Le secteur de la robotique, une thématique gagnante en Bourse ?

Le 04 juin 2020

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Le secteur de la robotique, très prisé des investisseurs institutionnels comme particuliers, est l’objet de fonds thématiques chez de nombreuses sociétés de gestion et fait même, depuis 2019, l’objet d’un indice dédié (le MSCI IMI Robotics).

Pourquoi cet engouement ? Quels sont les caractéristiques, chiffres-clés et leviers de croissance du secteur ? Quelles répercussions la coronacrise a-t-elle eue sur le secteur ? Faut-il investir ? Toutes les explications d’Alice Lhabouz, Fondatrice et Présidente de Trecento AM et gérante du fonds Trecento Robotique ISR.

Robotique : caractéristiques et chiffres-clé du secteur

Le secteur de la robotique pesait environ 7,4 Mds de dollars en 2000, 15,1 Mds en 2010 et 25,7 Mds de dollars en 2018, soit un taux de croissance annuel moyen de 7, 2 % entre 2000 et 2018. Cette croissance devrait rester élevée et même s’accélérer au cours de la décennie. Le BCG estime ainsi que le marché total de la robotique pourrait atteindre près de 67Mds de dollars en 2025E (soit un TCAM de 14,6 %). Par ses fortes perspectives de croissance, le secteur de la robotique constitue une thématique boursière attractive et innovante sur le long terme.

Taille et évolution du marché de la robotique de 2000 à 2025E

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Sources : BCG (Rise of Robotics), IFR (World Robotics 2019), Trecento AM.

Nous distinguons généralement deux types de robots : les robots industriels et les robots de service, la classification étant fonction de l’utilisation qu’il est prévu de faire avec ceux-ci.

Qu’est-ce qu’un robot industriel ?

Un robot industriel est destiné à être utilisé dans des applications d’automatisation industrielle. En 2018, le segment des robots industriels représentait 16,5 Mds de dollars (soit 64 % du marché).

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Robots industriels, par exemple ABB/Kuka/Fanuc

Qu’est-ce qu’un robot de service ?

Un robot de service exécute des tâches utiles pour des humains ou des appareillages, excluant alors les applications d’automatisation industrielle. On peut alors distinguer les robots de service personnel (citons par exemple les robots aspirateurs, les robots compagnons ou encore les voitures autonomes) des robots de service professionnels (citons les robots médicaux, drones à usage professionnel ou encore des robots agricoles comme des tracteurs autonomes). En 2018, le segment des robots de service représentait 9,2 Mds de dollars (soit 36 % du marché).

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Robots de service personnels/professionnels

Quels sont les leviers de croissance du marché de la robotique ?

Adoptée initialement dans l’industrie automobile en raison d’une forte proportion de tâches automatisables (soudage, peinture, assemblage ou encore manutention…), la robotique s’impose aujourd’hui dans bien d’autres secteurs au-delà de l’industrie « classique » (e-commerce et logistique, transport, industrie médicale, etc.), l’innovation et les progrès technologiques ayant en effet permis de doper les capacités des robots et donc d’élargir leur potentiel applicatif. Symbole d’une quatrième révolution industrielle, la robotisation semble évidente tant elle permet de répondre à des enjeux de société fondamentaux.

Démographie

La population en âge de travailler diminue en proportion depuis 2005 dans les pays développés ayant un taux de natalité relativement bas (ONU). L’automatisation et la robotique constituent dès lors une réponse naturelle aux problèmes de pénurie de main d’œuvre. Par ailleurs, les robots de service permettent d’assister et de conférer une forme d’autonomie accrue à une population de plus en plus âgée (robots compagnons, robots de nettoyage, fauteuils roulants robotisés, etc.).

Environnement et réchauffement climatique

Les robots offrent une efficience productive couplée à une utilisation moindre de ressources et donc un rejet de déchets industriels plus faible. Une fois programmé, un robot peut en effet produire dans un environnement sans lumière, chauffage, air conditionné, sans eau.

Épuisement des ressources

La raréfaction des matières premières et l’exploitation intensive du sous-sol poussent à une réflexion quant au besoin d’adapter les modes de fabrication dans le but de limiter au maximum la consommation de matières. L’avènement de l’impression 3D (« fabrication additive », par opposition aux méthodes traditionnelles comme l’usinage, appelée méthode soustractive) dans l’industrie aéronautique est un exemple de ce changement de paradigme.

