Crowdfunding : “une sélectivité maximale est indispensable »

Le 09 décembre 2013

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Face à la frilosité des banques, les jeunes entreprises cherchent de nouveaux modes de financement. Le crowdfunding ou finance participative constitue l’une des réponses à ces problèmes en rapprochant les entreprises en besoin et les investisseurs en capacité de financement.

Crowdfunding France : notre interview avec Nicolas Sérès, co-fondateur de Wiseed, leader européen du crowdfunding de type “equity”

Pouvez-vous décrire le type de projets de financement sur lesquels Wiseed se positionne ?

Nous ne nous interdisons aucun domaine, mais avons des connaissances plus approfondies sur les secteurs suivants : la santé, le développement durable au sens large, les technologies de l’information et l’industrie et les services. Les dossiers que nous prenons en charge comprennent généralement une forte dimension technologique sur des marchés de rupture. Les sociétés que nous accompagnons offrent des produits ou services réellement innovants et se trouvent en phase d’amorçage.

Les opérations se décomposent en deux phases : une phase de collecte et d’investissement qui dure environ 3 mois, puis une phase de gestion de l’investissement, qui peut s’étendre de 3 à 8 ans. Durant celle-ci, nous demeurons très proches de l’équipe dirigeante et assurons un reporting trimestriel aux investisseurs. La fréquence du reporting doit d’ailleurs être améliorée selon les contextes et les dirigeants doivent encore fournir des efforts pour s’imposer cette discipline. Cet aspect est primordial pour assurer la pérennité du modèle de financement participatif de type equity.

Les montants apportés varient entre 50 000 et 400 000 €, pour une moyenne de 150 000 €. La plupart des opérations sont cependant réalisées au côté d’autres investisseurs : business angels, industriels, fonds d’investissement.

Quels sont les critères de sélection essentiels des dossiers ?

Nous recevons 5 à 10 dossiers d’entreprises chaque jour, mais une sélectivité maximale est indispensable à notre activité : moins de 1 % se voit proposer un financement. Notre but étant de sécuriser autant que possible l’investissement, nous menons un audit approfondi des sociétés. Celui-ci a la particularité de porter surtout sur des perspectives, les jeunes entreprises n’affichant pas d’historique de bilans. Elles ont généralement une offre commercialisable, un premier modèle économique, mais pas nécessairement de chiffre d’affaires. Ainsi, notre analyse s’avère pour partie rationnelle – étude du marché, de l’offre, des questions de propriété intellectuelle – et pour partie intuitive – étude de l’équipe dirigeante, de ses qualités d’intégrité, d’intelligence et de dynamisme. Nous attachons une attention particulière au triptyque besoin – promesse – preuve.

La société doit nécessairement disposer d’un premier client (pilote ou réel), nous le contactons afin d’obtenir son avis sur l’offre proposée, sur la valeur ajoutée de l’entreprise et sur son intérêt pour un investissement. Nous contactons également de manière ciblée les investisseurs de notre base afin de leur présenter l’activité de l’entreprise en question et de sonder leur propension à investir.

Quels sont les profils de ces investisseurs ? Le ticket moyen d’investissement ?

20 000 personnes constituent la communauté Wiseed. Si l’investissement est possible dès 100 €, le ticket moyen représente environ 2 500 €, contre 12 à 13 000 auprès d’un business angel. Le ticket maximal s’élève à 60 voire 70 000 €. Les investisseurs sont essentiellement des professions libérales, des cadres et de cadres supérieurs, des entrepreneurs, mais aussi des étudiants en écoles de management, des retraités ou encore de nombreux business angels. La majorité de nos investisseurs ont entre 35 et 45 ans puis entre 60 et 70 ans. Les premiers constituent une base importante pour les projets à venir, les seconds privilégient la dimension fiscale.

Précisément, l’avantage fiscal constitue-t-il un moteur fort pour l’investissement en crowdfunding ?

Compte tenu de la part de risque inhérente à l’investissement en private equity, l’avantage fiscal constitue une motivation réelle pour les investisseurs, même si de belles opérations peuvent être réalisées sans lui. Si le bénéfice fiscal est automatique en cas d’investissement direct, notre modèle principal (la création d’une holding pour chaque opération de financement), doit répondre à des critères stricts. La holding est actionnaire de l’entreprise et les investisseurs sont actionnaires de la holding. Celle-ci doit impérativement compter au maximum 49 actionnaires, être présidée par un mandataire personne physique et justifier de deux salariés en fin de premier exercice. C’est uniquement à ces conditions que l’avantage fiscal peut exister.

Pourquoi ce modèle holding / investissement direct ?

Le modèle direct est plus favorable aux investisseurs, mais nécessite de l’expérience (gestion autonome). Il n’est pas aligné avec le principe du crowdfunding (faible investissement et nombre important de souscripteurs). Il est, par essence, réservé à un public de type business angels.

Le modèle indirect (holding) est plus favorable aux entrepreneurs tout en préservant l’intérêt des investisseurs « non professionnels ». Il est le mieux adapté au crowdfunding.

