La France, menace cachée de la zone euro

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John Mauldin est un gérant de fonds. Contributeur pour le New York Times et le Financial Times, il est souvent invité sur CNBC et Bloomberg TV. Il est un des rares à avoir vu venir de loin la crise actuelle.

Dans un de ses récents articles, il compare la zone euro à une savane parcourue par des lions. La Grèce et l’Espagne sont des lions bien visibles. La France est le lion caché dans les herbes hautes de la savane européenne. C’est le véritable danger. Et lorsqu’on l’aura aperçu, il sera trop tard.

Voici une traduction libre des passages les plus intéressants de l’article de Mauldin :

Nous voyons tous les lions, petits et grands : la Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, l’Italie, puis Chypre et Malte. La peur de la contagion font perdre le sommeil aux dirigeants européens, qui essaient de trouver les moyens de maintenir l’Espagne à flots. Parce que si l’Espagne coule, l’attention se tourne immédiatement sur l’Italie.

(…) Mais assez parlé des lions qu’on peut voir. Ne regardez pas tout de suite, mais le lion qui se cache dans les herbes hautes, c’est la France. Oui, cette France même qui est censée former une grande partie de la solution aux problèmes de la zone euro, et vaillant partenaire de l’Allemagne pour garantir toute cette dette. La France, notée AAA par les mêmes gens qui ont changé les CDO de subprimes radioactifs en or. Maintenant, les agences de notation utilisent la même pierre philosophale pour changer la dette française en or des fous.

(…) Jetons un oeil à ce graphique du FMI, qui examine les perspectives de la dette de six pays. Les lignes en pointillés représentent les trois trajectoires que peuvent prendre les ratios dette / PIB. La ligne supérieure est la trajectoire suivie si le gouvernement ne fait rien, celle du milieu la trajectoire si des réformes modérées sont entreprises, et la ligne inférieure la trajectoire si des mesures draconiennes sont prises. Voyez si vous arrivez à repérer le lion caché en devinant quel pays est dans une situation d’endettement analogue à celui de la France ?

La France, menace cachée de la zone euro

Eh oui, ce pays qui ressemble le plus à la France est la Grèce. Oui, cette Grèce-là. Celle qui a fait défaut. Observez aussi que si la Grèce devait suivre la voie des réformes draconiennes, elle pourrait stabiliser sa dette. Ensuite, observez que si la France devait mettre des mesures draconiennes de même ampleur, son ratio dette / PIB se contenterait de monter à 200% d’ici 25 ans. Oups. 

Et quelle fut la réponse du nouveau gouvernement ? Il a décidé d’accélérer dans ce qui était déjà une voie irresponsable. Pensez-vous que l’Allemand moyen comprenne seulement à quel point leur « partenaire » est mal en point ? D’ailleurs, pensez-vous que le politicien français moyen comprenne à quel point la France est mal en point ? Certainement pas une majorité d’entre eux, et je doute que leurs pairs allemands y comprennent quoi que ce soit non plus. On s’avance droit vers une catastrophe d’ampleur biblique. Pensez 12 plaies, au lieu des 10 qu’on connaît (NdT : d’Egypte).

Hélas, Hollande a la culture économique d’une oie.

De toute évidence, Hollande a un bon instinct politique et sait comment manoeuvrer. Hélas, il a la culture économique d’une oie. Quelqu’un devrait lui faire lire tous les essais de Bastiat. (Ce serait peut-être trop demander d’un homme politique socialiste français de lire un économiste anglais ou autrichien, qui comprenaient vraiment comment les choses fonctionnent.)

Voyons ce que Hollande a fait le premier mois. Il a abaissé l’âge de la retraite, à 60 ans, que Sarkozy avait eu tant de mal à monter à 62 ans. Il a augmenté à 75% les impôts sur ceux qui gagnent plus d’un million d’euros. Il augmente l’ISF sur ceux qui ont un patrimoine supérieur à 4 millions d’euros, au double de ce à quoi ils s’attendaient. Ca s’appelle la « contribution exceptionnelle » sur la fortune. Ne pensez-vous pas que quelques-uns pourraient bien décider de partir s’installer en Espagne ou en Suisse ? Le capital ira là où il est apprécié et désiré. Et ceux avec un peu de capital ne peuvent pas se sentir appréciés s’ils sont en France.

Notez que la contribution exceptionnelle est sur le patrimoine, pas sur le revenu. Mais les politiciens promettent que c’est temporaire. Ca pourra toujours redescendre quand la crise sera terminée. Sauf que la France s’apprête à entrer en crise permanente. Voyez-vous quelle direction prend tout cela ? Voyez-vous dans quelle direction partent les citoyens français les plus riches ? Vous pouvez réserver une table dans un bon bistrot français si vous vivez à Londres. A bon entendeur.

Le ministre nouvellement nommé du ministère au nom orwellien de Redressement Productif, appelle chaque entreprise qui a prévu de licencier pour éviter de perdre de l’argent en les sommant de négocier avec les salariés pour déterminer comment continuer à perdre de l’argent. Les syndicats sont dans la rue. Ah, et les grandes entreprises devront aussi payer plus d’impôts. Délocaliser des « emplois français » ? N’y pensez même pas.

Ils ont augmenté le salaire minimum. Pouvez-vous trouver ne serait-ce qu’une seule étude sérieuse qui montrerait que c’est un moyen de créer des emplois ?

Et la liste continue. Tout cela va à l’encontre de l’étude du FMI (et de bien d’autres) qui montre que, avec ses acquis sociaux, la France est au bord d’un précipice fiscal. Et les impôts représentent déjà 50% du PIB. Les déficits sont élevés et en augmentation, et augmenter encore les impôts ne permettra en réalité pas d’accroître les rentrées fiscales. Demandez aux Anglais combien ils ont collecté lorsqu’ils ont surtaxé les riches : la collecte provenant des riches s’est effondrée. Une augmentation de seulement quelques pourcents et il arrive un moment où les riches votent avec leurs pieds. Demandez au Maryland.

Ce ne sera pas cette année, ni même en 2013 (je pense), mais d’ici quelques années, nous écrirons à propos de la France ce la même façon que nous écrivons aujourd’hui à propos de la Grèce, de l’Espagne et consorts. Les banques françaises sont massivement plus grosses que le PIB français (environ 4 fois, si je me souviens bien). La France ne peut pas sauver ses banques, pas plus que l’Espagne ne peut sauver les siennes.