Gérard Moulin, gérant actions à Debulac Asset Management nous explique que face à la crise, il faut miser sur les sociétés capables, grâce à leur savoir-faire, de d’imposer leurs prix.
2009 sera une année compliquée. Donc, ne nous voilons pas la face. Nous devrions encore assister à quelques purges sur les marchés, car certaines institutions financières qui ont utilisé l’effet de levier procéderont à des ventes forcées.
Pour autant, malgré ces contrecoups, les marchés suscitent des espérances : ainsi, la volatilité, qui avait atteint des records dans un marché pris de panique et devenu violent à l’automne, est retombée depuis trois semaines. La reprise boursière pourrait se faire par paliers.
Chez Delubac, nous accumulons donc des positions sur des dossiers qui nous plaisent bien, sans nous angoisser.
Attention toutefois aux faux amis. Depuis plusieurs années, je me méfie des secteurs qui, de façon structurelle, peuvent basculer dans la déflation, et cette stratégie est aujourd’hui payante. Mieux : ce que nous constatons sur les marchés et dans la vie économique de tous les jours, comme les changements d’habitudes de consommation de tout un chacun, renforce la pertinence de notre façon de sélectionner les valeurs.
Méfiez-vous donc de certains secteurs durablement plombés : l’automobile, la pharmacie – un secteur faussement défensif –, le transport aérien, les semi-conducteurs, les médias ou encore la grande distribution. Il faut s’attendre à de grandes déceptions car on y trouve des groupes dont la santé ne pourra pas s’améliorer. Aujourd’hui, l’actionnaire minoritaire de TF1 mise en réalité sur des pertes de parts de marché et sur des réductions du budget relatif au groupe.
Mieux vaut s’intéresser à des sociétés capables d’imposer leurs prix par une marque reconnue, par une avance technologique ou par un positionnement de leader.
C’est le cas du chocolatier Lindt, qui a inventé son propre marché, celui du chocolat premium. Cette société est une vraie Rolls. Son chiffre d’affaires est ainsi passé de 0 à 500 M$ en dix ans aux Etats-Unis, pays qu’il considère comme émergent en ce qui concerne le marché du chocolat. C’est une illustration, parmi d’autres, de la capacité stratégique du groupe à assurer son développement. La croissance interne de Lindt est égale à 7-8% par an, pour une marge d’exploitation de 12%.
Autre groupe à posséder un savoir-faire spécifique : Ubisoft. Songez que le secteur pharmaceutique a perdu 65% de sa valeur en dix ans, alors que la valorisation relative aux jeux vidéo dans leur ensemble a quadruplé au cours de la même période. Ubisoft devrait réaliser des ventes canon – en l’occurrence, un chiffre d’affaires de 1 Md€ – et conserver une marge d’exploitation de 14%.
Essilor, autre superstar française sur le plan industriel, a également créé son propre marché et continue à se développer grâce à une intégration verticale fantastique. De plus, la valeur a mieux résisté que le marché en 2008.
Autant de dossiers sur lesquels on peut aujourd’hui avoir un prix d’achat moyen intéressant si on accumule les positions. L’idée qu’il faut trouver le point bas du point bas pour entrer sur le marché est erronée. A l’automne, Warren Buffett a multiplié les achats. Technique qui demande du courage et de raisonner sur des investissements de cinq à dix ans. Or, l’investisseur particulier change trop souvent de focale : dès qu’une crise survient, il troque son grand-angle pour passer au téléobjectif et n’avoir qu’une vue à six mois. En période de panique, les mauvais réflexes reviennent.
L’investisseur lambda devrait toujours utiliser le grand-angle et profiter de cette période compliquée pour accumuler, au moyen de petites quantités d’actions, des lignes en portefeuille. Et, surtout, il devrait garder à l’esprit que le marché est très efficace à long terme, bien qu’il puisse ne pas l‘être à court terme.
Alexandra Voinchet
© Les Publications Agora France, 2002-2008
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