Nous avons vu en mars que la hausse des matières premières allait continuer.
Le paradoxe est d’autant plus flagrant que l’OCDE et le FMI revoient à la baisse la croissance mondiale. Depuis le début de l’année, les matières agricoles ont atteint leur plus haut historique : le riz a pris 70% et s’échange à plus de 1 000 dollars la tonne. Le blé a pris plus de 73%, le maïs plus de 60%.

Cet échauffement n’est pas nouveau mais, jusqu’à maintenant, on lui trouvait de bonnes raisons structurelles, évoquées dans La hausse du cours des commodities va continuer
Désormais les analystes changent d’opinion. Le commentaire d’un analyste d’Oddo illustre ce sentiment: “la part de prix inexpliqué devient trop importante”.
Les matières agricoles, un marché peu risqué pour les fonds
Cette hausse spectaculaire est davantage liée à la spéculation des différent fonds. Suite à la crise immobilière et la désaffection des marchés actions, tous les gérants de fonds se sont reportés sur les matières premières, marchés jugés moins risqués car “décorrélés” des indices boursiers et des taux d’intérêt.
Selon un responsable de la Société Générale, “les matières premières ont été jouées par les fonds de pension, les hedge funds, les fonds diversifiés et les fonds de fonds”.
Comme le marché des matières agricoles est peu liquide, il a suffit de quelques acteurs supplémentaires pour que les prix s’emballent fortement.
Les matières agricoles, un marché à la mode pour les particuliers
Les marchés des matières première se sont financiarisés ces dernières années avec les certificats, les trackers et autre outils permettent aux particuliers d’aller sur ces marchés autrefois réservés aux professionnels.
L’engouement pour les matières premières n’est donc plus uniquement l’apanage des professionnelles. Les particuliers investissent aussi massivement sur ces marchés grâce aux ETF de Lyxor (groupe Société Générale) ou Easy ETF (groupe BNP), par exemple. Ces sociétés financières proposent des trackers ou 100% panachant plusieurs matières agricoles. Tous ces produits permettent de répondre à presque tous les besoins des investisseurs particuliers sur ce marché décidément très à la mode.
Quand un marché est à la mode à la fois chez les banquiers, les gestionnaires et les particuliers, cela n’augure rien de bon.
Quand la bulle agricole éclatera-t-elle ?
De nombreux analystes s’accordent pour dire que la bulle va exploser. Mais quand ? D’ici à 1 mois ? 6 mois ? 1 an ? 2 ans ? Personne ne peut le prédire avec exactitude. L’erreur à ne pas commettre est d’aller contre le marché, car “le marché a toujours raison”. Selon moi, il est donc trop tôt pour se positionner à la baisse.
Quant à continuer à spéculer à la hausse, les émeutes de la faim des dernières semaines, qui ont eu lieu un peu partout dans les pays en développement, de Haiti aux Philippines en passant par l’Indonésie, nous font réfléchir sur des conséquences bien plus graves de cette envolée des cours.
Le président américain a annoncé une aide alimentaire d’urgence de 200 millions de dollars pour les pays en crise. Mais le mal est plus profond. La Banque Mondiale indiquait déjà dans son dernier rapport qu’ “alors que 75 % de la population pauvre mondiale vit dans les espaces ruraux, seulement 4 % de l’aide publique au développement va à l’agriculture”. La paupérisation de la population rurale mondiale, qui représente la moitié de la population mondiale, est un problème majeur du 21ème siècle.




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