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Le sacro-saint triple A

Le sacro-saint triple A




Le sacro-saint triple A image

Jusqu’en 2010, la notation souveraine était un indicateur référentiel principalement connu et suivi des seuls initiés du monde de la haute finance. Mais depuis que le « surendettement » des Etats est sous le feu des projecteurs, le terme fait son entrée dans l’actualité quasi quotidienne et parfois même autour des repas dominicaux.

Quels sont les risques dans l’hypothèse d’une dégradation de la notation souveraine ?

La perte de la note maximale de confiance, triple A, signifierait-elle que la France ne serait plus en mesure d’emprunter sur les marchés financiers sans voir ses taux d’intérêts grimper en flèche ?

Bien que les dettes françaises soient considérées parmi les plus sûres au monde, les marchés obligataires ne resteraient probablement pas sans réactions car si perdre le Triple A n’est pas une faillite, cela transmet un signal de faiblesse aux marchés. La grande question est de savoir si l’on passe de 20/20, en d’autre terme la certitude d’un placement sans risque aucun, à 18 voire 17/20.

Mais la notion de « sans risque aucun » et donc « 20/20 » n’est-elle pas arbitraire et discutable ? Car rappelons que les agences de notation, celles-là même qui attribuent la confiance aux produits financiers, y compris les dettes publiques, n’ont pas vu venir la crise financière de 2008.

Ce qui pénalise lourdement les Etats, c’est certainement le fait que de nombreuses règles se soient établies autour de ce sésame comme par exemple le fait que de nombreuses organisations institutionnelles soient tenues de posséder de la dette de pays notés en Triple A, pour justement garantir un placement sans risque et non… spéculatif, en partant du principe qu’il existe des placements sans risque. Il serait bon de signaler que les livrets bancaires tel que le Livret A sont indexés sur l’inflation.

Si l’on se réfère à l’exemple des Subprimes, pour ne pas remonter plus loin comme la crise informatique des années 2000 ou les chocs pétroliers dans les décennies antérieures, on peut se demander si les méthodes de calcul, si jalousement gardées, de ces fameuses notes ne se contenteraient pas de confirmer la situation des marchés à un instant donné, sans information supplémentaire.

S’il est effectivement confortable d’avoir une vision rapide et synthétique du risque d’un produit financier, il n’est pas certain que la notation telle qu’elle est définie actuellement puisse être considérée comme un outil de mesure du risque – ou du pouvoir de prévision car elle est utilisée à ces fins -, du moins à l’échelle d’un pays et a fortiori d’un continent.

Revenons à nos moutons. Ce qui préoccupe la France et les investisseurs, c’est de savoir si dans une dégradation du triple A induirait nécessairement une hausse des taux d’emprunt à moyen terme. Rien n’est moins sûr car fort heureusement les taux d’intérêts ne sont pas uniquement indexés sur la note souveraine. Un pays peut être fortement endetté mais s’il a une croissance soutenue, ses perspectives favorables de désendettement lui permettent de maintenir la confiance des investisseurs qui seront prêts à investir dans ses dettes. Les Etats-Unis illustrent parfaitement cela. Le pays a perdu son triple A en août, pour autant cela n’a pas fait obstacle à la baisse de ses taux obligataires.

Mais il est vrai que le vieux continent souffre d’un handicap majeur, sa Banque centrale a sa marge de manœuvre très réduite par rapport à sa consœur outre-Atlantique, laquelle a le pouvoir d’émettre de la dette publique et ainsi protéger concrètement ses Etats membres. Or l’Allemagne, premier contributeur de la BCE, refuse encore que l’institution soit préteur en dernier recours, soucieuse de protéger son Triple A. C’est ce qui, au fond, pénalise les pays en difficulté dont les coûts d’emprunt sont tels qu’ils ne peuvent pas concentrer leurs efforts dans des projets de relance de leur économie.

Bref, tout nous ramène aux divergences politiques européennes qui accentuent une Europe à deux vitesses avec un risque d’implosion qui n’est plus tabou. Les uns rient et les autres pleurent…

Thierry Lou
Interactive-trader.fr