Productivité et profitabilité

La robotique permet aux sociétés de produire plus rapidement, sans interruption, de manière constante et sans dégradation des performances (qualité constante). Elle permet en parallèle de réduire les coûts de main d’œuvre et d’améliorer la rentabilité des sociétés à travers un taux d’utilisation accru des actifs. L’OCDE a notamment mis en avant que les sociétés utilisant efficacement la technologie (robots, automatisation, digitalisation, etc.) sont jusqu’à 10x plus productives que les sociétés n’y ayant pas recours.

Besoin d’outils de production flexibles

De plus en plus agiles et faciles à programmer, les robots permettent aux industriels d’adapter leur production en fonction de la demande en temps réel, de la personnalisation des produits, ou plus simplement des impératifs de la société.

Innovation et progrès technologique

Les progrès continus en matière de connectivité, de traitement de la donnée (big data et analytics) et d’IA ont permis aux robots d’être plus autonomes, de démultiplier leurs capacités et donc d’augmenter la proportion de tâches automatisables et leur potentiel applicatif dans toutes les industries.

Lire aussi notre article Investir dans le big data

Robots en entreprise : avantages et défis de la robotisation de l’industrie

Sondage sur les principaux facteurs déclencheurs d’un investissement en solutions robotiques et d’automatisation

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Source : McKinsey Global Robotics Survey 2018.

Les facteurs économiques constituent le premier catalyseur poussant les entreprises à prendre le virage de la « smart factory ». Une robotisation/automatisation accrue des chaînes de production permettant d’augmenter significativement la productivité, l’agilité et la flexibilité, la sécurité, ainsi que la qualité des produits/services, tout en réduisant les coûts grâce aux économies d’échelle induites.

Notons qu’avec la baisse progressive du prix des robots combinée à l’amélioration de la productivité, de plus en plus de PME se laissent séduire par un mode de fabrication autrefois réservé aux très grandes entreprises. Nous estimons que le prix moyen d’un robot industriel a diminué de plus de 10 % entre 2010 et 2018.

Ainsi, la Fédération Internationale de la Robotique (IFR) anticipe près de 2 millions d’installations de robots industriels entre 2019 et 2022E.

Nombre d’installations annuelles de robots industriels dans le monde et perspectives d’ici à 2022E (en milliers)

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Source : IFR (World Robotics 2019).

Si les progrès en matière de connectivité, traitement de la donnée et d’IA ouvrent le champ des possibles dans le développement de l’usine du futur, ceux-ci posent néanmoins le défi de la cybersécurité et de la sécurité des données. Il est nécessaire que tous les acteurs de cette chaîne de valeur intègrent cette dimension, y compris les instances de règlementation qui doivent garantir un cadre adapté et protecteur des actifs industriels et de la propriété intellectuelle.

Par ailleurs, il est également important de répondre aux potentielles inquiétudes des salariés industriels en matière de licenciement ou de sécurité.

D’une part, l’intégration d’un robot n’est pas nécessairement synonyme de licenciement. Selon le cabinet McKinsey, plus de 90 % des emplois ne seront pas totalement automatisés dans le futur, les robots et humains travailleront alors ensemble. Nous assistons notamment à l’essor des robots collaboratifs ou « cobots » (qualifiés de robots de deuxième génération, ils ne représentaient encore que 3,3 % de la base installée de robots dans le monde en 2018) au sein des chaines de production.

D’autre part, comme nous l’avions expliqué précédemment, les progrès technologiques (capteurs, caméras, capacités de calcul) permettent de plus en plus au robot de répondre à son environnement mouvant en temps réel et donc d’appréhender la problématique de la sécurité en milieu industriel pour les travailleurs. Notons que la sécurité est citée comme un driver d’adoption selon le sondage réalisé par McKinsey, les robots pouvant se substituer aux hommes pour des tâches réputées dangereuses, pénibles et/ou difficiles.

Covid19 et crise économique : quelles conséquences sur le secteur de la robotique ?

La crise sanitaire d’aujourd’hui, à travers les mesures de confinement, de restrictions au niveau des déplacements et voyages et des fermetures d’usines, a permis de mettre en évidence l’intérêt de l’adoption de la robotique, de l’automatisation et des nouvelles technologies pour faire face aux difficultés des chaînes logistiques et d’approvisionnement mondiales, à l’indisponibilité de la force de travail et la nécessité de maintenir des activités de production.

