Je pense que le marché a de fortes probabilités de corriger le rebond de 15% effectué depuis le plus bas du 17 mars dernier, voire de revenir au contact de ces niveaux. Quel secteur jouer à la baisse ?
Pour savoir quels secteurs risquent particulièrement de pâtir d’une nouvelle baisse, j’ai passé en revue les configurations graphiques des 18 indices sectoriels. Sans surprise : ceux de l‘énergie (valeurs pétrolières et gazières) et des ressources de bases (exploitants de matières premières) restent très bien orientés, mais ceux de la banque, de l’assurance et des services financiers sont beaucoup plus inquiétants.
Ce qui m’a plus surpris, c’est que deux autres indices devraient également souffrir ces prochaines semaines : l’automobile et la construction.
Jouez les quatre géants français de la construction à la baisse.
C’est à ce dernier que je m’intéresse tout particulièrement en ce moment, en raison de son potentiel de baisse, et parce que les valeurs françaises sont particulièrement représentées dans le DJ Stoxx 600 Construction, l’indice sectoriel européen de la construction.
Pour mieux comprendre la raison de cette domination de la France, il suffit de regarder les principales sociétés de cet indice : sur 31 valeurs, six seulement sont françaises, mais elles pèsent pas mois de 45,6% de la capitalisation du secteur ! Et les géants français du BTP (Vinci et Bouygues) tout comme ceux des matériaux (Saint Gobain et Lafarge) représentent à eux quatre plus de 42% de l’indice.
La fin d’une belle construction haussière
Passons à présent au vif du sujet en consultant le graphique du DJ Stoxx 600 Construction sur les quatre dernières années. Il a été l’un des secteurs les plus performants pendant le cycle haussier 2003-2007 sur le marché actions, porté notamment par la hausse du marché de l’immobilier, la recherche de valeurs value disposant d’un rendement confortable grâce aux concessions, et de l’essor des pays émergents particulièrement demandeurs d’infrastructures.
Durant cette période de hausse, l’adage selon lequel “quand le bâtiment va, tout va” s’est bien vérifié.
Techniquement, cette dynamique haussière s’est inscrite à l’intérieur d’un canal ascendant et du soutien de la moyenne mobile à 30 semaines. La crise financière et immobilière de l‘été dernier a entraîné un retournement du rapport de force, provoquant ainsi une sortie baissière du canal.
Depuis la mi-janvier et en dépit de la reprise de ces dernières semaines, l’indice sectoriel de la construction est resté confiné dans un intervalle de consolidation, entre son soutien à 322 points et son obstacle majeur à 367 points. La pression exercée par la moyenne mobile à 30 semaines et le repli des cours la semaine dernière pourrait signaler que la nouvelle vague baissière est enclenchée.

Ce mouvement devrait être alimenté en bonne partie par les nombreux investisseurs qui se sont positionnés sur les valeurs du secteur au cours des 24 derniers mois. Ils sont dans leur ensemble en moins-value latente, et plus le marché baissera, plus ils seront enclins à se débarrasser de leurs positions.
Ceci venant évidemment alimenter la baisse que vous allez jouer.
Objectif : 18% de baisse !
Si la dynamique baissière reprend effectivement sur les niveaux actuels et la réaction de la semaine dernière laisse tout lieu d’y croire, alors le premier soutien susceptible d’interrompre le courant vendeur se situera à 322 points, 8% plus bas qu’aujourd’hui. Ce moment venu, il faudra étudier scrupuleusement la situation des indices boursiers et du secteur afin de savoir si cette zone est susceptible de tenir bon. Le cas contraire, une correction supplémentaire de 10%, serait fort probable puisque le seul soutien majeur digne de ce nom, qui remonte à 2006, se situe à 290 points.
Au-delà des considérations purement techniques, une étude même sommaire de la situation macroéconomique est limpide. La crise du subprime n’est pas que financière : elle a aussi mis fin à l’argent facile dans l’immobilier, à la facilité d’obtention des crédits, à la rentabilité des constructions vendues bien vite dans une ambiance de hausse ininterrompue de la pierre.
L’ennui, c’est que ce marché est l’un des plus cycliques qui soient, et l’ascenseur dans un immeuble ne fait pas que monter.
Aux Etats-Unis, la hausse de l’immobilier s’est arrêtée et on observe la stagnation voire la baisse de certains segments du marché : trop de faillites, trop de biens mis en vente, trop de constructions commercialisées. Il faut vous dire que le cycle d’investissement n’est pas très rapide : on voit arriver sur le marché aujourd’hui des projets nés il y a trois à cinq ans, quand la rentabilité de l’immobilier a suscité de nombreux lancements.
Il est donc hautement prévisible. Et même si la crise financière a été moins prononcée en Europe, l’immobilier européen va lui aussi entamer une évolution baissière, ce qui ne manquera pas d’avoir des répercussions dans le BTP, sur le marché des matériaux, etc.
L’avenir montrera si cette analyse est juste…
© Les Publications Agora France, 2002-2008
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1 Commentaires pour Quand le batiment va mal, tout va mal
Mar 03 Jun 2008
Théorie interessante…
Un premier élément de réponse avec les résultats de Bouygues ce soir. Je ne crois pas trop en Saint Gobain. Par contre, Vinci avec ses concessions et Lafarge avec sa poule aux oeufs d’or Orascom risquent de bien se defendre face à la crise selon moi!!