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Analyse de l’OPA de Microsoft sur Yahoo!

Analyse de l’OPA de Microsoft sur Yahoo!




Contexte de l’offre

Cela fait des années qu’on en parlait dans le secteur du web et, soudainement, c’est devenu une possibilité très réelle. Vendredi 1er février, Microsoft), la plus grosse entreprise de logiciels au monde, a fait une offre de 44,6 Mds USD pour racheter Yahoo!, le géant internet aux pieds d’argile. Cette offre mets un prix de 31 USD sur le titre Yahoo!, soit une prime de 62% sur le cours de clôture du jeudi.

Yahoo! a longtemps espéré que sa plateforme Panama, un système permettant de placer des publicités à  côté des résultats de son moteur de recherche, l’aiderait à  refaire son retard sur Google), son grand concurrent et leader du secteur. Mais Panama n’a pas sauvé Yahoo!, conduisant le CEO d’alors Terry Semel à démissionner en juin 2007.

Il laissa la place à  Jerry Yang, co-fondateur de Yahoo!, qui promit de remettre de l’ordre dans la maison. Mais les derniers résultats de Yahoo!, publiés le 30 janvier, ont déçu, et le cours de son action est tombé à  son plus bas en quatre ans.

Autant un partenariat était-il encore plausible l’année dernière, mais vu l’état actuel de Yahoo!, c’est bel et bien un rachat qui paraissait le plus adapté à Steve Ballmer. Google n’est jamais nommément mentionné dans la communication de Microsoft, mais on se doute bien que l’ombre de Google plane au-dessus de cette offre. L’espoir de Steve Ballmer est de combiner les forces de Microsoft, numéro 3 de la publicité sur internet, avec le numéro 2 Yahoo! pour contrer Google.

Aux Etats-Unis, Google représente 66% de toutes les recherches sur internet, contre 21% pour Yahoo! et seulement 7% pour Microsoft. Ces dernières années, les parts de marché de Microsoft et Yahoo! ont décliné, au profit de Google.

La mécanique est simple: plus grand est le nombre de gens qui cherchent sur votre moteur de recherche, le plus d’annonceurs vous pouvez attirer. Et le plus d’annonceurs vous avez, le plus de publicités ciblées vous pourrez servir aux internautes. Et plus la publicité est ciblée, plus vous attirez de clics.

Microsoft admet sa défaite

Google est numéro un de la publicité sur internet. Grà¢ce a AdWords, il a amassé un trésor de guerre considérable. Et qu’a fait Google de son trésor ? Il l’a réinvesti dans le développement de logiciels. Mais c’est que Google ne vend pas ses logiciels; il les offre gratuitement.

Et ainsi, petit à  petit, Google scie la branche sur laquelle Microsoft est assis. Microsoft se trouve donc obligé d’aller concurrencer Google sur son terrain. Pour cela, il doit consolider ses positions dans le secteur de la publicité sur internet. Et c’est bien là  que l’OPA inamicale sur Yahoo! prend tout son sens.

En faisant cette offre, Microsoft admet qu’il n’est pas parvenu à  bà¢tir une position solide sur le marché de la publicité sur internet en général, et sur les moteurs de recherche en particulier. Microsoft vient d’admettre qu’il a besoin de Yahoo!.

Les avantages du deal

Selon les dirigeants de Microsoft, l’acquisition apporterait de nombreux bénéfices et générer au moins 1 milliard de USD par an d’économies.

Economies d’échelle en consolidant leurs immobilisations (serveurs), et consolidation de leurs plateformes de publicité en ligne, notamment sur AdCenter et Panama pour le paid search.

Recherche et développement (R&D). Combinaison des efforts de R&D, en privilégiant le développement d’un index unique pour les deux moteurs de recherche (Live Search et Yahoo! Search).

Déduplication des opérations, en éliminant les infrastructures redondantes et les coà»ts d’opérations en double, pour améliorer les performances financières de la nouvelle entité.

Scenarii pour la suite

A l’heure qu’il est, il n’est pas sûr que Yahoo acceptera l’offre. Et d’autres prétendants pourraient faire une contre-proposition. Vu sa position dominante sur le marché, il paraît assez improbable que Google fasse une offre. Avec 75% du marché de la publicité sur les moteurs de recherche aux Etats-Unis, Google tomberait sous le coup de lois antitrusts et n’a d’autre choix que de rester spectateur. Microsoft, avec sa part de marché inférieure à 9%, n’aurait pas ce genre de problème.

Des rumeurs commencent à  poindre que News Corp. serait intéressé. On pourrait également voir Comcast ou AT&T entrer dans la danse. Vu le contexte actuel des conditions de crédit, il est peu probable de voir un groupe de private equity faire une offre.

D’autres scenarii, en dehors de celui du rachat ?

Bien que ca paraisse improbable dans le contexte actuel, on peut imaginer que Yahoo! décide de refuser l’offre de Microsoft. Que peut faire Yahoo! dans ce cas ? Fred Wilson, investisseur de capital-risque de la Silicon Valley, a écrit sur son blog un article édifiant (How Yahoo! Can Get Out Of The Microsoft Bear Hug) dans lequel il étudie les alternatives de Yahoo! pour se sortir de cette “étreinte de l’ours”.

J’en retiendrai deux:

  • Nouer un partenariat avec Google, qui se chargerait de l’activite publicité sur les moteurs de recherche de Yahoo!. Les investisseurs de Yahoo! réclame cela depuis environ un an, et il se murmure qye Yahoo! et Google serait déja en negotiation depuis quelques semaines. L’analyste de Citigroup Global Markets Mark Mahaney estime que ça peut accroître de 25% le cash flow de l’entreprise.
  • Démanteler Yahoo! en plus petites entités plus concentrées autour de leur coeur de métier. Par exemple, Flickr pour le partage de photos en ligne et Del.icio.us pour le partage de favoris. Avec plus d’autonomie et de liberté, cela pourrait faire renaître une innovation qui a disparu avec leur rachat par l’ogre Yahoo!.

Une autre possibilité est que Google joue le rôle de support de quiconque souhaiterait acquérir Yahoo! à  la place de Microsoft, possiblement en offrant des financements ou des revenus garantis dans le cadre d’accords dans le domaine de la publicité en ligne. Une sorte de stratégie à  la “les ennemis de mon ennemi sont mes amis”.

Conclusion

Cette offre est magnifiquement offensive, mais en dehors des Etats-Unis et du Japon, la position de Yahoo! est assez faible face à  Google. La nouvelle entité n’aura pas donc un impact aussi large qu’il serait nécessaire pour véritablement inquiéter Google hors des USA.

Aussi, Microsoft risque de payer cher son acquisition, au moment o๠tout le monde craint un ralentissement des dépenses publicitaires sur internet sur fond de crise économique. C’est d’ailleurs exactement ce qui a fait perdre 28% au titre Google depuis le début de l’année. Yahoo! est une entreprise en difficulté, pas un étalon. Et même si l’acquisition se fait, la nouvelle entité sera encore qu’un numéro deux. Et pour refaire son retard, la nouvelle entité devrait vraiment faire des innovations capables de convaincre les utilisateurs d’abandonner Google.

Et vous, que pensez-vous de ce deal ?

Yahoo! va-t-il tendre la main à  Google pour échapper à  Microsoft ?

Laurent Curau