Il permet aux entrepreneurs de bénéficier de tous les atouts du crowdfunding, à savoir la création d’une communauté (reconnue comme étant un puissant vecteur marketing), sans avoir à gérer une base importante d’actionnaires ni la responsabilité juridique de ceux-ci.

Un modèle n’exclut pas l’autre, une opération de financement doit permettre à des investisseurs expérimentés d’entrer en direct, comme à des investisseurs non professionnels de se joindre à l’opération dans des conditions similaires. Il s’agit pour l’entrepreneur de fixer les règles (montant minimum pour le direct, critères qualitatifs tiers)
Wiseed proposera en 2014 les 2 formats d’investissement par opération.

Quelles sont généralement les conditions de sortie ?

En cas d’investissement assorti d’un avantage fiscal, la durée est obligatoirement supérieure ou égale à 5 ans. Wiseed s’engage d’ailleurs à négocier, en cas de proposition d’un acheteur avant ce terme, un prix d’achat qui puisse a minima compenser la perte de l’avantage fiscal pour nos investisseurs.

La sortie d’un investissement performant s’effectue lorsqu’un fonds d’investissement ou un industriel rachète les parts des actionnaires existants. L’introduction en Bourse représente aussi une porte de sortie. Quoi qu’il en soit, les modalités de sorties de l’investissement sont spécifiées dès le départ dans le pacte d’actionnaires signé pour chaque opération.

Dans les discussions relatives à la valorisation, Wiseed pondère les résultats pressentis jusqu’à 50 % et vise une rémunération minimale (TRI) pour les investisseurs de 15 %, dans son scénario dit « nominal ».

En cas d’échec de la société et de l’investissement, la holding est dissoute avant le terme prévu et les investisseurs subissent une perte. D’où, encore une fois, la nécessité de se montrer très sélectif avec les entreprises candidates et de bien connaître les équipes dirigeantes. Les business angels affichent un taux de perte proche de 30-50 % et si l’on peut espérer limiter celui-ci à 30 %, il reste que le capital investissement est risqué. Nous conseillons aux investisseurs de diluer leur risque.

Wiseed a clôturé positivement un investissement depuis sa création. Dans quelles conditions ?

Sur 29 entreprises financées, nous avons pour l’heure réalisé une sortie positive avec un TRI de 43 % sur l’entreprise Antabio, active dans les biotechnologies. La quasi-totalité des investisseurs qui ont pris part à cette opération ont ensuite réinvesti via Wiseed. Nous prévoyons une à deux sorties en 2014.

Wiseed a également enregistré deux pertes depuis ses débuts et en anticipe une prochaine. Malgré des qualités certaines, les projets n’ont pas été menés au bout, pour différentes raisons stratégiques et/ou d’environnement de marché. Nous apprenons de nos erreurs et sommes résolus à nous montrer toujours plus exigeants, quitte à réaliser moins d’opérations. L’investisseur attend du rendement.

Pouvez-vous citer des exemples de sociétés accompagnées par Wiseed ?

Exoès est une société basée en Gironde. Elle a créé un système de récupération, traitement et réinjection des gaz d’échappement dans les véhicules qui permet de réduire la consommation de carburant jusqu’à 15 %.

Autre exemple très différent, PUR etc. est un établissement de restauration rapide de type “bar à purée” installé à Strasbourg. Il propose des produits cuisinés maison autour des fruits et légumes de saison issus de l’agriculture locale et majoritairement biologique. PUR etc. travaille à son développement en franchise et devrait ouvrir un point de vente à Paris en 2014.

Ces sociétés ont non seulement été auditées par nos services mais sélectionnées par la communauté Wiseed, conformément à notre politique de vote.

Propos recueillis par Nadège Bénard

Les informations de Cafedelabourse.com et de ses publications sont données à titre pédagogique. Elles ne constituent en aucun cas des recommandations d’investissement. Le lecteur se doit d’étudier les risques avant d’effectuer toute transaction. Il est seul responsable de ses décisions d’investissement.

Nicolas-Seres

Nicolas Sérès

Co-fondateur, directeur des opérations - - Site internet

Nicolas Sérès a passé 10 ans dans l’industrie des grands comptes (Alsthom, Thomson, Thales, General Electric) en qualité d’expert process en France, en Asie et au Maghreb. Co-inventeur pour Thomson, il assure son ascension sociale par apprentissage terrain. Puis, passionné d’entrepreneuriat, et après une première expérience dans le domaine du sport aventure, il rejoint l’Incubateur Midi Pyrénées dont il assure l’animation durant 4 ans. C’est là qu’il rencontre Thierry Merquiol, alors directeur de la structure, et avec qui germe l’idée du financement participatif appliqué aux startups : l’aventure WiSEED démarre en 2008. Nicolas Sérès en assure à ce jour les fonctions de directeur général et responsable des opérations. Il gère également plusieurs entreprises d’investissement.

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