Les médias semblent l’oublier parfois ces derniers mois avec la reprise des marchés financiers, mais la crise économique est toujours là et, malheureusement, rien ne s’est vraiment amélioré, même si on note quelques signes de reprise çà et là.
Le taux de chômage aux États-Unis est un indicateur majeur. Il est ressorti vendredi dernier à 9,7% en août contre 9,4% en juillet, un nouveau plus haut depuis 26 ans, avec 216 000 chômeurs de plus. Certes, ce ne sont pas les 600 000 par mois du début de l’année. Toutefois, même si les marchés ont fortement rebondi depuis mars, il faut toujours être conscient que l’économie va mal, que le chômage continue de monter, et que la croissance sera négative cette année. Comment un analyste de bon sens pourrait-il ne pas voir cela ?
Certes, à plus long terme, le pire est sûrement passé, et c’est d’ailleurs mon hypothèse privilégiée sur cet horizon de temps. Mais l’euphorie de ces derniers mois semble exagérée, et il serait peut-être temps, au minimum, de la corriger.
Retour de l’anxiété sur les marchés
L’anxiété était en effet de retour sur les marchés en cette rentrée.
Et dans ces périodes de mouvements importants sur les marchés, il est un indice que j’aime particulièrement étudier, comme tout bon analyste technique qui se respecte : c’est l’indice de volatilité du S&P 500 : le VIX, calculé quotidiennement par le CBOE (Chicago Board of Options Exchange), et dont chacun peut obtenir la cotation.
Comment mesurer la peur des intervenants ?
La volatilité est la mesure de l’ampleur de la variation des cours d’un actif financier. Elle sert donc à quantifier le risque. Plus la volatilité d’un titre est forte, plus l’espérance de gain de celui-ci est importante, mais le risque de perte également, il faut en être conscient.
La volatilité tient aujourd’hui une large place sur les marchés, en particulier les marchés dérivés, et c’est l’un des éléments principaux, si ce n’est le principal, dans le calcul de la valeur d’une option ou d’un warrant.
Il existe deux types de volatilité :
- la volatilité historique. Elle correspond au niveau de volatilité atteint dans le passé et se calcule sur la base de l’historique des cours du sous-jacent ;
- la volatilité implicite (la plus utilisée). Sans rentrer dans les détails, celle-ci est calculée le plus souvent en inversant la formule des célèbres Black&Scholes.
Mais je m’écarte du sujet, revenons donc à la volatilité et à nos marchés.
Le VIX explose à la hausse le 1er septembre
Le VIX est donc un indicateur de volatilité implicite, c’est-à-dire qu’il reflète les anticipations du marché sur les mois à venir, et c’est en cela qu’il est particulièrement intéressant.
Il existe d’ailleurs des traders de volatilité. Le but de cet article n’est pas que vous deveniez un spécialiste de la volatilité, et que vous deveniez trader sur celle-ci, mais simplement que vous regardiez cette donnée primordiale, dont on ne vous parle pas tous les jours, avec un autre œil.
En analyse technique, des indicateurs comme le True Range ou les bandes de Bollinger permettent déjà d’identifier les périodes de faible tension sur les marchés (quand les cours sont en range), ou d’accélération à la hausse/à la baisse, où la volatilité augmente.

Le graphique ci-dessus nous montre le VIX en données journalières sur un peu moins d’un an glissant.
L’indicateur de sentiment qu’est le VIX est souvent plus précis et plus significatif que les autres indicateurs dont nous venons de parler. Ainsi, en mars, il montrait des signes de faiblesse, nous laissant penser que le marché avait fait un point bas.
Aujourd’hui, le VIX vient de sortir de son biseau descendant par un break out : le VIX se retourne en sortant à la hausse de l’oblique baissière qui coiffait les cours depuis près d’un an.
Et ce dépassement ne s’est pas fait n’importe quel jour. Il a eu lieu le 1er septembre, premier jour du mois boursier, marquant pour beaucoup de gérants la rentrée, au cours d’une journée où nous n’avions pas vu une telle volatilité depuis des mois.
Un signal important : la nervosité est de retour
Après avoir subi des volumes anémiques, et alors que nous étions proches de fortes résistances, cette alerte majeure marque une journée fortement directionnelle. Les volumes ont été importants, nous avons eu une forte augmentation de la volatilité : ces signaux doivent être pris au sérieux.
