Financer l’innovation, état des lieux du capital risque en France

Jean-David Chamboredon, Président Executif @ ISAI Gestion le 18 Novembre 2016

@isai_fr

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Financer l’innovation, état des lieux du capital risque en France
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À l’occasion de la sortie du compte PME Innovation, Café de la Bourse  s’est entretenu avec Jean-David Chamboredon, initiateur du Mouvement des Pigeons, co-président de France Digitale et CEO de ISAI, fonds d’investissement capital-risque dédié aux entrepreneurs d’Internet. Au menu, financement de l’innovation, situation française du capital risque dans un contexte économique globalisé, tendances et perspectives du financement des startups.

En quoi est-ce particulier de financer l'innovation ?

Financer l’innovation est particulier à deux titres. D’abord, le risque que ce que vous financez ne marche finalement pas est très important. Financer, l’innovation, c’est être dans l’inconnu, avec des interrogations fortes sur le succès potentiel. C’est d’autant plus vrai que l’investissement se fait très tôt dans la vie de l’entreprise. A minima, une fois sur deux, on perd de l’argent, d’où la nécessité d’en gagner beaucoup quand le succès est au rendez-vous afin de compenser les pertes.

La deuxième grande différence par rapport aux investissements plus traditionnels, c’est le fait que le capital finance des pertes. La startup financée n’est généralement pas bénéficiaire et le nombre de tour de table nécessaire pour arriver à un équilibre n’est pas connu d’avance et très aléatoire.

Ces deux grandes caractéristiques, qui sont assez liées d’ailleurs, révèlent des pratiques de financement très différentes des introductions en bourse classique par exemple, où dans ce cas, les entreprises ne sont pas déficitaires et il n’y a pas d’autre tour de table prévu pour financer l’entreprise.

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Quelle est la situation actuelle du financement des startups en France ?

Historiquement, la France connaît un retard conséquent par rapport à d’autres groupements géographiques comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni, Israël, etc. Cela s’explique notamment par le fait qu’il n’y a pas de culture du capital risque en France, tant du côté des particuliers que des institutionnels. On prend plus de risque dans les pays anglo-saxons. En effet, le ratio d’investissement dans le capital-risque, à PIB égal, entre la France et les États-Unis est de 1 à 10.

En revanche, il faut tout de même souligner que la situation est en nette amélioration. La France est première en Europe en ce qui concerne le nombre d’entreprises financées. Cependant,  en matière de montant des investissements en capital risque, elle se situe à la 2ème ou 3ème position, derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne. Cela signifie que l’on a un très beau vivier d’entreprises qui arrivent à lever de l’argent en France, mais qu’elles lèvent moins que leurs homologues de certains autres pays européens.

Pour résumer, on peut dire que le retard de la France en matière de financement des startups est en train de se combler et, même si on ne peut que saluer le bon effet volume, on déplorera tout de même une sous-capitalisation par rapport à d’autres pays. Autrement dit, on demande à l’entrepreneur français de faire plus avec moins.

Pourquoi les startups françaises se font toujours racheter avant d'avoir une taille critique ?

On l’a vu, au classement européen, la France est cette année première en nombre de startups financées. Elle est cependant 2ème ou 3ème en montant total injecté, c’est-à-dire que l’on finance donc beaucoup de sociétés mais qu’on les finance moins que dans d’autres pays européens. Ce constat explique en partie la question du rachat des jeunes pousses françaises. Dans un contexte de guerre du capital, en situation de recherche de leadership, une startup française aura bien souvent intérêt à se laisser racheter.

Le phénomène de sous-capitalisation en France est donc l’une des raisons de ce sujet là mais on ne doit pas non plus oublier certains facteurs culturels qui expliquent cette situation. En effet, la France possède une culture internationale moins forte qu’au Royaume-Uni ou en Israël par exemple. Dans une optique de développement à l’international, le rachat peut présenter une solution.

Quelles sont vos propositions en matière de financement des startups ?

Je suis co-président de France Digitale. Notre organisation a porté deux propositions afin de développer le financement des startups.

La première est axée sur les Business Angels et plus particulièrement les entrepreneurs qui ont vendu leur entreprise et veulent investir dans d’autres nouvelles entreprises. C’est ce type de financement qui est d’ailleurs à l’origine de l’essor de la Silicon Valley et que l’on connaît aujourd’hui sous l’appellation de « Mafia Paypal». Ce mécanisme est un peu freiné en France par la fiscalité, d’où notre proposition d’un compte entrepreneur-investisseur qui permette à cette catégorie d’investisseur de bénéficier d’un sursis d’imposition ISF et IRPP. Au lieu de cela, le gouvernement a choisi de sortir un produit très restreint et peu attractif.

Cette première proposition avait donc pour objectif d’essayer de favoriser le recyclage de la création de valeur via les Business Angels.

Notre deuxième proposition : mobiliser l’épargne longue des Français sur ce segment. Avec un investissement équivalent à 0,5% des encours l’assurance-vie, on doublerait les montants du capital risque français ! La réglementation ne permet pas de le faire aujourd’hui. Les gouvernements ont pourtant essayé d’aller dans ce sens mais les assureurs et régulateurs se montrent réticents. Le contexte économique est pourtant porteur puisque les rendements de l’assurance-vie sur les produits sans risques sont à l’heure actuelle particulièrement faibles. Il paraît donc indispensable, pour doper le rendement, d’introduire une dose de risque. Cela pourrait passer par l’investissement dans l’innovation.

Pour tout savoir sur l’assurance-vie et bien choisir son contrat, vous pouvez consulter notre dossier dédié Souscrire à une assurance-vie

Le problème actuel, c’est qu’il n’y a pas d’investisseurs institutionnels derrière le capital risque français, à part BPI France. Or, ils devraient représentent la force de frappe du capital risque, pour être à armes égales avec d’autres compétiteurs internationaux.

Ces deux propositions, ces deux sujets sont particulièrement importants pour la chaîne de financement du capital risque : les Angels et les institutionnels sont complémentaires.

Quel est votre sentiment sur le compte PME Innovation ?

Le « compte entrepreneur-investisseur » a été renommé par le gouvernement « compte PME Innovation ». Beaucoup moins sexy que l’appellation initiale, il est aussi moins attractif en matière d’utilisation. Les conditions d’entrée dans ce compte PME Innovation sont inadaptées au monde des Angels et selon moi, la plupart des Business Angels en activité aujourd’hui ne pourront de ce fait pas utiliser ce compte.

D’autre part, le sujet du sursis d’ISF présent dans la proposition de France Digital, qui visait à éviter aux Business Angels de passer d’une situation où ils sont exonérés d’ISF avant la vente de leur bien professionnel à une situation où ils seront soumis à l’ISF, a été totalement écarté du projet. À mon sens, un des attraits importants de la création du compte entrepreneur-investisseur a donc été gommé.

Les informations de Cafedelabourse.com et de ses publications sont données à titre pédagogique. Elles ne constituent en aucun cas des recommandations d'investissement. Le lecteur se doit d'étudier les risques avant d'effectuer toute transaction. Il est seul responsable de ses décisions d'investissement.

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