Investir pendant une récession : six idées reçues

Les récessions nous en font voir de toutes les couleurs. Quoi que peuvent nous dire notre instinct ou nos conseillers, il est fort probable que nos investissements soient touchés par la récession et qu’il soit trop tard pour sortir du marché. Nous exposerons ci-après les principales idées reçues sur l’investissement en période de récession économique. Les récessions ont toutes un point commun, à savoir une capacité étonnante à redéfinir les vieilles règles et changer les vieilles habitudes.

Idée reçue n°1 : Je dois investir dans les actions les plus sûres pour gagner de l’argent

Ce poncif de l’investissement est seulement vrai avant l’apparition d’une récession.

En effet, les valeurs refuge sont plus sûres et subiront une baisse moins prononcée que les valeurs cycliques, telles que les titres financiers, les matières premières et la distribution. Mais une fois que la récession s’est installée, les valeurs défensives sont susceptibles de sous-performer car, dès que le marché se rétablit, ce seront les cycliques qui auront la croissance la plus forte.

Ainsi, pendant que vous conserviez l’action d’une entreprise de grande distribution qui s’est appréciée de 10% malgré la récession, les bancaires massacrées par le marché auront pris 50% lors du rebond !

Alors gardez à l’esprit qu’une fois que la récession est là, la décision la plus importante que vous aurez à prendre sera de savoir si, oui ou non, vous vous retirez du marché (allocation d’actifs). Une fois la décision prise, il est bon de se tenir informé et de suivre la tendance du marché.

Idée reçue n°2 : Les obligations représentent la sécurité

Ce n’est pas nécessairement vrai. Le prix des obligations évolue dans la direction opposée de celle des rendements, donc si vous détenez des obligations individuelles et que l’inflation augmente de façon significative (ce qui peut arriver en sortie de récession), vos obligations individuelles peuvent subir une baisse de 10% voire plus, mais vous percevrez le même coupon que l’année précédente.

Renseignez-vous donc sur les fonds ou sur les ETF qui peuvent contenir des centaines d’obligations différentes pour atténuer ce phénomène.

Idée reçue n°3 : Quand la Bourse monte, la crise est passée

La Bourse essaie toujours d’anticiper la fin d’une récession bien avant que les données économiques, comme le PIB, ne l’ait confirmée. Parfois le marché a raison et parfois non. Dans ce dernier cas, il y aurait alors reprise du marché pour seulement mieux rechuter si la récession s’avérait plus tenace et longue que prévu.

Idée reçue n°4 : Le découplage a permis à certains pays de faire des investissements plus sûrs pendant la récession

Le découplage implique que les économies avec une forte croissance comme celles d’Asie ou d’Amérique du Sud se sont développées au point de pouvoir continuer à prospérer même si les pays développés connaissent une récession économique. Ce qui, comme nous avons pu le constater durant l’actuelle récession, est totalement faux puisque les marchés mondiaux ont tous été touchés par la récession.

Les pays en développement (PED) ont effectivement été capables d’enregistrer une légère croissance alors que les Etats-Unis et l’Europe ont été touchés plus durement, mais ces PED ont besoin de s’entourer de partenaires forts et d’exporter leurs marchandises vers les économies occidentales.

Idée reçue n°5 : L’immobilier est une valeur sûre en période de récession

Est-il vraiment nécessaire de préciser combien cette idée s’est avérée inexacte pendant l’actuelle récession ? La déflation est symptomatique d’un malaise économique, ce qui signifie que les prix des biens chutent car l’offre est supérieure à la demande, qui ne peut pas soutenir les prix actuels. L’immobilier ne fait pas exception : il s’agit d’un actif comme un autre, et son prix fluctue au gré des cycles économiques.

De plus, l’immobilier est à l’origine de la récession actuelle. Après des années de construction effrénée, les stocks avaient augmenté rapidement, entrainant une baisse de prix de plus de 30%.

Idée reçue n°6 : Les actions bénéficiaires ne sont pas tant dévalorisées pendant une récession

Une société qui verse un gros dividende ne peut se le permettre que lorsqu’elle a enregistré suffisamment de bénéfices pour pouvoir en distribuer une partie. Lors de périodes économiques favorables, l’entreprise peut avoir à ne débourser que 20 à 30% de ses revenus nets pour les dividendes (c’est un bon moyen de se protéger). Mais en période de récession, les revenus nets d’une entreprise peuvent baisser de 50%, remettant en question le versement des dividendes.

En période de récession le cours des actions à rendement peut alors rencontrer deux sources de pression à la baisse. La première est la prévision d’une baisse des bénéfices. La seconde est la peur des investisseurs face à la possibilité que le dividende soit réduit voire éliminé.

Conclusion

Investir en pleine récession est une véritable leçon d’humilité. Nombre de managers respectables considèrent l’année 2008 comme la pire leur carrière, prouvant que mêmes les experts peuvent être pris au dépourvu.

Le meilleur conseil que l’on puisse donner au moment d’une récession : prenez le temps de revoir vos objectifs long terme et réajustez votre allocation d’actifs. Soyez également prêts à accepter des rendements inexistants ou faibles pendant un ou deux ans si vous possédez déjà un pécule ou si vous approchez de vos objectifs d’investissement long terme.

En ce qui concerne les jeunes investisseurs, continuez à acheter vos actions sûres et considérez-vous heureux de pouvoir acheter des actifs à bas prix. Le marché récompensera tôt ou tard votre patience et votre assiduité.

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