Carl Icahn, l’investisseur prédateur

Carl Icahn, l’investisseur prédateur




Carl Icahn, l’investisseur prédateur image

« L’effet Icahn ». C’est l’expression de Wall Street pour décrire la hausse soudaine du cours d’une action qui se produit lorsque les marchés apprennent que Carl Icahn rachète les actions d’une société.

Considéré tantôt comme un requin sans pitié, tantôt comme un justicier au service des actionnaires face aux dirigeants incompétents, Icahn est ce qu’on appelle un « actionnaire activiste ». Il commence par repérer une société mal gérée, dont les actions sont sous-évaluées, puis il s’introduit au capital. Suffisamment pour pouvoir s’inviter au conseil d’administration et peser directement sur la stratégie financière de l’entreprise. Au grand bénéfice des actionnaires. Ce mode opératoire a permis à Icahn de devenir une des 50 plus grosses fortunes des Etats-Unis.

Profil

Icahn grandit dans une famille de la classe moyenne dans le quartier de Far Rockaway, dans le Queens à New York. Boursier, il étudie à Princeton et obtient une licence de philosophie en 1957. Puis, il étudie la médecine à l’université de New York mais il interrompt ses études parce que, de son propre aveu, il n’aimait pas les cadavres.

Il débute en finance en 1961 comme courtier à la Dreyfus & Co. à New York. Sept ans plus tard, il achète un siège à la Bourse de New York, où il négocie principalement des options. Icahn s’avère rapidement un investisseur actif et pugnace. Il commence à prendre des participations importantes dans des entreprises cotées pour provoquer des hausses de cours.

Icahn débute réellement ses activités d’investisseur prédateur à la fin des années 1970. Il entre dans la cour des grands lors de son OPA hostile sur la TWA en 1985. Il se taille une réputation de négociateur coriace et de fin stratège. Ses adversaires le craignent pour sa persévérance et sa forte personnalité. Parmi les grandes sociétés ayant croisé la route d’Icahn : Texaco, Western Union, Viacom, Revlon, Time Warner, Motorola et, récemment, Netflix, Dell et Herbalife.

A la tête d’une immense fortune, Carl Icahn est aussi un philanthrope reconnu, faisant de nombreux dons à Princeton, son alma mater. Il a reçu de nombreux prix de ville de New York pour son travail et ses contributions à la santé publique, à la recherche médicale et aux associations caritatives de la ville.

Il reste malgré tout un investisseur activiste. Interviewé par Time Magazine en février 2007 à l’occasion de ses 71 ans, sur la question de sa retraite il répond :

« Eh bien, quelques PDG m’ont proposé d’organiser une fête pour ma retraite. Mais je suis un gars du Queens, j’ai l’esprit de compétition. Je ne me vois pas passer le restant de mes jours en Floride à jouer au golf. »

Plusieurs sources avancent que Icahn aurait recruté une une vingtaine d’associés pour l’aider à trouver les cibles de ses prochains raids. Il est donc probable qu’il reste un investisseur actif pendant encore quelques temps.

Son style d’investissement

Le célèbre investisseur Wilbur Ross, ami de longue date d’Icahn et adversaire régulier, le définit comme « la personne avec l’esprit de compétition le plus développé que je connaisse. Il est particulièrement doué pour terroriser les gens et faire tomber leurs défenses ».

La stratégie d’Icahn consiste à repérer une entreprise qu’il juge mal dirigée et dont le cours de l’action est nettement sous-évalué. Il excelle dans les marchés baissiers. Quand tout le monde vend, il achète, et il construit peu à peu des positions assez grandes pour rejoindre le conseil d’administration de l’entreprise sur laquelle il a jeté son dévolu.

Généralement, sa première requête est de débarquer le directeur général et de démanteler l’entreprise pour les revendre au détail au plus offrant. Sa réputation et son historique de succès sont tels qu’il suffit que l’on apprenne qu’Icahn est à la manoeuvre pour que le cours du titre de l’entreprise s’envole. C’est ce qui s’est passé cette semaine avec Apple. On apprend via son compte Twitter qu’il a pris une grosse participation dans Apple. Suite à ça, le titre Apple a pris près de 5% en une seule journée.

We currently have a large position in APPLE. We believe the company to be extremely undervalued. Spoke to Tim Cook today. More to come.

— Carl Icahn (@Carl_C_Icahn) August 13, 2013

Illustration de la méthode Icahn : en 2006, il fait pression sur la direction de Time Warner pour remplacer son CEO et démanteler la société. En vain. Mais lorsqu’en février 2007 Time Magazine l’interroge sur son échec, Icahn rétorque :

« Dick Parsons a accepté de faire ce qui nous tenait le plus à cœur : procéder à 20 milliards de dollars de rachat d’actions. Il a fait ce qu’il avait promis et le titre s’est apprécié de 30%. Ça aide les actionnaires. Notre hedge fund a empoché 250 millions de dollars. Assez agréable comme façon de perdre ».

Carl Icahn dans le texte

“Je gagne de l’argent. Rien de mal à ça. C’est ce que je veux faire. C’est pour ça que je suis là. C’est ce que j’aime. »

« Les directeurs sont payés pour faire un travail médiocre. Si le système n’était pas si mal conçu, les gars comme moi ne se feraient pas autant d’argent. »

« Quand les investisseurs, y compris les pros, sont tous d’accord, ils ont généralement tort. »

« Je dois veiller à l’intérêt des actionnaires, et c’est moi le plus gros actionnaire. »

Laurent Curau