Interview d’Ecofi : portrait d’une entreprise à mission

Le 25 septembre 2020

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Dans cet article, Mathilde Salama, Directrice de la communication chez Ecofi, société de gestion engagée, nous présente l’investissement socialement responsable (ISR).

Pourriez-vous nous présenter Ecofi ?

Ecofi est une société de gestion, filiale à 100 % du Crédit Coopératif, membre du Groupe BPCE. Elle est composée d’une soixantaine de collaborateurs et gère environ 6 milliards d’encours. Toutes les classes d’actifs sont représentées : actions, obligations, multi-actifs, monétaire. La clientèle est composée en majorité d’institutionnels, qu’ils soient en direct ou via les réseaux du Crédit Coopératif et de BTP Banque, avec la volonté de développer davantage la distribution intermédiée vers les particuliers – assurance-vie, banques privées, plateformes, conseillers en gestion de patrimoine et réseaux.

Qu’est-ce qu’une entreprise à mission telle que la vôtre ?

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Depuis janvier 2019, Ecofi compte, dans sa gamme de fonds ouverts, 100 %* de fonds gérés selon les principes de l’investissement socialement responsable (ISR). Depuis 1972, le respect de l’Homme, de la Planète et des enjeux liés à la gouvernance sont au cœur de nos placements. Nous avons toujours prêté une attention très forte aux critères extra-financiers. Cette lecture humaine et environnementale fait partie de notre histoire depuis la création d’Ecofi, avec la création du premier fonds de partage en Europe.

Le statut d’entreprise à mission : des enjeux sociaux et environnementaux

Le statut d’Entreprise à mission est cohérent avec nos engagements de long terme. Ce que nous demandons aux entreprises dans lesquelles nous investissons, nous nous l’appliquons à nous-même. Le statut d’entreprise à mission a été créé avec la loi Pacte qui oblige, pour en bénéficier, à inclure les enjeux sociaux et environnementaux de ce qu’est l’entreprise. Ceux d’Ecofi sont les suivants :

  • contribuer par notre politique d’investissement et d’influence à l’amélioration des pratiques responsables des émetteurs et de la Place ;
  • contribuer à répondre aux besoins financiers de l’Économie Sociale et Solidaire ;
  • favoriser la participation des salariés aux grandes orientations de l’entreprise et partager la valeur créée ;
  • accorder nos pratiques d’investisseur et d’entreprise en mettant en œuvre une politique RSE ambitieuse.

Ces objectifs ne sont pas des vœux pieux mais bien des engagements avec des indicateurs concrets, dont on pourra juger si les résultats ont été atteints ou non. Ils font l’objet d’un audit de la part d’un tiers indépendant.

Afin de devenir entreprise à mission, il fallait également inscrire une raison d’être dans nos statuts, ce qu’Ecofi a formulé ainsi : « Ensemble, nous bâtissons des solutions d’investissement alliant performance financière et respect de l’Homme et de la Planète. Actifs pour le futur, nous prenons les devants pour façonner un avenir dont nous sommes tous responsables. »

Quels sont les avantages à devenir une entreprise à mission ?

La transformation d’Ecofi en entreprise à mission nous permet de réaffirmer nos engagements et de les pérenniser. Même si Ecofi est une filiale du Crédit Coopératif, en tant que société de gestion, elle n’est pas une coopérative. Le fait de devenir une entreprise à mission la rend plus proche d’une certaine façon des engagements coopératifs. C’est aussi une façon d’engager toutes les parties prenantes, en interne comme en externe. Devenir entreprise à mission, c’est aussi rejoindre une communauté d’entreprises à mission dont par exemple la Camif fait partie.

Du 1er au 9 octobre 2020, c’est la semaine de la finance responsable, pouvez-vous expliquer ce qu’est l’ISR ?

L’investissement socialement responsable ou ISR est un investissement prenant en compte des critères extra-financiers et ne se limitant pas à la seule analyse fondamentale, démarche nécessaire mais pas suffisante. L’investissement ISR intègre donc les critères ESG (Environnement, Social et Gouvernance) afin d’améliorer la qualité des investissements détenus en portefeuille et d’investir dans les entreprises les plus engagées sur ces enjeux.

Les critères ISR sont appliqués à 100 %* de la gamme de fonds ouverts d’Ecofi.

Comment sont pris en compte les critères ESG dans la gestion d’Ecofi ?

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Ecofi tient à appliquer ses critères ISR en amont de l‘analyse financière. Ils ne sont donc pas des conseils donnés à un gérant mais déterminent réellement l’univers d’investissement dans lequel il est possible d’investir ou non.

ISR et critères ESG : des étapes obligatoires dans notre sélection d’entreprises

A lieu d’abord une exclusion sectorielle, c’est-à-dire l’élimination d’office des sociétés appartenant à des secteurs d’activité tels que le tabac, les jeux d’argent, le charbon, les armements controversés.

Ensuite, intervient l’exclusion des paradis fiscaux, c’est-à-dire l’élimination de toutes les sociétés dont le siège social est situé dans un paradis fiscal pour optimiser son imposition. Ecofi liste parmi les paradis fiscaux plus de 60 pays.

Une fois ces deux étapes passées, les entreprises sont analysées à l’aune des critères ESG à partir des données brutes de Vigeo-Eiris qui recense plus de 300 critères majeurs. Ecofi y applique une surpondération de tous les indicateurs de résultat afin de s’assurer du sérieux des engagements des sociétés en comparant ce qu’elles font vraiment versus ce qu’elles déclarent. Par exemple, si elles mettent en avant une politique audacieuse en termes de mixité et de diversité, la composition du conseil d’administration sera vérifiée.

