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Une reprise européenne conditionnée à la réappréciation du dollar




En 2014, les Etats-Unis donneront le ton à l’économie mondiale. Affichant la reprise la plus solide des pays avancés, parviendront-ils à entraîner dans leur sillage le continent européen ? Entretien avec Alain Tourdjman, Directeur des Etudes économiques et de la Prospective à BPCE.

Les États-Unis sont-ils en train de renouer véritablement avec la croissance ?

Les États-Unis ont pu prendre le temps nécessaire pour traiter leurs déséquilibres en deux phases. La première a été consacrée à la resorbtion des déséquilibres internes : l’endettement privé a été réduit et la demande interne s’est redressée. La seconde phase, déjà très avancée, concerne le rétablissement des comptes publics : le déficit est tombé à 6,7% du PIB en 2013 et le processus d’assainissement se poursuit. Cette stratégie a été grandement facilitée par la prégnance du dollar dans le monde et par une notation financière préservée. Elle a, en outre, eu pour conséquence de peser sur la croissance, mais de manière limitée du fait de l’amélioration préalable des comptes privés des ménages et des entreprises.

Outre cette capacité de résistance des agents privés, l’économie américaine révèle un mécanisme de reprise au sein de plusieurs secteurs essentiels :

  • l’immobilier, après plusieurs années de contribution négative à la croissance, voit le niveau des constructions et des prix repartir à la hausse. Hausse alimentée par une appétence retrouvée des ménages pour le crédit, du fait d’un désendettement préalable. Le rebond de l’immobilier devrait contribuer positivement à la croissance sur les deux ou trois prochaines années.
  • l’investissement devrait, au regard de taux d’intérêt durablement bas et d’une situation financière des entreprises saine, redémarrer au cours de l’année et soutenir la croissance encore au-delà.
  • l’exploitation du gaz et du pétrole de schiste exerce une pression à la baisse sur les prix de l’énergie, ce qui contribue au redressement de la balance commerciale – et ouvre des perspectives de réindustrialisation du territoire. Il s’agit d’un soutien structurel à l’économie.

Dans ce contexte, on peut s’attendre à la continuité d’un environnement de taux accommodants, qui constitue un soutien supplémentaire à l’économie. La Fed a annoncé le maintien de taux bas tant qu’un taux de chômage de 6,5% ne serait pas véritablement atteint. Si le chiffre s’est abaissé sur le mois écoulé jusqu’à 6,7%, ce n’est cependant que de façon temporaire, et les créations d’emplois ont reculé à 75 000. La Fed n’a donc aucune raison d’accélérer son plan stratégique.

Dans quelle mesure le redressement économique américain va-t-il favoriser la reprise européenne ?

Ce mécanisme ne saurait fonctionner réellement sans une nette réappréciation du dollar par rapport à l’euro. En toute logique, le dollar devrait reprendre de la valeur très prochainement. Même si le maintien d’un dollar sous-évalué dope la croissance américaine, les institutions ne peuvent faire perdurer un tel déséquilibre.

La zone euro a mené en 2013 une politique concertée et simultanée de réduction du déficit public et de désendettement privé au sein de pays présentant des situations fort différentes. Elle n’a pas eu la possibilité d’organiser, comme les Etats-Unis, ce processus en deux phases. Il était indispensable, tant pour rassurer les investisseurs que pour assurer l’unité de la zone, de rétablir l’équilibre des comptes des Etats membres. Or ces déficits publics ne constituent que la partie émergée de l’iceberg puisqu’ils vont généralement de pair avec un déficit courant. La monnaie unique ne bénéficiant pas du même statut que le dollar, la zone euro a été contrainte de mener ces chantiers de front.

Cette stratégie débouche sur un phénomène de re-convergence des économies des Etats membres. L’Espagne, l’Irlande et le Portugal sont, par exemple, sortis du mécanisme d’aide et renoueront en 2014 avec la croissance du fait d’une compétitivité retrouvée. Leurs balances des paiements se sont déjà drastiquement améliorées.

L’Allemagne et l’Autriche continuent d’afficher une santé de fer et l’on peut s’attendre à ce que l’Allemagne, avec l’orientation nouvellement socio-démocrate de son gouvernement de coalition, soit en mesure de stimuler sa demande interne, ce qui donnerait du souffle à la zone euro dans son ensemble pour 2014 et 2015.

Quant à la France et à l’Italie, elles demeurent dans une situation médiane. Le déficit commercial français ne connaît pas d’amélioration et le pays va encore lutter fortement contre son déficit public en 2014. Néanmoins, l’annonce présidentielle d’une politique en faveur des entreprises va dans le bon sens. Nous avions déjà identifié un allègement de la fiscalité des entreprises (lire l’interview de décembre) engagé pour 2014, mais cette annonce révèle que la problématique de l’offre et de la compétitivité est enfin prise en compte. Elle visait, à mon sens, à redonner confiance aux marchés financiers et à miser sur une réévaluation de sa notation financière afin d’éviter une hausse des taux longs qui perturberait fortement l’équilibre budgétaire. C’est aussi probablement un signal adressé à l’Allemagne pour lui signifier que la France reste un partenaire de premier plan dans la zone euro. Il n’est pas exclu que la France attende également de futurs compromis, notamment dans les négociations sur l’Union bancaire, voire des actions plus offensives de soutien à la croissance de la part de l’Union européenne.

Quand les effets des mesures annoncées pourraient-ils se dessiner ?

L’objectif des mesures d’exonération de charges pour les entreprises est de permettre aux entreprises de restaurer leurs marges afin d’investir puis de reconquérir des parts de marché à l’international. Il est, en effet, peu probable que la demande interne constitue un relais de croissance en 2014. Ces mesures sont donc de nature à réorienter la dynamique économique dans la bonne direction, mais leur effet ne saurait être immédiat sur la demande interne. Leur résultat dépendra à la fois de la rapidité de la mise en œuvre des exonérations et de la vigueur de la croissance allemande, propre à favoriser la zone euro dans son ensemble.

Propos recueillis par Nadège Bénard

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