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Les dessous du métier de Responsable gestions flexibles avec Raphaël Sobotka d’Amundi

Les dessous du métier de Responsable gestions flexibles avec Raphaël Sobotka d’Amundi

Découvrez le parcours, l’expérience et le métier de Directeur gestions flexibles au sein d’une société de gestion. Café de la Bourse vous invite à plonger dans l’univers de la finance de marché en interrogeant les hommes et les femmes qui y travaillent au quotidien.

Ce mois-ci, Raphaël Sobotka, Responsable de la division des gestions flexibles chez Amundi, revient pour nous sur son activité, ce qui l’a poussé à faire ce métier, le fait le plus marquant de sa carrière, son indicateur préféré et son sentiment de marché actuel.

Quelle fonction occupez-vous ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce métier ?

Je suis responsable d’une des divisions de la gestion Multi-Asset d’Amundi, basée à Paris. Je dirige à la fois une activité de gestion discrétionnaire traditionnelle, notamment les fonds flexibles distribués au sein de nos réseaux partenaires et ceux gérés pour notre clientèle d’épargne salariale, mais également les gestions quantitatives travaillant l’allocation par facteurs et primes de risque. Je dirige aujourd’hui des équipes en charge de plus de 67 milliards d’euros d’actifs sous gestion, et gère directement quelques fonds flagships.

De formation scientifique et économique, j’ai développé dès mes débuts un goût pour l’activité d’investissement. Ce que j’aime particulièrement dans celle-ci, c’est qu’il faut, pour être performant, développer une approche différente des autres, raisonner par soi-même et maîtriser ses propres traits psychologiques. L’investissement est à mes yeux proche d’un art martial. Tout d’abord, il faut de la technique qui donne la discipline d’investissement : analyser les perspectives de croissance, la valorisation des actifs, la sensibilité aux hypothèses macro-économiques…

Ensuite, il faut être également créatif. En effet, si vous travaillez les marchés comme de nombreux compétiteurs, la probabilité de sur-performer dans la durée est mince surtout sur des classes d’actifs liquides qui sont arbitrées par des milliers d’investisseurs.

Il faut donc se construire des avantages compétitifs en travaillant différemment des autres. Soumis à un flux d’information constant et la pression des marchés, il est important de réfléchir par soi-même pour développer des prises de position différentes du consensus.

Enfin, la maîtrise de soi. Souvent dans ce métier, notre principal obstacle à la réussite réside en nous-même, par exemple la peur d’avoir tort devant les autres, la difficulté à couper ses positions perdantes en espérant se « refaire », la tentation de « locker » ses profits rapidement pour ressentir la satisfaction immédiate d’avoir raison.

Pour terminer, c’est un métier où il est très difficile de réussir seul, c’est donc un métier où la dimension humaine est très importante : le Graal est donc d’arriver à développer une approche d’investissement novatrice, disciplinée dans un cadre où les biais psychologiques de l’équipe sont maîtrisés.

Certes nous passons beaucoup de temps devant nos écrans à suivre les mouvements boursiers et le « newsflow » mais à mon niveau, au moins autant de temps sur les process d’investissement, et l’organisation humaine de notre gestion.

Lire aussi notre article Investisseurs, soyez contrariens

Quel est l’événement que vous considérez comme le plus marquant de votre carrière ?

L’événement qui m’a le plus marqué est la configuration de marché de l’été 2002. Les marchés boursiers plongent après l’annonce de la faillite de Worldcom, l’opérateur de télécommunication américain emblématique de l’époque. L’entreprise qui avait au préalable admis avoir manipulé ses comptes, venait s’ajouter à une série d’autres scandales financiers. J’avais débuté depuis peu ma carrière de gérant, et avec mes collègues nous pensions (à tort !!) avoir des portefeuilles plutôt bien équilibrés, notamment entre les secteurs de croissance et secteurs value. Pourtant nos portefeuilles souffraient terriblement. Nous perdions de l’argent des deux côtés en même temps…. Et nous nous sommes beaucoup creusés la tête pour comprendre ce phénomène boursier. Cette première difficulté m’a amené à développer une expertise de la rotation factorielle et une compréhension intrinsèque du comportement des investisseurs. Cette difficulté a finalement été une grande chance car ces approches de rotation factorielle se sont avérées très performantes car en avance sur leur temps. Je les utilise encore aujourd’hui… 20 ans plus tard.

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Quel est votre indicateur préféré et pourquoi ?

Et bien, je vais peut-être vous étonner, mais je lis les marchés dans le sens inverse de nombreux investisseurs. Je commence, avant de lire les informations de marché, par analyser l’évolution et la valorisation des facteurs dans les marchés actions, par exemple, je regarde quelle est la valorisation actuelle des défensives, des cycliques, des valeurs de croissance… et ensuite j’en déduit le scenario qui est en train d’être pricé par les marchés actions. Cela permet de ne pas passer tout son temps à lire le newsflow qui est arbitré très rapidement de toutes façons…

Quel est votre sentiment de marché actuel ?



L’heure est à la prudence, mais mes équipes restent prêtes à ajuster tactiquement les portefeuilles si des opportunités de marchés se présentent. À court terme, les risques liés au conflit russo-ukrainien restent très présents, avec un impact particulièrement marqué en Europe, de par les effets de la hausse des prix de l’énergie, des perturbations des chaînes d’approvisionnement et de sa proximité géographique avec la zone du conflit.

Le retour de la pandémie de Covid-19 en Chine est également un facteur de risque pesant sur les perspectives de croissance mondiale. Le Fonds monétaire international (FMI) a d’ailleurs récemment revu à la baisse ses prévisions de produit intérieur brut (PIB) mondial pour 2022 et 2023, à 3,6 % en glissement annuel.

Et il y a l’inflation, dont la dynamique haussière était déjà préoccupante avant-crise et qui continue de s’aggraver. De nombreuses banques centrales ont déjà adopté un positionnement plus strict et elles pourraient être contraintes d’ajuster davantage leur politique pour parvenir à ancrer les anticipations d’inflation à moyen terme à des niveaux plus modérés.

Ces derniers jours, des signes de stabilisation ont été perçus sur les marchés actions, mais la volatilité restera élevée. Je suis dans ce contexte plus positif sur les entreprises américaines dont les perspectives bénéficiaires semblent plus résilientes par rapport à celle de l’Europe. J’ai aussi une préférence pour les valeurs de qualité pour traverser cette crise, des entreprises dont le modèle économique est solide et qui ont la possibilité de répercuter les hausses des coûts sur les prix aux consommateurs. Sur les marchés du crédit, les fondamentaux restent bien orientés mais le durcissement de ton des banques centrales a des répercussions négatives sur les facteurs techniques et la valeur relative des obligations d’entreprises. Cette posture des banquiers centraux confirme également l’orientation à la hausse des taux.

Dernier point d’attention à mon sens, la liquidité. Je ne vois pas de risque important de pénurie des liquidités à l’heure actuelle, mais il faudrait rester vigilant. La profondeur du marché s’étant détériorée de manière générale dernièrement.

Source des images : Freepik

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