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Principes de l’investissement value : le marché est irrationnel

Principes de l’investissement value : le marché est irrationnel




Le présent billet fait partie d’une série d’articles consacrée à l’investissement dans la valeur, tous extraits du mémoire intitulé “La notion d’investissement dans la valeur det le conseil en placement financier”, écrit par M. Xavier Escaffre dans le cadre de son mémoire de fin d‘études de Master II en ingénierie du patrimoine à l’Université de Toulouse 1.

Dans son discours intitulé The Superinvestors of Graham-and-Doddsville, Warren Buffet évoque ses anciens collègues à la Graham-Newman Corporation entre 1954 et 1956.

Tous ont appris de Benjamin Graham, mais leurs passés, leurs histoires, leurs sensibilités ont largement influé sur leur manière de pratiquer l’investissement dans la valeur.

De nos jours, on trouve presque autant de variantes que d’investisseurs. C’est une discipline vivante que chacun pratique à sa manière en fonction de ses besoins. Il est cependant possible d’extraire les principes clefs qui guident l’ensemble de cette communauté.

Premier postulat de l’investissement dans la valeur : le marché est irrationnel

Un des postulats de base de l’investissement dans la valeur est que le marché est irrationnel, en d’autres termes que le cours de l’action d’une société ne reflète pas toujours sa juste valeur. Ce postulat est en directe opposition avec la théorie de l’efficience1, développée par Eugène Fama. Son hypothèse se heurte à la réalité, et de nombreux auteurs ont souligné ses zones d’ombres, non pour démontrer que le marché financier n’est jamais efficient, mais plutôt qu’il ne l’est pas toujours.

Le premier point que l’on peut objecter à la théorie d’efficience est que le marché est dominé plus par la psychologie que par «la capacité cognitive d’interpréter les informations avec justesse ». Les différents intervenants ont tendance à avoir des réactions disproportionnées par rapport à la réalité des informations. Une mauvaise nouvelle, le désaveu d’un secteur qui ne semble plus attractif aux investisseurs institutionnels, peuvent entrainer une baisse des cours, qui à son tour par un effet boule de neige va pousser de plus en plus d’actionnaires à vendre leurs positions. Cette situation peut aller dans des cas extrêmes jusqu’à créer une panique où l’investisseur en proie à ses émotions n’agira plus de manière rationnelle, donc en corrélation avec l’information initiale, mais suivra le mouvement général de peur de s’être trompé.

Bien entendu, la situation peut être inverse, entrainant un mouvement à la hausse disproportionné. Le risque pour l’investisseur étant cette fois de payer trop cher une société dont le prix est irrationnel. On peut donner comme exemple les valeurs technologiques au début du second millénaire. L’éclatement de la bulle et ses conséquences sur les portefeuilles de nombreux investisseurs parlent d’elles mêmes des dangers de payer trop cher une action.

Directement en corrélation avec le point précédent, il est possible d’affirmer que le prix d’une action n’est pas uniquement relatif à l’information et à son interprétation, mais plutôt à ceux qui la font. L’importance sans cesse croissante des investisseurs institutionnels sur les marchés financiers met à mal la théorie d’efficience. Les acteurs ne jouent pas à cartes égales. Le poids des investisseurs institutionnels sur le marché américain en 2007 s’élevait à 68 % de sa valeur totale7, en augmentation croissante. Ce phénomène concentre dans les mains de quelques individus des centaines de milliards de dollars ce qui présume de l’impact de leurs décisions. L’attitude grégaire d’une grande partie des particuliers comme des institutionnels, souvent érigée en loi : “Ne jamais aller contre le marché”, réduit la notion d’efficience des prix à l’interprétation de l’information par quelques individus qui ne sont pas forcément à la recherche de la juste valeur, mais de leurs intérêts personnels.

Ces paramètres peuvent donc créer un déséquilibre entre la valeur d’une action et son cours, certaines sociétés étant sous-évaluées et d’autres surévalués. Cette situation n’est pas figée, sur le long terme une société peut passer d’un état à l’autre donnant à l’investisseur dans la valeur la possibilité d’acheter lorsque le cours est irrationnellement bas et de revendre lorsque la tendance s’inverse.

Xavier Escaffre

1 La théorie d’efficience du marché financier est attribuée au professeur Fama E., économiste et professeur de finance à l’université de Chicago. Cette théorie stipule : “dans un marché suffisamment large où l’information se répand instantanément, comme c’est le cas en particulier du marché boursier, les opérateurs réagissent correctement et quasi immédiatement aux informations s’ils ont la capacité cognitive de les interpréter avec justesse. En conséquence, les cours équivaudraient toujours au juste prix et évolueraient selon une marche aléatoire au gré des surprises qu’apportent les nouvelles informations.”