Interview : M. de Mestier et D. Pouliquen, gérants de IT Cleanworld

Interview : M. de Mestier et D. Pouliquen, gérants de IT Cleanworld




Pouvez-vous nous présenter votre fonds, IT Cleanworld ?

Notre fonds est investi sur la thématique de l’environnement à travers trois axes d’investissements verts : l’énergie (de la production d’énergie renouvelable à la maîtrise de la consommation d’énergie), l’eau et les déchets.

Sur l’énergie, nous sommes exclusivement présents sur les énergies renouvelables (solaire, éolien, géothermie, petite hydro, énergies marines). Nous n’investissons pas sur le nucléaire, le gaz naturel et le charbon propre. Mais nous ne nous contentons pas d’être présents seulement sur la production d’énergie : notre périmètre d’intervention s’étend jusqu’à la maîtrise de la consommation – efficience énergétique.

A ce propos, nous investissons aussi sur les transports ferroviaires, les voitures vertes, les moteurs propres, les matériaux d’isolations des bâtiments, les nouvelles technologies d’éclairages (ampoule à basse consommation, LED). Nous suivons également les acteurs présents sur les compteurs intelligents (“smart grid”).

Notre fonds étant un fonds international, nous allons chercher nos idées d’investissements partout dans le monde en étudiant attentivement les nouvelles politiques environnementales et les diverses incitations.

Notre processus de gestion est très strict. Ainsi, pour qu’une entreprise soit éligible, elle doit en permanence respecter 3 critères.

Un critère d’activité : 50% de son chiffre d’affaires doit être réalisé dans l’environnement, ou 25% si la société fait partie des leaders dans son domaine. Un critère de liquidité : nous devons pouvoir vendre l’intégralité de notre position en moins de 10 jours sans préjudice sur l’évolution des cours. Un critère de transparence financière : nous devons avoir accès à une information financière régulière et fiable ainsi qu’au management.

Dans le but de profiter de toutes les opportunités de marchés, nous pouvons investir aussi bien en actions (60% minimum) qu’en produits de taux (40% maximum). Ainsi, profitant des rendements attractifs du début de l’année, nous avons participé à quelques placements obligataires (Saint Gobain, Suez Environnement).

Laquelle des 3 thématiques de votre fonds : énergie, eau et traitement des déchets a le plus de potentiel de croissance ?

Les 3 thématiques offrent de réelles perspectives de croissance.

L’énergie (solaire, éolienne et efficience énergétique) est soutenue par les politiques environnementales de nombreux pays puisque les objectifs en terme d’énergie renouvelable occupent une part importante dans le mix énergétique.

Aux États-Unis, par exemple, leur part doit passer de 3% actuellement à 20% d’ici 2020. La réduction de la consommation d’énergie est aussi au cœur de toutes les politiques (véhicules propres, ampoules à basse consommation, développement du train).

La croissance démographique et l’urbanisation sont des soutiens très forts aux besoins des secteurs de l’eau et des déchets. Actuellement, la consommation d’eau double tous les 20 ans. Les besoins en infrastructures nouvelles sont gigantesques dans les pays émergents, tandis que dans les pays développés, la rénovation des réseaux de distributions et de collecte sont indispensables puisque environ 45 millions de mètres cubes sont perdus chaque jour à cause de fuites, soit la consommation moyenne de 200 millions de personnes !

Le secteur des déchets a souffert cette année de la crise économique puisque les volumes produits par les industriels ont été fortement réduits. De plus, la baisse de prix des matières premières a pénalisé le recyclage puisque le coût du traitement était supérieur au prix de revente.

Maintenant, avec la remontée des cours, il redevient compétitif. De plus, les nouvelles règles en matières de traitements des déchets offrent une visibilité pour les prochaines années.

Quels sont les avantages du fonds IT Cleanworld par rapport à un tracker sur le Alt Energy Index ou sur le World Water Index ?

Ces trackers sont en fait des fonds sectoriels sur les énergies alternatives ou sur l’eau.

En achetant ces trackers, vous n’êtes pas investi sur l’ensemble de la thématique environnement que notre fonds propose. Un fonds spécialisé sera de ce fait moins volatil et plus réactif que ces trackers puisqu’il vous propose une gestion active et réactive, c’est-à-dire qu’il peut acheter et vendre les titres détenus, tandis qu’un tracker a une gestion passive (la composition du fonds est figée).

Peut-on croire à une reprise durable des marchés d’ici la fin de l’année 2009 ?

La conjoncture économique actuelle est meilleure qu’en début d’année, quelques pays (France, Allemagne, Japon…) sont officiellement sortis de la récession et les perspectives semblent s’améliorer un peu partout, même si le chômage reste le problème majeur à résoudre.

Il nous paraît donc logique que les marchés finissent l’année plus haut qu’ils ne l’avaient commencé. Nous sommes actuellement autour de 15% de hausse depuis le 1er janvier, beaucoup de bonnes nouvelles sont déjà dans les cours actuels, et pour justifier une poursuite de la hausse, il faudra confirmer cette tendance et réviser sensiblement à la hausse les estimations de résultats des entreprises.

Nous pensons que les publications et surtout les objectifs de croissance des résultats des sociétés pour l’année 2010 seront une des clés de l’évolution des marchés aux cours du quatrième trimestre.

Quelle partie du monde va sortir de la crise en premier et jouer le rôle de moteur de la croissance mondiale ?

La Chine est déjà sur la voie de la croissance. L’Allemagne et le Japon en profitent puisqu’ils sont des fournisseurs importants des Chinois. Les États-Unis devraient sortir de la récession en fin d’année. Mais le monde a changé, les dégâts de la crise économique seront longs à cicatriser et le modèle de la croissance bâtie sur un excès de crédit a vécu.

Le désendettement des ménages (notamment américains) sera long, sans oublier que les États accumulent des déficits qu’il faudra bien résorber un jour. Les pays émergents ayant peu de dettes (Chine, Inde, Brésil…) seront les locomotives de l’économie mondiale.

Marie de Mestier et Dominique Pouliquen, gérants du fonds IT Cleanworld.