En dépassement de cette oblique descendante, une augmentation de la volatilité, qui accompagne souvent les corrections majeures sur le marché, devrait donc se manifester, avec comme premier objectif l’ancien support horizontal des 37, désormais résistance, qui avait été cassé en avril dernier, puis celui des 44, paraissent raisonnables.
L’indicateur d’anxiété qu’est le VIX est à nouveau au cœur des discussions sur les marchés, et ce n’est sûrement pas anodin. Le risque que la correction se confirme dans les prochains jours est donc important, et nous risquons donc d’entendre parler de plus en plus de volatilité dans les jours et semaines qui viennent.
Sébastien Duhamel
© Les Publications Agora France, 2002-2008
Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.



4 commentaires
Jeu 10 Sep 2009
Bonjour,
C’est effectivement un indicateur à surveiller.
J’ai une question.
Depuis le 1er septembre, date de sortie du VIX de son canal descendant, le NASDAQ composite monte ; il semble dans un canal ascendant depuis mars 2009. De même pour le CAC40. Du seul point de vue graphique, l’augmentation du VIX ne peut-il pas signifier un fort mouvement, mais à la hausse, à venir ? Comme l’opinion dominante est que « le point bas de la crise à été atteint », n’est-il pas possible d’imaginer que les marchés, anticipant un retour à une certaine normalité et voyant s’écarter le spectre d’une « faillite mondiale », fassent un grand bond à la hausse ? En d’autres est-ce que le VIX ne donne pas la force du mouvement, ce que vous indiquez dans votre texte « plus la volatilité d’un titre est forte, plus l’espérance de gain de celui-ci est importante, mais le risque de perte également » mais pas le sens du mouvement ?
Cordialement.
Ven 11 Sep 2009
Bonjour,
J’ai egalement une question.
La volatilité représente en effet l’hesitation des investisseurs, ce qui augmente le risque et par conséquent le retour sur investissement des ppsitions prises sur les marchés concernés. Bien que le risque soit omnipresent en periode de haute volatilité, rien ne permet de prévoir une baisse des cours. La preuve c’est que les marché ont repris environ 50% depuis le debut de l’année et qu’ils enregistraient aujourdhui cinq jours de hausse consecutives, si je ne m’abuse.
Ma question est donc la suivante: la hausse des cours aujourdhui semble etre beaucoup trop rapide et surtout infondée. Mais cela fait des semaines que les experts annoncent une correction imminente des marchés mais malgré ces avertissements, les indices continuent inlassablement de grimper. Mais pensez-vous, malgré la forte volatilité des marchés et la crainte générale d’une correction imminente, que les marchés ne vont pas tout simplement accepter cette idée que les bourses ont réatteint des niveaux corrects qui ne sont pas surévalués, ce qui emprecherait probablement une correction?
Cordialement.
Lun 14 Sep 2009
Bonjour Christophe,
Il est vrai que les principaux indices ont repris beaucoup de chemins depuis leurs plus bas du mois de mars 2009.
Aujourd’hui, le “monde financier et économique” est divisé quant à l’interprétation du récent rallye et la direction qu’emprunteront les marchés dans les mois qui viennent.
Cependant, au risque de répéter ce que tout le monde dit depuis des semaines, cette reprise n’est effectivement pas totalement fondée économiquement. Même si les indices ISM et autre prix à la production tendent à évolueer positivement (niveau supérieur à 50, indiquant une reprise), les indices affichent des niveaux de valorisation excessifs. De plus, on notera sur la CAC deux gaps, des trous dans les cotations, qui auront vocation à être comblés incessamment sous peu (le 21/08 et le 07/09).
Ainsi, on peut légitimement penser qu’une correction au niveau des 3450 (niveau du 19/08) est probable. Pour la suite, il est difficile de dire si la baisse s’intensifiera mais je pense qu’un retour sur les 3385 est jouable.
Il faut surveiller les 1 000 points sur le S&P500; (puis les 980) afin de savoir si une correction importante se mettra en place (scénario de reprise en W).
Mer 07 Oct 2009
La Chronique Agora… Ou les rois de la baisse !! Ils n’attendent que ça.
Etes vous seulement au courant que les marchés sont à peine revenus au niveau précédent la faillite de Lehmann Brothers ?
Oui le marché a “fortement remonté”. Mais en partant de niveaux ridiculement faibles.
Le marché est sous valorisé, encore actuellement, et valorise les sociétés en “creux de cycle”, et non plus en “dépression”. Ne vous déplaise, les marchés, si la dépression continue de s’éloigner, ne vont pas beaucoup baisser.