout au long de mon parcours des personnes passionnées par leur métier et toujours prêtes à partager leurs connaissances, à échanger. Et ce partage revêt une vraie dynamique internationale, la finance a cette faculté de permettre à des professionnels d’échanger à travers le monde sur des sujets globaux.

Après avoir exercé le métier de gérant pendant plusieurs années et sur plusieurs classes d’actifs, je coordonne et supervise aujourd’hui la gestion des fonds (appelés aussi OPC ou Unités de Compte). Je suis entouré d’équipes d’experts, au sein d’Aviva Investors France, qui gèrent les portefeuilles de nos clients et qui investissent sur l’ensemble des classes d’actifs liquides à l’image des actions et des obligations, … En tant qu’investisseurs responsables, nous avons aujourd’hui plus qu’hier un engagement qui va bien au-delà des critères purement financiers. Nous cherchons à investir sur des actifs qui aideront à décarboner nos économies et à agir sur les sujets de durabilité des prochaines décennies.

Quel est l’événement que vous considérez comme le plus marquant de votre carrière ?

Je pourrais en citer plusieurs comme la crise des « subprimes »[1] en 2007, le Brexit[2] en 2016, la crise du Covid 19 en 2020 mais l’événement le plus marquant reste pour moi la faillite de la banque américaine Lehman Brothers le 15 septembre 2008. J’étais alors gérant sur les taux court terme en poste à Londres. Il y avait des signes très clairs d’un dysfonctionnement du système financier et monétaire depuis 2007 mais cette faillite était tellement inimaginable qu’elle m’a laissé un souvenir très marquant. Les taux courts étaient des indicateurs particulièrement pertinents pour estimer les niveaux de stress des marchés financiers. Les taux du marché monétaire Eonia et Euribor étaient considérés comme les taux les plus stables et pourtant, ce marché, supervisé par les Banques centrales, est devenu quasiment hors de contrôle. Les grandes banques, américaines en particulier mais européennes également, étaient plus que jamais dépendantes de la liquidité des Banques centrales et des États.

Le vendredi précédant cette annonce, il était encore inconcevable d’assister à ce défaut car la décision de mettre une société financière aussi importante que Lehman Brother en situation de défaut était hautement politique. Cet événement a provoqué un séisme sur les marchés et il a impacté la vie de millions de personnes, bien au-delà des marchés financiers.

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Quel est votre indicateur préféré et pourquoi ?

Il y a de nombreux indicateurs à suivre lorsque l’on gère des fonds, mais tout comme les marchés, les indicateurs les plus pertinents évoluent au fil du temps. Par habitude, la première chose que je regarde chaque jour est le niveau du Bund, le taux 10 ans allemand, et le contrat future de l’indice actions européen Eurostoxx. C’est un peu comme regarder la météo, en fonction de l’ouverture du marché, on sait si la journée va être ensoleillée, pluvieuse ou bien variable.

Dans le cadre de l’analyse macro-économique, les chiffres du chômage américain sont scrutés de près depuis des années, les indicateurs avancés de croissance (ISM, PMI[3]), la masse monétaire, l’inflation, le dollar ou encore le pétrole sont autant d’indicateurs à suivre. Avec la montée en puissance des critères ESG (Environnement, Social et Gouvernance), l’intensité Carbone (IC) intègre de plus en plus cette liste d’indicateurs de marché fondamentaux.

S’il faut suivre tous ces indicateurs celui qui garde ma préférence aujourd’hui est le points-mort d’inflation[4](« break-even ») européen à 5 ans. Le marché de l’inflation est un marché atypique et compte peu d’experts. Ceci peut paraître paradoxal quand on sait que les épargnants ont besoin de se prémunir des risques inflationnistes et que l’inflation est la donnée macro-économique principale suivie par les Banques centrales depuis des décennies. On peut déceler dans ce marché des facteurs qui influenceront les autres actifs comme les actions ou les obligations. Pendant longtemps, les Banques centrales n’ont eu de cesse d’ajuster leurs politiques monétaires en anticipant les mouvements d’inflation. Aujourd’hui ce n’est plus vraiment le cas. L’inflation est pourtant là, avec un niveau de 7 % sur un an en décembre 2021 aux États-Unis, selon l’indice des prix à la consommation (CPI) publié par le département du Travail, mais les grandes Banques centrales n’ont pas vraiment réagi pour le moment. On pourrait s’en inquiéter mais les enjeux ont changé. Aujourd’hui, les Banques centrales sont devenues les gardiennes d’une forme de stabilité politique par le biais de leurs interventions répétées sur les dettes souveraines. Elles soutiennent ainsi indirectement les politiques budgétaires qui serviront en partie à financer la transition énergétique.

Quel est votre sentiment de marché actuel ?



Les Banques centrales sont là, mais l’inflation aussi. Après une année exceptionnelle pour la performance des marché actions en 2021, il faudra composer avec des marchés plus agités. Les niveaux de taux sont toujours faibles et les perspectives de remontée sont contenues mais le risque est là. Les obligations à l’exception du crédit haut rendement[5] ne devraient pas réaliser de performances positives cette année, selon notre scénario central. Les marchés actions américains et européens devraient selon nous offrir des rendements positifs mais il faudra être agile et sélectif au sein des secteurs. Quels que soient les scénarios envisagés, nous serons certainement surpris par de nouveaux événements, politiques, géopolitiques ou sanitaires mais mon sentiment est que l’inflation va continuer à rester un facteur important. Pour finir, je dirais que la prise de conscience des enjeux climatiques va s’accélérer et que les flux vont se diriger davantage vers les actifs financiers qui présentent les meilleurs critères extra-financiers. Il faudra être en mesure de les identifier.

Source des images : Freepik

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[1] Crise des crédits fondés sur des hypothèques aux États-Unis. Ces prêts à risque ont été titrisés, c’est-à-dire transformés en titres négociables sur les marchés financiers. La crise des subprimes a débouché sur une crise bancaire, puis sur une crise financière du fait de la titrisation.

[2] Le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne a fait suite au référendum britannique du 23 juin 2016.

[3] L’Indice des Directeurs d’Achat (PMI) de l’Institute for Supply Management (ISM) évalue le niveau relatif des conditions des entreprises, dont celles d’emploi et de production, les nouvelles commandes, les prix, les livraisons des fournisseurs et les stocks.

Les données sont compilées à partir d’un sondage effectué auprès de 400 directeurs d’achat dans l’industrie manufacturière. Un résultat au-dessus de 50 indique une expansion, et en-dessous une contraction.

[4] Le point mort d’inflation (ou « breakeven ») est le niveau d’inflation qui équilibre les rendements des obligations nominales et des obligations indexées sur l’inflation de même maturité. Le calcul du “point mort d’inflation” donne une bonne indication des anticipations de marché sur l’évolution de l’inflation.

[5] Les obligations spéculatives à « Haut rendement », ont une note de crédit (de BB+ à D selon Standard & Poor’s et Fitch) plus faible que les obligations « Investment Grade » (notées de AAA à BBB- selon Standard & Poor’s et Fitch) en raison de la santé financière plus fragile de leurs émetteurs selon les analyses des agences de notation. Elles sont donc considérées comme plus risquées par les agences de notation et offrent en contrepartie des rendements plus élevés.