Dans les prochaines semaines, on estime à 67 milliards de dollars et à 23 milliards d’euros le montant des obligations souveraines qui devraient venir gonfler respectivement les marchés obligataires américain et européens.
A l’heure où les plans de relance nationaux font mention de milliers de milliards débloqués pour venir en aide aux secteurs en difficulté, les Etats ont un rapide et important besoin en liquidité pour financer les différentes mesures annoncées : parmi leurs outils de prédilection, l’émission de titres de créance.

Une déferlante de titres de créance sur le marché obligataire
En France, l’émission d’OAT, obligations assimilables au Trésor, constitue pour l’Etat un moyen efficace de disposer de liquidité en faisant appel à l’épargne nationale.
Depuis leur création, les emprunts d’Etat ont constamment été sollicités pour renflouer les caisses en temps de crise. Les émissions de titre ont permis de financer les campagnes militaires, la découverte des territoires d’outre-mer ou encore les politiques de grands travaux, creusant chaque fois davantage le déficit public. Aujourd’hui, ils servent au financement de la relance.
Très prisées, les obligations d’Etat présentent le double avantage de proposer un rendement attrayant et un risque relativement faible.
Aujourd’hui pourtant, la donne est en passe de changer. Avec la mise en place de plans de relance, le niveau d’endettement des Etats a augmenté et les titres de créance affluent sur le marché. Malgré la récente remontée des taux à dix ans en France, en Allemagne et aux Etats-Unis, investir dans des obligations d’Etat est de plus en plus risqué.
Dans une étude intitulée Va-t-on vers un krach obligataire ?, réalisée par Natixis et datée du 16 janvier 2009, Patrick Artus constate : “Les évolutions à la hausse des taux d’intérêt de certains pays de la zone euro n’ont pas de rapport avec celles des dettes publiques, mais avec l’exigence forte de liquidité d’après crise.”
En augmentant les taux d’intérêt de leurs futures émissions, chaque gouvernement espère attirer des investisseurs.
Certains commentateurs prédisent l’éclatement d’une bulle spéculative. Dans le magazine américain Forbes, l’analyste Jim Lowell explique : “Le volume de bons du Trésor américain va considérablement augmenter. En deux mois certains titres de détention à vingt ans ont pris plus de 30%. Dans le même temps, les investisseurs ont conscience que la situation actuelle ne va faire qu’empirer. J’appelle cela une bulle.”
Une hausse des taux pour attirer les épargnants
A dix ans, le taux de rendement des bons du Trésor américain atteint maintenant 3%. En France et au Royaume-Uni, il se situe à 3,6%. En Allemagne, le rendement d’un emprunt d’Etat à dix ans est de 3,1%. Sur du très court terme (à trois mois), le placement en bons du Trésor américain offre quant à lui un rendement quasi nul : 0,3%. Aujourd’hui, l’arrivée d’un important volume de titres sur le marché rend le placement en emprunts d’Etat risqué.
Pour attirer les chalands, les Etats en concurrence vont devoir augmenter leurs taux. Les obligations qui ne sont pas arrivées à échéance vont voir leur valeur faciale diminuer face à de nouvelles émissions plus attractives. A cela s’ajoute le risque d’inflation. Ce mécanisme rend le placement long terme en obligations d’Etat risqué. Aux Etats-Unis, le pourcentage de la dette américaine détenue par des étrangers est passé de 60 à 40% en quelques mois. Les étrangers se méfient.
Les obligations d’État indexées sur l’inflation
L’une des solutions de repli qui s’offre aux adeptes de l’emprunt d’État est de souscrire à des obligations indexées sur l’inflation. En France, les OAT introduites en 1998 sur le marché obligataire se rapprochent le plus d’un actif “sans risque”. En optant pour ce type d’actif, l’emprunteur se couvre du risque de dévalorisation.
Chloé Consigny
© Les Publications Agora France, 2002-2008
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