Le Congrès a voté comme il se devait, il n’y a pas eu de vendredi noir. Mais le lundi a connu la lecture habituelle des journaux du week-end et le temps de réflexion. Ne surestimez pas la tendance, ‘l’effet lundi’ est une donnée classique sur le très long terme : un jour traditionnel de baisse. Voir à ce sujet la page 75 des “Outils de la stratégie boursière“.
Dans cette forte baisse du lundi 6 : “on” s’aperçoit (ô miracle des éternels traders le nez dans le guidon !) que la crise n’est pas un jeu vidéo où il suffirait d’éradiquer les ‘aliens’ à coups de Paulson. Les investisseurs ne possèdent pas plusieurs ‘vies’ et les soi-disant ‘aliens’ sont d’ailleurs ces traders – aujourd’hui “déboussolés” – qui ont ‘collé’ sans aucun état d’âme durant des années les naïfs qui croyaient au rendement sans le risque. Le trader traqué nous rejoue l’arroseur arrosé ? Qu’il passe par une période de chômage n’est ni immoral ni digne de pitié. Une période de salutaire réflexion sur le métier et sur les règles est bien nécessaire.
A court terme, nul ne sait où l’on va, ce pourquoi votre bourse baisse.
Pourtant, il était aisé de faire des ‘prévisions’ de tendance. Nous l’écrivions déjà le 12 février dernier : « La transition 2008-2009 nous paraît devoir être en W: reprise au printemps au vu de l’injection massive de liquidités par la Fed et par le Budget, puis retombée (à l’automne ? durant l’hiver ?) avant la véritable reprise, une fois les excès purgés, quelque part en 2009. Cela pour accompagner un nouveau Président (ou Présidente) et une nouvelle politique. » Et dès le 18 décembre 2007, nous pronostiquions que la crise immobilière américaine allait entraîner une “récession” dans le pays, crainte que Ben Bernanke n’a fini par avouer qu’au début mars. Le 13 mai, nous titrions la note sur les marchés : “Pourquoi s’étonner ?” Le rebond en cours devait aller jusqu’à l’été, ce n’était pas la Reprise du grand cycle…
Nous le disions : « Il va suffire de quelques nouvelles différentes qu’attendues pour que tout se renverse. Peut-être durant l’été où les marchés, moins liquides pour causes de congés, seront plus sensibles aux inversions d’anticipations. A l’automne, au moment des élections américaines, des discussions budgétaires dans toutes les démocraties et des prévisions des instituts spécialisés, les fondamentaux reprendront leurs droits.” Nous annoncions la fin du rebond le 27 mai, la patience pour laisser passer l’été le 30 juin, le “rien de nouveau” le 1er septembre…
Cette litanie n’est pas pour nous tresser des couronnes, mais pour dire que la simple réflexion permet de comprendre ce que le suivisme zappeur de l’immédiat ne peut JAMAIS atteindre. L’investisseur moyen n’est pas un trader à la journée : pourquoi dès lors suivre sa nervosité ? Parce que les media ne fonctionnent que sur l’éternel « nouveau » ? Parce qu’ils ne vendent que du fébrile ? Parce que les politiciens adorent garder secrètes les informations de conjoncture ? Parce qu’ils se la jouent Protecteurs par démagogie envers les électeurs (« l’Europe est bien mieux placée dans la crise », « les banques française sont bien plus solides », « nous ne devrions pas connaître la récession », etc.) ? Parce qu’ils aiment aussi brutalement renverser le discours et faire peur, se posant ainsi en Sauveurs activistes-sans-qui-rien-ne-se-fait ?
Mais quel investissement est-ce là, si c’est ainsi que le métier d’analyste ou de gérant se pratique ?
Avez-vous vraiment envie de confier votre épargne, votre participation d’entreprise, votre placement retraite, à ces tremblants paranoïaques qui changent d’avis tous les matins et fonctionnent au dopage, alternant entre euphorie et dépression ? L’investissement, au fond, est une chose trop sérieuse pour la confier aux soi-disant « professionnels » des banques et des établissements – tels du moins qu’ils sont présentés par la presse. Ils sont fort heureusement plus mûr que cette image d’affairistes fébriles ! Mais ils devraient faire plus attention à la présentation et au retentissement de leurs propos…
Rappelez-vous mon schéma du bon stratège : il ne croit pas les économistes, il ne croit pas les traders arbitragistes, il ne croit pas aux rumeurs, il se méfie des analystes valeurs. Évidemment, il prend la presse avec des pincettes et ne considère la mise sur le même plan journalistique des « spécialistes » interrogés qu’en fonction des réussites des dits spécialistes, pas sur leurs titres ronflants de “directeurs”. Ce qui compte dans le traitement de l’information, c’est avant tout le bon sens ; on ne le dira jamais assez.
Le stratège (ou l’investisseur particulier) :
- a le sens du long terme (il n’est pas analyste devant produire),
- doit décider et pas rester en chambre (il n’est pas économiste rivé à ses « modèles » d’équilibre)
- a la patience de laisser se dérouler certains schémas sans participer (il n’est ni trader ni spéculateur).
Depuis mai, il n’y a RIEN A FAIRE sur les marchés boursiers. Rester en liquidités (livret A et bons du Trésor), garder l’or si l’on en a (mais faute de mieux), rester sur le pétrole si l’on a acheté les titres, les trackers ou les contrats à prix raisonnables (autour de 80$ le baril) car le pétrole devient rare.
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Peut-être sera-t-il temps de revenir en décembre :
- Parce qu’octobre – le mois des krachs : 1929, 1987, 1997, 1998, 2001 – sera passé.
- Parce qu’un nouveau Président sera élu aux États-Unis et le Congrès en partie renouvelé, permettant une politique différente.
- Parce qu’une année nouvelle, grosse de multiples tendances, s’offrira toute neuve après Noël, laissant à nouveau 12 mois pour faire de la performance.
- Parce que, contrainte et forcée, l’Union Européenne sera peut-être un peu moins rencognée en États-nations égoïstes, spectacle affligeant de la semaine écoulée et qui a fait plonger l’euro contre dollar !
Le ‘grand lessivage’ semble en cours et n’est pas terminé. Graphiquement, le CAC40 n’est pas prêt à rebondir (sauf à court terme et pour une semaine ou deux) ; un support vers 2700 (plus bas atteints en 2002 et 2003) serait plus confortable. Les banques européennes sont atteintes plus que prévu, on l’apprend tous les jours ; l’activité industrielle peine à se financer faute de crédit ; la consommation se réduit par peur des ménages.
Pourquoi voudriez-vous que tout aille mieux d’ici quelques semaines ?
Après ‘subprimes’, une autre expression anglaise à retenir : ‘wait and see’.
Article paru sur le Blog Boursier



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