Les sociétés controversées pourront être exclues des investissements éligibles à l’ISR

Enfin, les controverses et leur gestion sont également au cœur de la sélection d’actifs répondant aux critères ESG. Les entreprises au cœur de controverses liées à la pollution par exemple, ou à des atteintes aux droits de l’Homme, selon la gravité de la controverse (une note de 1 à 5, reposant sur des critères concrets et sur un faisceau de preuves), pourront être exclues de l’univers d’investissement éligible à l’ISR.

Ecofi complète ces pratiques par un engagement actionnarial fort, avec un vote systématique et des actions de dialogue. Ainsi, en 2019, Ecofi a soutenu 116 résolutions d’actionnaires pour interpeller les entreprises en faveur d’une bonne gouvernance et d’une gestion responsable des impacts environnementaux et sociaux. En outre, la société de gestion n’hésite pas à demander à rencontrer les entreprises, par exemple quand elle est soumise à une forte controverse, pour savoir si la société s’est emparée du problème et comment elle envisage de le traiter.

Quels sont les atouts de l’ISR pour les sociétés et pour les investisseurs ?

Les sociétés ont réellement intérêt à privilégier une approche ISR, pour plusieurs raisons. La première et la principale, c’est sans conteste le sens de la démarche et le fait que, en tant qu’entreprise, on a un rôle à jouer dans son écosystème.

La deuxième, c’est qu’une approche ISR permet une meilleure maîtrise des risques, cruciale aujourd’hui. Avant, si une société était l’objet d’un scandale relatif à la pollution ou à une atteinte aux droits de l’Homme, les citoyens condamnaient, mais sans le buzz des réseaux sociaux, et la réglementation, plus souple, permettait de ne pas subir de sanctions financières trop importantes.

Aujourd’hui, le buzz négatif peut aller très vite, la législation a évolué et les amendes peuvent s’avérer très importantes. Ainsi une société dont on connaît les mauvaises pratiques peut chuter très rapidement en Bourse. En doublant des critères ESG les critères financiers traditionnels (viabilité du Business Model, enjeux de gouvernance, etc.), le risque de réputation et le risque de réglementation sont considérablement amoindris, et donc leur impact sur la performance des placements.

La France en avance sur les questions environnementales et énergétiques

La réglementation a aussi poussé les entreprises à adopter une approche plus responsable, notamment l’article 173 de la loi sur la transition énergétique qui introduit pour les investisseurs institutionnels l’obligation de mettre à disposition de leurs souscripteurs, des informations sur les modalités de prise en compte dans leur politique d’investissement des critères relatifs au respect d’objectifs ESG. Différents autres textes de loi, comme le devoir de vigilance, ont poussé les entreprises à agir. La France est d’ailleurs en avance sur ce sujet.

Les citoyens et consommateurs veulent donner du sens à leur épargne

Les citoyens ont aussi un grand pouvoir en la matière et ils peuvent faire changer les choses. S’ils cherchent à s’engager et à consommer mieux, ils souhaitent également des placements plus responsables, avec une meilleure traçabilité. Les citoyens, de plus en plus, cherchent à donner du sens à leur épargne, même si l’ISR est aujourd’hui encore porté en majorité par des investisseurs institutionnels comme les caisses de retraite par exemple. Il n’empêche, l’ISR permet aux investisseurs, institutionnels comme particuliers, d’investir en accord avec leurs valeurs, sans que cela ne nuise à la performance.

En effet, plus personne de nos jours pense que l’ISR réduit la performance d’un portefeuille. D’ailleurs, les chiffres et les études sont là pour démontrer l’inverse. Par exemple, comme on peut le constater sur ce graphique, l’indice Ecofi SRI Europe Index surperforme depuis pas mal d’années son indice de référence.

Évolutions de l’Ecofi SRI Europe Index et de l’Eurostoxx 50 TR de novembre 2015 à mai 2020

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Source : Ecofi –Les performances passées ne préjugent pas des performance futures.

De plus, contrairement à la théorie ancienne de Markowitz, réduire l’univers d’investissement ne réduit pas la performance. On ne va pas saboter son portefeuille en excluant les sociétés qui commercialisent du charbon ou des armes, au contraire. Car il y a aujourd’hui moins de gens qui veulent acheter des entreprises qui commercialisent du charbon ou des armes, et donc la logique de flux va en faveur de l’ISR.

Enfin, la recherche de sens et la performance comparable des fonds ISR devraient accroître encore le succès de ces fonds, dont certains sont investis également sur des thématiques de croissance durable autour de l’Homme et de la Planète.

Lire aussi notre dossier complet 12 conseils pour investir en Bourse

*Hors certains fonds indexés et fonds à gestion déléguée

Source des images : Freepik

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Mathilde Salama

Mathilde Salama

Directrice de la communication - Ecofi - Site internet

Après un Master 1 de sociologie économique et un Master 2 de communication au Celsa, Mathilde Salama a débuté sa carrière en agence de communication B to B avant de rejoindre la Banque du Louvre en 1993. Successivement assistante édition, Responsable puis Directrice adjointe édition/ communication au sein de la Banque du Louvre, elle devient Directrice adjointe marketing/ communication de HSBC Private Bank France suite à la fusion des entités de banque privée du Groupe HSBC en octobre 2003, puis, en 2007, Directrice de la Communication de HSBC Private Bank France.

Mathilde Salama est Directrice de la communication d’Ecofi depuis 2008.

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