L’analyse graphique : une histoire de sommets et de creux (2/3)

L’analyse graphique : une histoire de sommets et de creux (2/3)




Cet article est le deuxième d’une série de trois consacrée à l’analyse technique.
Lire le premier article de la série : “La psychologie des marchés : fondement de l’analyse graphique et technique” →

De l’analyse graphique à l’analyse technique

De la théorie de Dow au principe d’Elliott

Charles Henry Dow, journaliste financier américain co-fondateur avec Edward Jones de l’agence de presse Dow Jones & Co. à la fin du XIXème siècle, a remarqué une certaine régularité dans l’apparente confusion du marché et détecté trois types de comportements, imbriqués à l’instar des poupées russes, liés à 3 horizons de temps différents. Il utilise les clôtures quotidiennes car elles expriment la synthèse de chaque journée.

  • La tendance à long terme dite primaire d’une durée de l’ordre de l’année et plus
  • La tendance à moyen terme secondaire de l’ordre de 1 à quelques mois dans la tendance primaire
  • La tendance à court terme tertiaire de 1 jour à quelques semaines dans la tendance secondaire

Dans les années 1930, Ralph Nelson Elliott associa le comportement humain à l‘évolution des cours boursiers. Il était persuadé que l‘évolution des cours boursiers obéissait à une loi naturelle et énonça les désormais célèbres “principes d’Elliott”.

En résumé, l‘évolution du marché actions est rythmé par des cycles. Chaque cycle se décompose en une vague d’impulsion (I) et une vague de correction (II). Dans une deuxième décomposition, chaque d’impulsion est décomposée en cinq sous-vagues numérotées de 1 à 5 et chaque correction en trois sous-vagues lettrées a, b, c, et ainsi de suite.

 

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L’attribution d’une “personnalité” à chacune des formes observées, la simplicité apparente des décomptes (dans lesquels il introduit la fameuse suite de Fibonacci, le nombre d’or et ses dérivés) et certaines prévisions presque incroyables ont contribué au succès des principes d’Elliott, mais l’ensemble des règles et exceptions en font une “théorie” à l’application relativement complexe.

Formes de retournement et tendances : de l’analyse des formes à l’analyse technique

Une tendance sur un horizon donné, annuel et plus par exemple, est définie à partir des sommets PH (points hauts) et des creux PB (points bas) formés par les vagues d’horizon inférieur (quelques mois dans l’exemple). Tant que les PH et les PB sont toujours plus hauts alors la tendance est définie comme haussière. Si les plus récents PH et PB sont plus bas que les précédents la tendance devient baissière.

Il existe de nombreuses configurations, laissant apparaître parfois des formes géométriques, qui préfigurent un retournement de tendance et même une poursuite de tendance. Elles sont toujours construites à partir de sommets et de creux. L’horizon temporel d’anticipation est du même ordre de grandeur que la durée de la figure.

Exemples :

Formes et figures géométriques

Le triangle rectangle baissier / haussier

 

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La droite de support horizontale exprime qu’un grand nombre de titres sont à l’achat au même prix et le cours n’ira pas plus bas tant qu’il reste des titres à l’achat à ce prix. La droite décroissante, construite à partir des sommets de plus en plus bas, montre que les vendeurs sont de plus en plus pessimistes, en tout cas plus que les acheteurs ne sont optimistes. Une fois la “barrière” des acheteurs vaincue, la voie est libre pour la baisse. Il est admis que si le cours persiste à l’intérieur du triangle (au-delà des ¾ environ de la longueur du segment servant de support), la baisse est invalidée. L’interprétation est inversée pour le triangle rectangle haussier (il faudra remplacer support par résistance, achat par vente, etc…).

 

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La figure en losange, appelée également diamant compte tenu de sa rareté, agit comme un “réflecteur”. Dans la deuxième partie de la figure de l’exemple, les creux débutent une phase ascendante alors que les sommets n’ont pas terminé leur phase de baisse. Un canal haussier se forme dans le canal baissier. Le losange obtenu anticipe une inversion de tendance.