Nous pouvons différencier les impacts selon l’horizon de temps défini : à court terme, l’impact peut être négatif (mais transitoire selon nous) avec des commandes de robots et d’automates pouvant potentiellement marquer le pas, les entreprises des secteurs les plus impactés (comme l’automobile ou l’énergie) pouvant retarder leurs décisions d’investissement et focaliser leurs ressources sur la lutte contre le Covid-19, ainsi que sur le maintien d’une trésorerie excédentaire. En revanche, à moyen et long terme, la trajectoire de croissance du secteur de la robotique est selon nous inchangée et restera dynamique, d’autant plus que l’expérience des difficultés logistiques et d’approvisionnement poussent certains États à repenser et relocaliser leurs outils de production. L’adoption des robots apparaît alors comme une variable stratégique et déterminante à l’accroissement de productivité dans une économie post-Covid-19.

Le secteur pourra aussi compter sur des plans d’investissement et programmes de financement de la part des institutions de gouvernance.

Ainsi, la Chine a par exemple annoncé la semaine dernière un plan d’investissement équivalent à c.$1,4T sur 6 ans d’ici 2025E dans les infrastructures technologiques incluant l’infrastructure 5G, l’IoT, la robotique industrielle et l’automatisation d’usines, l’IA, les semi-conducteurs, etc. L’objectif étant de réduire la dépendance du pays aux technologies étrangères, faisant ainsi échos au plan « Made in China 2025 », ainsi que disputer la suprématie technologique américaine.

Comparaison des densités de robots dans l’industrie manufacturière de 21 pays, en 2018 (nombre de robots pour 10 000 salariés)

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Source : IFR (World Robotics 2019)

Notons par ailleurs que les robots de services ont aussi pu montrer leur intérêt pendant cette crise, avec des cas concrets d’utilisation, par exemple en Chine où tout un arsenal technologique a été déployé pour enrayer l’épidémie ou palier à des problèmes induits : robots de désinfection, robots de nettoyage, robots de livraison, robots de télé-présence, drones, IA, etc.

Robotique, Bourse et actions : quelles perspectives sur les marchés financiers ?

La robotique est un thème relativement nouveau dans l’univers des fonds thématiques actions (à partir de 2015). Ce n’est d’ailleurs que depuis début 2019, que MSCI propose un indice dédié (MSCI IMI Robotics).

Comme évoqué précédemment, il est difficile de délimiter l’univers d’investissement spécifique au secteur de la robotique, chaque gestionnaire de fonds ayant plus ou moins sa propre définition du terme et de ce que celui-ci englobe. Néanmoins, la profondeur de marché est relativement vaste lorsqu’on intègre l’ensemble des acteurs cotés positionnés sur la chaîne de valeur du secteur : fabricants de robots évidemment, mais aussi leurs équipementiers et fournisseurs en composants, matériel, matière, traitement de données, logiciels ou autres services.

À titre d’exemple, l’univers d’investissement du FCP Trecento Robotique ISR comprend environ 300 valeurs, le portefeuille comptant environ 60 valeurs. Nul doute que cet univers d’investissement continuera de s’étoffer avec l’innovation et les nouvelles technologiques (infrastructure 5G, Internet des objets, IA, Big Data et outils d’analyse, etc.).

Performance du MSCI Monde vs MSCI Robotique depuis création et YTD (base 100)

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Source : Bloomberg (performance calculée entre le 29 janvier 2019 au 22 mai 2020)

Source(s) : IFR (International Federation of Robotics), Syntec, BCG, Roland Berger, McKinsey, World Economic Forum, OCDE, Trecento

Source des images : Freepik

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Alice Lhabouz

Alice Lhabouz

Fondatrice et Présidente - Trecento AM - Site internet

Alice Lhabouz démarre sa carrière à la Direction des Emetteurs de l’Autorité des Marchés Financiers. Après une expérience d’analyste financier buy-side chez Richelieu Finance, Alice Lhabouz rejoint la Financière Meeschaert en 2005 comme gérant privé pour le compte de grandes familles françaises. En 2011, elle fonde Trecento Asset Management.

Alice Lhabouz préside l’entreprise et est gérante des fonds Trecento Santé ISR et Trecento Robotique ISR.

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