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On dit souvent que les entreprises qui investissent des sommes considérables en recherche et développement sont celles qui seront appelées à être les plus performantes pour les investisseurs qui visent de forts rendements à long terme. Bien que cela puisse vous sembler paradoxal, je tiens à exprimer à mes lecteurs certains bémols par rapport à cette affirmation.
Bien sûr, personne n’est contre la vertu. Une entreprise qui œuvre pour le secteur technologique, par exemple, aura absolument besoin d’investir en R&D. Si elle ne le fait pas, elle hypothèque sa capacité à générer des profits dans le futur. Toutefois, ce qu’une proportion considérable d’investisseurs perdent de vue très souvent, c’est que l’investissement idéal, celui qui vous fera espérer une retraire dorée, est plus souvent qu’autrement l’investissement dans une entreprise qui n’a pas à constamment investir en R&D pour générer des profits substantiels.
Une entreprise qui investit peu en R&D et qui présente des bons indices de rentabilité (ROE et ROA élevés) sera souvent le signe qu’elle évolue dans un secteur à faible risque où la stabilité prime et où les leaders d’hier et d’aujourd’hui risquent fortement de demeurer les leaders de demain.
Un coup d’œil rapide à ce tableau vous illustre sans conteste mon point de vue :
Voyez ci-dessus que j’ai pris soin d’intégrer 3 entreprises qui, en mon sens, sont condamnées à investir massivement en R&D à défaut de quoi elles verront leurs avantages compétitifs s’éroder au fil des années. À l’inverse, j’ai intégré également 3 sociétés, qui, par leur modèle d’affaires et leur façon de générer des revenus, ne se voient pas dans la nécessité d’investir massivement en R&D et, de surcroît, rend beaucoup plus facile la prévision des bénéfices à plus long terme. Dans quelles entreprises investiriez-vous si on vous en donnait le choix? McDonald’s, Coca-Cola et Diageo ou bien Pfizer, Merck et Intel?
Pour ma part, quand j’évalue les résultats annuels d’une société, j’aime remarquer une stabilité année après année des dépenses en R&D en proportion des ventes réalisées et des profits bruts. En plus de générer une bonne stabilité dans ses dépenses de R&D, l’entreprise méritant mes faveurs pourra difficilement présenter un ratio R&D/Profits Bruts de plus de 10% (idéalement, je préfère de loin celles qui n’ont pas de dépenses de R&D).
Méfiez-vous de la façon dont les dirigeants enregistrent les R&D
La classification des charges de R&D se fera généralement sous la rubrique des dépenses d’opérations. À mon avis, cette façon est conservatrice et c’est la méthode que l’investisseur averti devrait rechercher lors de l’analyse de l’état des résultats d’une entreprise. À l’inverse, certaines entreprises vont plutôt comptabiliser leurs frais de R&D comme un actif qu’ils déprécieront sur une certaine période. Généralement, ces sociétés qui obtiennent des protections intellectuelles (brevets) vont déprécier l’actif sur la durée de validité du brevet.
Il faut savoir ici que la durée du brevet n’a rien à voir avec le potentiel de commercialisation de la découverte, et conséquemment, il est irresponsable de la part des entreprises d’enregistrer ces R&D comme des actifs. Par exemple, une entreprise ayant obtenue un brevet peut très bien être incapable de commercialiser son produit. Une entreprise concurrente pourrait également trouver une nouvelle technologie qui rend inefficace la découverte de la première entreprise. Dans ces situations, mon expérience me laisse croire qu’on doit rechercher des chiffres plutôt conservateurs, et incidemment, ne pas tolérer que les R&D soient inscrits ailleurs que dans les dépenses d’opérations.
Tout comme Warren Buffett, plus je suis certain de la qualité d’un investissement sur le long terme, plus je trouve cet investissement alléchant. Voilà pourquoi j’apprécie tout particulièrement les entreprises dotées d’avantages compétitifs durables qui n’investissent que très peu en recherche et développement. Dans le cas contraire où je devrais me porter acquéreur de parts d’une entreprise qui investit des sommes considérables en R&D, je me devrais de réduire mon horizon de placement en conséquence.
Pierre-Olivier Langevin



4 commentaires
Sam 13 Fev 2010
Pas de R&D = pas de nouveaux produits… C’est la R&D qui crée le plus de richesse dans une entreprise. Sans R&D, l’entreprise a toutes les chances de stagner.
Regardez le domaine Internet, qui est bourré de R&D. Google investit des sommes considérables, tout comme Microsoft, pour ses logiciels. C’est de la R&D pure, et ces titres ont progressé de façon exponentielle en suivant leur développement.
Intel a justement baissé par rapport à AMD au moment où ils ont baissé leur R&D. La reprise d’Intel sur AMD s’est fait uniquement grace à la R&D. Alors arrêter de croire que la R&D est un coût. C’est au contraire une source de développement bien plus efficace que d’avoir des marketeux et des vendeurs ! Même si ceux-ci peuvent permettre une vente de produits conpensant le manque d’innovation (comme chez Apple, qui n’invente rien, mais sait parfaitement mettre en scène ses produits).
Sam 13 Fev 2010
Alors dans ce cas, comment expliquez-vous qu’autant d’entreprises puissent avoir du succès dans dépenser le moindre dollars en R&D. Attention ici mon article ne dit pas que la R&D est néfaste, loin de là! Je dis plutôt que je préfère les entreprises qui n’ont pas continuellement à investir en R&D pour conserver leurs avantages compétitifs! Votre exemple avec Intel est le plus éloquent! Cette société est condamnée à investir plus de 20% de ses profits bruts chaque année, sans quoi, sa performance ne sera pas acceptable pour les années à venir! C’est un pensez-y bien!
Salutations,
Pierre-Olivier
Dim 14 Fev 2010
Chaque entreprise a ses spécificités…
Si je regarde des sociétés High-Tech, vous avez forcément une R&D “couteuse” comme vous dites.
Si maintenant, je regarde l’alimentation, j’ai une main-d’oeuvre peu chère, et des immobilisations importantes (galeries marchandes, etc…) mais nécessaire. C’est un autre paramètre.
Si je regarde une société de service, j’aurai du personnel, mais peu d’immobilisations. Ce sont des “marchands de viande”.
Bref, chaque domaine a ses contraintes, qu’il ne faut pas opposer..
Dim 14 Fev 2010
Vous n’êtes surement pas sans savoir qu’il y a des secteurs qui profitent d’une bien plus grande rentabilité que d’autres secteurs. Il y a de ces secteurs où seul le gros joueur réussi à présenter une bonne rentabilité alors que dans d’autres secteurs, même les moins bons joueurs présentent de bons chiffres. Pensez par exemple aux épiciers en comparaison avec les entreprises de services de soins de santé. L’une de ces 2 est presque à coup sûr plus rentable que l’autre…
Dans un autre ordre d’idée, si vous prenez 3M comme exemple, Oui elle se voit contrainte à investir en R&D, mais la proportion de ses profits bruts ne sont pas excessifs et elle réussit à conserver une bonne rentabilité et stabilité année après année. L’importance pour moi est d’éviter d’investir dans ces entreprises qui, pour avoir un fossé économique viable, doivent constamment investir une grosse somme d’argent à ce niveau. En R&D il n’y a rien de certains, rien ne vous indique que vous ferez des découvertes viables à long terme et c’est pourquoi ces sommes doivent être traitées comme des dépenses et non des actifs.