La célèbre crise des tulipes sévit aux Pays-Bas, de 1634 à 1637. Elle est un cas d’école quasi-caricatural de l’irrationalité des bulles spéculatives.

L’amplitude du krach du marché

Le chiffre est difficile à dire, mais nous pouvons affirmer qu’au pic du marché, une personne pouvait échanger une seule tulipe contre un terrain, et à sa période la plus basse, une tulipe ne valait pas plus qu’un vulgaire oignon.

En 1593, les marchands hollandais ramenèrent des tulipes de Turquie. Cette nouvelle fleur fut rapidement prisée, ce qui se traduisit par un prix élevé. Quelque temps après, les tulipes contractèrent un virus bénin appelé “mosaïque”, altérant les fleurs en laissant apparaître des motifs colorés semblables à des flammes sur les pétales. Une grande variété de formes et de couleurs apparut, ce qui rendit la tulipe, déjà rare, d’autant plus recherchée.

Ainsi, le cours des tulipes, qui étaient déjà élevé, s’envola de plus belle. Leur prix variait suivant la valeur accordée aux altérations causée par le virus. Tout le monde se mit alors à négocier des bulbes, en spéculant essentiellement sur le marché des tulipes qui, croyait-on, n’avait pas de limite.

Les véritables acheteurs de bulbes (les ancêtres de nos pépiniéristes) commencèrent faire des stocks pour la période de semence, ce qui réduisit d’autant l’offre, aggrava la pénurie et augmenta encore la demande. Les prix se mirent à monter si vite que les gens mettaient en jeu leur propriété, leurs économies et tout ce qu’ils pouvaient vendre pour acheter plus de bulbes de tulipes.

De nombreux néerlandais persistaient à croire qu’ils vendraient leur butin à des étrangers peu chanceux et novices. Ils croyaient pouvoir réaliser d’importants bénéfices grâce à cette stratégie. Ces tulipes, déjà chères, virent leur cours multiplié par 20 en un mois seulement !

Il est inutile de préciser que les prix ne reflétaient plus la valeur réelle d’un bulbe. Comme cela arrive souvent dans les bulles spéculatives, des personnes prudentes décidèrent de vendre et de prendre leurs bénéfices. S’enclencha alors un effet domino de baisse de prix ; tout le monde essayait de vendre, alors que les acheteurs se faisaient de plus en plus rares. Bientôt, le cours se mit à chuter, semant la panique sur le marché et obligeant à vendre en dépit des pertes.

Les acteurs du marché refusèrent d’honorer leurs contrats et les investisseurs prirent soudain conscience qu’ils vendaient leurs maisons pour une simple fleur. La panique et le chaos s’installèrent dans le pays, tant et si bien que gouvernement tenta de reprendre les rênes et de stopper le krach en proposant d’honorer les contrats à hauteur de 10% de leur valeur nominale. Mais le marché chuta ensuite si violemment que cela rendit cette promesse impossible à honorer.

Personne ne fut épargné par le krach. Même ceux qui avaient pris leurs bénéfices en sortant du marché assez tôt furent touché par la crise économique grave qui s’ensuivit.

Les conséquences de cet engouement pour la tulipe laissa les néerlandais très frileux vis-à-vis des investissements spéculatifs pendant quelque temps. Comme quoi, mieux vaut s’arrêter pour sentir ces fleurs plutôt que miser sa maison dessus !

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