Et krach, la tulipe

Laurent Curau, Fondateur @ Cafedelabourse.com le 14 Mars 2013

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Et krach, la tulipe
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Jan Brueghel le Jeune, "Satire de la tulipomanie", vers 1640

 

L'histoire de la crise des tulipes, est aux bulles spéculatives ce que la Traviata est à l'opéra. Un grand classique. L'histoire se passe en 1635 dans les Provinces-Unies, les Pays-Bas de l'époque. Au sommet de la tulipomanie en février 1637, un seul et unique bulbe de tulipe s'échange contre l'équivalent de 10 fois le salaire annuel d'un artisan qualifié. Après l'éclatement de la bulle, un bulbe de vaut guère plus qu'un vulgaire - mais néanmoins comestible - oignon.

Nombreux sont ceux qui ont perdu des fortunes, dans un concert de facepalms des élites calvinistes exaspérées par cette artificielle euphorie, si contraire aux vertus du travail authentique, de discrétion et de tempérance.

La tulipomanie atteint son comble en février 1637. Un bulbe de tulipe vaut l'équivalent de 10 fois le salaire annuel d'un honnête artisan. La crise de la tulipe est souvent considérée comme une des premières bulles spéculatives qui aient été documentées.

L'épisode a été popularisé par le livre d'un journaliste Grand-breton Charles McKay, publié en 1841 sous le titre Illusions populaires extraordinaires et la folie des foules. D'après McKay, un bulbe de type Semper Augustus s'échangeait contre un terrain de 5 hectares. Tout cela est à prendre avec une pincée de sel car toutes les données économiques des années 1630 proviennent essentiellement de pamphlets anti-spéculateurs. Donc biaisées.  Un peu comme si nos économistes à nous consultaient aujourd'hui les données économiques d'ATTAC pour fonder leurs thèses. Encore que certains le font certainement. Mais revenons à nos tulipes.

Pourquoi diable tant de passion pour des tulipes ?

Avec ses couleurs intenses et marbrées, la tulipe est très différente de toutes les fleurs connues en Europe à cette époque-là. Nouvellement libérées de la domination espagnole, les marchands hollandais bâtissent des fortunes colossales grâce au commerce avec les Indes orientales. Avec un seul voyage (si toutefois il rentrait à bon port …), un marchand pouvait espérer multiplier son investissement par cinq.

Cette nouvelle classe de marchands étale ses nouvelles richesse en se faisant bâtir de somptueuses maisons, entourées de jardins fleuris. Et la star du jardin de ces messieurs, c'est la spectaculaire tulipe. Résultat, elle devient rapidement un objet de luxe, symbole de réussite et de richesse. Et on en trouve une grande variété.

On sait aujourd'hui que les motifs marbrés multicolores provient d'un virus contracté par les bulbes. On dit que le virus "casse" la tulipe, car il brise la monochromie des pétales.

La nature-même de la tulipe a contribué a alimenté la pénurie et donc à attiser la spéculation. Car voyez-vous, il faut entre 7 et 12 ans pour qu'une graine produise un bulbe à même de fleurir. Dans le jargon des économistes du XXIe siècle, c'est un cas classique d'inélasticité de l'offre par rapport à la demande.

Avant que les tulipes cassées ne déboulent sur le marché, les tulipes saines - et monochromes - se vendaient au kilo. Les tulipes affectées par le virus, elles, sont très rares. Qui plus est, le virus a pour autre effet de ralentir le développement des tulipes. L'offre en est d'autant plus contrainte. Parce qu'elles sont rares et désirables, ces tulipes cassées devienent chères.

Un des premiers marchés à terme

Les tulipes fleurissent entre avril et mai, pour une semaine environ. Pendant la phase de sommeil de la plante, entre juin et septembre, les bulbes peuvent être déracinés et transportés, donc les transactions effectives ne se passent qu'à cette période. Le reste de l'année, les fleuristes signent des contrats devant notaire pour l'achat de bulbes en fin de saison. Ce sont effectivement des contrats à terme, l'ancêtre de nos futures. C'est ainsi que les Hollandais ont développé une de nombreuses techniques de la finance moderne, créant par là une bourse de la tulipe ouverte toute l'année.

Les spéculateurs fleurent le bon coup

A mesure que les fleurs gagnent en popularité, les professionnels paient de plus en plus cher les bulbes infectés par le virus, et les prix continuent à monter. En 1634, la demande venue de France attise la hausse des prix. Fleurant le bon coup, les spéculateurs entrent sur le marché. Le prix d'un contrat de bulbe cassé continue à monter tout au long de l'année 1636. Mais en novembre, le prix des tulipes normales commence à grimper lui aussi. Tant et si bien qu'en peu de temps, n'importe quel bulbe s'échange plusieurs centaines de florins.

En 1635, il faut 100 000 florins pour acheter un lot de 40 bulbes. Pour vous donner une idée de ce que ça représente, 100 florins vous achètent une tonne de beurre, et 240 florins "huit cochons bien dodus". D'après les savants calculs de l'International Institute of Social History, un florin de 1635 équivaut à environ 10,30€ de 2002.

La bulle atteint son sommet durant l'hiver 1636-1637. A cette période, les bulbes changent de propriétaire jusqu'à 10 fois dans la même journée. Mais aucune livraison n'aura le temps de se faire.

En février 1637, le prix des contrats s'effondre et les échanges s'arrêtent net. Il ne reste plus que des vendeurs. Les acheteurs ont déserté la place. Bon, je vous accorde que l'épidémie de peste bubonique qui sévit au même moment à Haarlem n'a pas aidé.

Les vendeurs font des méga promos flash mais il n'y a rien à faire, la demande s'est fânée. Les bulbes ne valent plus qu'un centième de leur prix d'une semaine auparavant.

Laurent Curau

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