Investir selon le “margin of safety”, c’est rejeter beaucoup de suggestions et autres “tuyaux”.
Pour bien des gestionnaires, discuter avec nous peut s’avérer fort ennuyeux. Dans une soirée mondaine ou dans une fête de Noël, il est toujours intéressant de discuter de ses investissements, des raisons qui nous ont poussé à acheter un titre en particulier. Souvent, on nous demande ce que l’on pense de telle ou telle compagnie, toujours dans l’optique qu’il pourrait s’agir d’un achat intéressant. Cependant, notre attitude semble détachée.
Nous ne sommes jamais emballés par les tuyaux qui nous sont fournis. C’est un peu comme discuter avec quelqu’un qui voit la vie en noir et qui ne s’intéresserait à rien. On désenchante rapidement. On lui fait des suggestion pour lui remonter le moral, mais ça finit toujours pareil : “Non, pas intéressant”.
La raison principale est simple : les investisseurs s’intéressent presque tout le temps aux titres populaires (dont la popularité a déjà fait monter le prix du titre) ou aux titres qui ont bénéficié de l’aide de promoteurs (s’il faut un promoteur pour attirer des investisseurs, c’est que le titre ne doit pas être aussi bon qu’on le prétend).
Si on nous demande ce que l’on pense des titres suivants,
- Suncor
- AT&T
- Loblaw
- Petro-Canada Nestlé Rona
- Shaw Communication
- Barrick Gold
- Talisman Energie
- Financière Manuvie
- Rio Tinto
- Kinross Gold
- Banque Nationale
- Genentech
- Motorola
- Yamana Gold
- Couche-Tard
- Husky Energy
- Canadian Natural Resources
- Transforce
- Rogers Communication
- Goldcorp
- Pages jaunes
- Teck Cominco
- Equinox Minerals
- Encana
- Telus Corp
- Quadra Mining
- Research in Motion
- Canadian National
- Coca-Cola
- Tim Hortons
- Magna International
- Nexen
- Sun Life
- Johnson & johnson
- Potash Corp
- Agrium
- Banque de Montréal
- Bank of America
- Banque TD
- Dell Computer
- Chevron
- Banque Scotia
- AIG
- Jean Coutu
- BCE Inc.
- General Electric
- Pfizer
- Canadian Tire
- Garda World Security
notre attitude sera parfois neutre, parfois négative face aux perspectives de ce genre de titres.
Ces titres que nous avons énumérés ont tous quelque chose en commun : ils sont populaires. Et notre manque d’intérêt ne provient pas d’une fermeture d’esprit. Nous regardons souvent les états financiers de ce genre de compagnie. Mais à chaque fois, ces compagnies n’arrivent pas à passer le test sur le risque, que nous leur faisons subir. Dans un prochain, nous expliquerons la nature du risque que l’on retrouve constamment dans ces titres bien connus.
Quand on nous parle d’un titre, nous pensons toujours au risque d’abord. Par la suite, lorsque le test sur le risque a été passé avec succès, on poursuit avec le potentiel de gain. La plupart des investisseurs, qu’ils soient amateurs ou professionnels, étudient d’abord les gains potentiels (perspectives). Qui plus est, si la compagnie en question a une histoire intéressante (un conte de fée, parfois réaliste, mais trop souvent embelli), elle attirera beaucoup l’attention.
Lorsque nous avons commencé personnellement à investir à la bourse, nous étions très téméraires. Nous achetions, sans savoir quels étaient les risques. La plupart des investisseurs passent par cette étape. Cette ignorance du risque peut se comparer à l’exemple du viaduc de la Concorde à Laval, qui s’est effondré le 30 septembre 2006.
Avant l’effondrement, peu de personnes avaient conscience du risque qu’elles courraient en utilisant le viaduc. On passait allègrement, avec l’esprit tranquille. Mais si on avait su d’avance la terrible catastrophe, qui aurait osé? Qui serait passé en dessous? C’est à ce moment que le mot « risque » prend tout son sens.
On peut investir longtemps dans des titres risqués, sans savoir qu’une catastrophe nous attend. Et tant et aussi longtemps qu’elle ne survient pas, le niveau de confiance augmentera. On peut penser que s’il n’arrive rien, c’est sûrement parce que ce n’est pas risqué.
Quant à nous, notre perception du risque en ce qui concerne les titres populaires s’apparente souvent à l’exemple du viaduc de la Concorde : certains titres peuvent s’effondrer à tout moment. Les détenir ne serait-ce que pour une journée pourrait nous faire vivre un cauchemar.
Si vous écoutez tout le monde, et que vous suivez les recommandations et les suggestions qui vous sont faîtes régulièrement, vous courrez à la catastrophe. Vos risques sont élevés si vous investissez dans les titres populaires. Le risque est présent, mais trop souvent on ne le voit pas.
À défaut de le voir soi-même, on se fie sur les autres, et la plupart des autres font de même.
Rémy Morel et Patrick Thénière
© Barrage Capital Inc.



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