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Pétrole : les investisseurs retiennent leur souffle


+30% en un mois…

Saluons le beau rebond auquel nous avons assisté dernièrement, le WTI à New York revenant de quelque 37 à 48 $, soit un gain de presque 30% en un mois.

Derrière cette lame de fond se cache un ample mouvement de spéculation qui parie sur une nouvelle réduction des quotas de production de l’OPEP. Manifestement, les intervenants parient sur une hausse des cours, donc sur de nouvelles coupes de production.

Le cartel se réunit à Vienne pour décider de la position à adopter sur ce sujet.

Pour mémoire, depuis septembre, et par deux fois déjà, le cartel a décidé de réduire sa production. Les coupes représentent déjà 4,2 millions de barils par jour et sa production journalière s‘établit aujourd’hui à 24,84 millions de barils.

Et chose relativement étonnante, les décisions de baisse de production sont effectivement mises en œuvre dans les faits, ce qui n’a pas toujours été le cas par le passé. Bien au contraire…

La crise actuelle est bien d’une ampleur inédite et l’OPEP l’a très bien compris.

Evolution du cours du WTI depuis trois mois en US $ le baril à New York

Evolution du cours du WTI depuis trois mois en US $ le baril à New York

Quelques indices

“Si on ne réduit pas (la production), on va avoir une baisse rapide des prix”, nous explique le ministre algérien de l‘énergie Chakib Khelil, qui estime qu’un consensus devrait se dégager au sein de l’OPEP afin de ramener les prix du brut vers les 75 $.

Quoi qu’il en soit, l’EIA vient une fois de plus de revoir à la baisse ses prévisions de demande en produits pétroliers pour 2009. Elle estime que la consommation devrait encore décroître de 1,4 million de barils par jour cette année.

L’OPEP a elle aussi réduit d’un million de barils par jour sa prévision de la demande pétrolière mondiale pour l’année en cours.

Si l’offre ne suit pas la demande dans son repli, les cours baisseront plus que de raison. Et ils baisseront d’autant plus que du point de vue de la saisonnalité, il y a toujours un repli de la demande avant l‘été. Or il est vital au minimum de maintenir l‘équilibre actuel des prix…

Le choix n’est pas facile

Le statu quo permettrait de maintenir un niveau de prix très bas sur le brut, ce qui assurément serait une bonne nouvelle pour l‘économie qui n’en finit pas de s’embourber. Nul doute que l’OPEP, comme l’ensemble de la planète, a intérêt à voir repartir l‘économie.

D’un autre côté, un prix du baril trop bas gèlerait massivement les investissements et hypothèquerait la production à venir. Explosion des prix du brut assurée en sortie de crise…

Sans compter que cela réduit dramatiquement les recettes budgétaires des pays producteurs qui, comme la Russie par exemple, souffrent terriblement. Le risque d’explosion sociale dans certains de ces pays n’est pas une hypothèse irréaliste, loin de là…

“Nous soutenons la baisse des livraisons sur le marché et la Russie participe à ce travail”, nous dit d’ailleurs le vice président de la Russie…

Mon avis ?

Je pense que l’OPEP réduira à nouveau sa production, mais de façon très limitée cette fois. L’idée est d’assurer au minimum la stabilité actuelle des prix pour permettre à l‘économie de se redresser, tout en n’hypothéquant pas l’avenir de la production de pétrole.

Mon avis est qu’un statu quo entraînerait à nouveau les prix à la baisse vers les 40 $, voire en dessous, ce qui n’est une bonne solution pour personne. L’OPEP ne devrait pas prendre ce risque…

En attendant, Marc Dagher explique à ses lecteurs dans l’Investisseur Or & Matières que “d’un point de vue technique, l’or noir (il analyse le Brent) ne sait plus où donner de la tête… L‘étau se resserre de plus en plus et la sortie du nouveau triangle sera décisive”.

Pas de doute, la sortie du triangle se fera en fonction de la décision de l’OPEP. En cas de sortie par le haut comme je l’imagine, le Brent pourrait franchir le cap psychologique des 50 $.

Autre chose intéressante à remarquer, l’ETF Oil américain, qui détient une position longue sur le brut (acheteuse) ferait 20% du marché du WTI. A l’image de l’or, les particuliers sont très investis sur le brut. Mais je tiens également à noter que certains investisseurs privés jouent aussi le pétrole à la baisse.

Puisque je vous parle de cet ETF, il est à noter qu’il perd quelque 20% soit trois fois plus que le cours du brut, alors qu’il est censé reflété l‘évolution du cours du brut. Pourquoi ?

La courbe des prix est croissante sur les marchés à terme. Cela signifie que le prix du brut échéance d’avril (échéance proche) est inférieur au prix du brut sur les échéances ultérieures.

Par exemple, si vous détenez un contrat à échéance la plus proche (Nearest Future), et que celui si arrive à son terme, vous devez rouler votre position, sur une échéance plus éloignée. C’est-à-dire vendre votre contrat de moindre valeur pour en racheter de valeur supérieure, à échéance plus lointaine. Ce qui techniquement génère une perte. D’où les piètres performances de l’ETF, qui doit régulièrement rouler ses positions, les pertes générées s’accumulant et les cours du brut ne réussissant pas à couvrir les frais.

Alors bien sûr, les investisseurs les plus sophistiqués profitent de cette configuration en “shortant” le pétrole. Ils gagnent ainsi sur les deux tableaux : chute des cours et écart de prix entre les contrats de différentes échéances.

Cela dit, cette situation pourrait ne pas perdurer, car la courbe des prix à tendance actuellement à décroître (s’aplatir). Voilà qui limitera les pertes futures des acteurs haussiers sur le WTI.

Mercredi, nous apprenions que les stocks américains de pétrole ont augmenté sur la semaine bien plus que ce qui était anticipé, quelques 700 000 barils contre 400 000 attendus. Ce qui a fortement pesé hier sur les cours.

image isabelle mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux

Article original

© Les Publications Agora France, 2002-2008



Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.


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