Depuis le 19 mars, l’indice de référence du secteur solaire (le Solex) a bondi de 40%.
Est-ce le moment de revenir sur le secteur ?
La Chine, qui fait de la sécurisation de ses approvisionnements futurs en énergie une priorité, n’y est pas pour rien. Le taux d’ensoleillement du pays étant supérieur à deux mille deux cents heures par an sur les deux tiers du territoire, il est facile d’y installer de grandes centrales. Elle vient donc d’annoncer son plan solaire et emboîte ainsi le pas à Obama, dont l’ambitieux plan vise à fournir 10% de l’électricité du pays grâce aux énergies renouvelables d’ici à 2012 et 25% dès 2025. Après les trois leaders du secteur, l’Allemagne, le Japon et les Etats-Unis, la Chine est l’outsider qui monte en flèche, avec déjà 22% de la production photovoltaïque mondiale. Son plan solaire recourt massivement aux subventions tournées vers les grandes installations.
A l’automne dernier, nous faisions un point sur le secteur de l’énergie solaire. Et notre conclusion était sans appel : restez à l’écart. Pour mémoire, nous disions que le secteur allait être confronté à une crise de surproduction importante de panneaux solaires, ce qui entraînerait un décrochage significatif des prix des cellules photovoltaïques et du cours du silicium, et une pression forte sur les marges des équipementiers.

Cette situation est aujourd’hui une réalité. La demande est défaillante et de nombreuses entreprises disparaissent. Le secteur est en cours de restructuration. Le prix du silicium a chuté de 50%. La purge est à l’œuvre et la bulle boursière sur les valeurs solaires s’est violemment dégonflée. L’indice de référence du secteur, le Solex, a perdu jusqu’à 78% de sa valeur depuis son point haut.
Fonds de pension et industriels reviennent sur le secteur
Les capitaux reviennent maintenant en masse. Ne dit-on pas que les fortunes se font en temps de crise ? Les prix des valeurs sont au plus bas du fait de la crise économique et de la purge du secteur. Mais les perspectives de long terme sont fondamentalement positives. Les investisseurs initiés et les industriels le savent, voilà pourquoi ils déversent des milliards de dollars. Les fonds de pension reviennent en force. Le danois AT et l’américain Calpers investissent respectivement 290 millions d’euros et 200 milliards de dollars. Le fonds d’investissement Hudson envisagerait d’investir 9 milliards de dollars dans les énergies vertes.
Les industriels s’y mettent aussi. Hemlock Semiconductor va investir 2 milliards de dollars dans une nouvelle usine de production de silicium. Le premier fabricant de cellules photovoltaïques américain, First Solar, va construire une nouvelle centrale géante… Et, selon le baromètre Green Univers de La Tribune, sur les soixante et une plus importantes opérations de levées de fonds et fusions acquisitions réalisées au niveau mondial depuis le début de l’année, le secteur du solaire est champion toutes catégories. Il arrive en tête des opérations capitalistiques, tant en volume (fonds) qu’en taille des opérations.
Le secteur est entré dans un mouvement de concentration majeur. Le taux de croissance du secteur devrait afficher 30% par an dès 2010 et sur les prochaines années selon les experts. La puissance mondiale cumulée des installations devrait passer de 9 GW (gigawatts) en 2007 à 44 GW en 2012. Le potentiel est alléchant.
Autre facteur clé : le réveil du baril de brut, dont le cours devrait progressivement se reprendre pour revenir de 40 à 70 $ d’ici quelques mois. Or les valeurs solaires sont fortement corrélées au cours du brut, qui tirera tout le secteur à la hausse…
Isabelle Mouilleseaux
© Les Publications Agora France, 2002-2008
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