Combien de fois avons-nous entendu que les rachats d’actions entrepris par une compagnie constituent un élément positif pour l’actionnaire ? Au lieu de dilapider l’argent généré par les profits (par exemple, en procédant à des acquisitions stupides), un dirigeant peut décider de réduire le nombre d’actions en circulation à la bourse afin d’augmenter le profit par action pour les actionnaires qui restent.
Par exemple, si Morgan Stanley a 1G d’actions émises, et qu’elle dispose de 2G$ en encaisse, elle peut utiliser l’argent pour diminuer le nombre d’actions. À un prix de 21$ par action, on peut faire baisser le nombre d’actions à près de 900M. Par conséquent, si les profits restent constants, le profit ‘‘par action’‘ augmente quant à lui de 11%.
Il s’agit donc d’une manière efficace d’enrichir les actionnaires. Cependant, dans bien des cas, ces rachats sont utilisés afin de permettre de réémettre les mêmes actions aux employés de la compagnie, en guise de compensation. Prenons le cas de Morgan Stanley. Ils ont régulièrement racheté des actions auparavant. Comme le prix de leur titre a varié de 40$ à 75$ ces cinq dernières années, on constate qu’ils ont payé un prix plus élevé que le cours actuel d’environ 21$.
Or, la rémunération versée sous forme d’actions est souvent fixée en dollars. Par exemple, si on veut remettre 100 000$ à un employé, il faudra lui octroyer 47 600 actions si le prix par action est toujours de 21$ (si le titre se transigeait à 75$, seulement 13 300 actions auraient été nécessaires !). Comme le titre de Morgan Stanley s’est effondré, on songe en ce moment à augmenter le nombre d’actions en circulation, afin de pouvoir verser la rémunération prévue. Les rachats passés ne suffisent plus, puisqu’il faut maintenant émettre de deux à trois fois plus d’actions pour les mêmes montants !
C’est tout à fait scandaleux! Cette façon de procéder ne tient nullement compte de la valeur intrinsèque de la compagnie. Par exemple, si les investisseurs sont déprimés au point d‘évaluer l’action de Morgan Stanley à 1$, il faudra alors émettre 21 fois plus d’actions que présentement pour la même rémunération! Il s’agit d’un désavantage flagrant pour les actionnaires à long terme, qui auraient acheté le titre auparavant, et qui attendent patiemment que la compagnie se relève. Des actions sont vendues aux employés au creux du marché, alors qu’ils ne risquent absolument rien (pas de mise de fonds). Et pour couronner le tout, les entreprises qui ont reçu l’aide du gouvernement n’ont PAS le droit de racheter des actions sur le marché (et ainsi au moins annuler l’effet négatif de la rémunération avec un titre déprécié).
Nous aimons le rachat d’actions lorsqu’il sert à enrichir les actionnaires, mais malheureusement, il sert plus souvent à assurer une généreuse compensation à la direction et aux employés-clés. Si ces derniers ne souffrent point d’une baisse du prix des actions, alors nous devons conclure que les intérêts des employés ne sont pas liés à ceux des actionnaires. Imaginez le scénario suivant : une compagnie en difficulté voit son titre s’effondrer de 75%. La compagnie reçoit l’argent des contribuables pour survivre. Pendant ce temps, on emet une quantité impressionnante d’actions à bas prix pour les employés qui ont conservé leur emploi, et qui ont souvent participé aux événements ayant causé les difficultés de l’entreprise. Lorsque la compagnie se relève et que les actions remontent, ils font une fortune.
Évidemment, les titres de ces compagnies vont moins s’apprécier qu’en temps normal, puisque les nouvelles émissions d’actions divisent le profit sur un plus grand nombre d’actions. Ce sont donc les actionnaires externes, ceux qui ont effectivement ‘‘payé’‘ pour leurs actions, qui doivent sacrifier une partie des profits futurs.
Rémy Morel et Patrick Thénière



0 commentaire