Le drapeau est la figure d’un marché indécis qui prend forme dans une tendance à plus long terme et anticipe une poursuite celle-ci. Dans l’exemple, après une dernière vague de hausse (hampe du drapeau) dans un marché haussier long terme, l’indice fait une pause dans le sens de la tendance. Un drapeau qui “lorgne” dans le sens de la tendance est une poussée en théorie d’Elliott.

Dans l’exemple de l’indice CAC 40, en 2007, le creux d’août est plus bas que le précédent creux en mars. Lors du rebond qui a suivi, l’indice a créé en octobre un sommet E plus bas que le précédent sommet T. En novembre le marché a tenté d’inverser le mouvement en cours en créant un PB plus haut que celui d’août qui n’a pas été confirmé par le PH suivant. Au cours de ce mouvement l’indice a créé une forme classique caractéristique d’une inversion de tendance, en Epaule-Tête-Epaule (E-T-E).

La rupture d’une droite formée à partir des derniers PB, appelée “ligne de cou”, confirme alors l’inversement de tendance. Une forme en double sommet (appelé également double top, soit la formation d’un M sur le graphique) permet également le tracé d’une ligne de cou et pourra être interprétée de la même façon. Inversement au cours d’un marché baissier, une forme en Epaule-Tête-Epaule inversée ou en double creux (appelé également double bottom, soit la formation d’un W sur le graphique) permet d’anticiper une tendance haussière. L’analyse graphique : une histoire de sommets et de creux (2/3)

Depuis janvier 2008 l’indice CAC 40 est résolument baissier. On peut alors construire à partir des PB toujours plus bas une droite de soutien (S) sur laquelle s’appuie le marché et à partir des PH une résistance (R) qu’on s’efforce de construire parallèlement à la droite de soutien. Le canal formé dans le cas présent a une amplitude de l’ordre de 20% et donne la tendance (la moyenne mobile est une autre méthode de détermination de tendance / Info(s) club n° 38 d’octobre 2006).

Le franchissement à la hausse de (R) ne sera pas un signal de retournement haussier mais simplement une atténuation de la pente baissière. Il faudra appliquer les règles précédemment définies sur les PH et PB des sommets et des creux pour définir le prochain mouvement haussier long terme, ce qui prendra vraisemblablement une durée de l’ordre de l’année.

Dans cette hypothèse le marché ne pourra pas être défini comme haussier, au mieux sur cet horizon, avant le deuxième semestre 2009 !

Que faire en attendant ?

 

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Exploitation des mouvements intermédiaires, moyen terme

En réalité les gestionnaires sont à la recherche de la meilleure performance, à l’affût de la moindre variation de cours : ils tentent de prévoir les “points tournants” exploitables du marché. La détection des sommets et des creux, afin d’optimiser les rendements en vendant au plus proche d’un sommet et racheter dans un creux, est donc la principale préoccupation de l’analyste utilisant ces méthodes.

Quand doit-il vendre ou acheter ? Le timing est sa seule obsession !

Il va donc s’intéresser aux cycles qui correspondent à son horizon temporel de travail. Sera-t-il annuel, mensuel, hebdomadaire, quotidien, horaire ?

Une fois la période de travail choisie, par exemple mensuelle dans le cas de l’exemple, l’analyste devra ignorer les cycles de périodes plus courtes.
La durée moyenne entre 2 creux, ou 2 sommets (soit la durée d’un cycle) est de l’ordre de 5 mois, soit environs 100 jours ouvrés. Une moyenne mobile de 100 bourses lissera correctement le cycle pour visualiser la tendance au même titre que la résistance (R) au cours d’une baisse, mais aura le rôle de (S) dans une tendance haussière.

Dans l’exemple, une moyenne mobile de 50 bourses (100 / 2) permettra un lissage des variations inférieures à 50 bourses et une meilleure observation des sommets et des creux du cycle de 100 bourses.

Or la moyenne mobile présente une certaine inertie et on lui préfère sa variation quotidienne, le momentum : moyenne mobile du jour moins celle de la veille.

Antoine Zaccaria
Fédération Française des Clubs d’Investissement (FFCI)