Normalement, on se réfère à un indice boursier qui comprend un nombre assez élevé d’actions pour donner une idée de l’économie du pays dans son ensemble. Prenons le S&P 500 en exemple, car nous pensons qu’il réflète assez bien la bourse en général.
La première ligne présente le ratio le plus utilisé, et c’est de lui que nous discuterons aujourd’hui. Il s’agit du ratio ‘‘Price/earnings’‘, en français ‘‘cours/bénéfices’‘. Il indique le nombre de fois qu’il faut payer pour les profits d’une entreprise. Par exemple, si Wal-Mart génère 4$ par action, alors le ratio sera de 12,5 si le titre se transige à 50. On peut voir sur le tableau pourquoi le titre de Wal-Mart n’a pas été profitable sur une longue période de temps! Il était nettement surévalué en 1999. Parfois, 10 années peuvent être nécessaires avant que les profits augmentent assez pour aboutir à un ratio raisonnable (en tenant compte d’un prix fixe en bourse pour le titre).
Selon le tableau, le SP 500 se transigerait à 15.3 fois les profits. Cependant, cette valeur doit être de beaucoup supérieure aujourd’hui, car le ratio est calculé sur 12 mois, alors que les profits se sont détériorés fortement durant le 4e trimestre de 2008. Et c’est là que l’on doit porter attention à ce ratio. Comme les profits varient beaucoup en temps de récession, on ne peut pas simplement utiliser le ‘‘cours/bénéfice’‘ pour connaître le prix du marché.
Durant le 4e trimestre 2008, une multitude de compagnies ont enrayé des actifs au bilan. Parfois, il s’agit d’actifs qui existent depuis 5 ou 10 ans. Dans certains cas, rayer ces actifs est nécessaire. Dans d’autres cas, il s’agit d’une action opportuniste. En effet, les dirigeants tentent souvent de décevoir les investisseurs d’un seul coup plutôt que graduellement. Par exemple, si en tant que dirigeant, vous savez que votre compagnie perdra 200M$ au lieu de faire un profit de 100M$, vous anticipez que les actionnaires seront très mécontents. Mais, est-ce qu’il y aurait une grande différence si c’était 350M$ de perte au lieu de 200M$? Probablement que non : la réaction sera négative de toute façon. Alors, le dirigeant qui aimerait voir disparaître un actif non tangible de 150M$ (par exemple, l’achalandage, en anglais ‘‘goodwill’‘) le fera souvent en même temps que la compagnie fait des pertes.
Bien sûr, la plupart du temps, enrayer des actifs est nécessaire, surtout en temps de récession. Mais nous avons souvent vu des compagnies en profiter pour enrayer le plus d’actifs possible en même temps, plutôt que d’y aller avec montant un reflétant mieux la réalité. Le but est souvent opportuniste de la part du dirigeant. Il s’agit d’augmenter ses chances de créer des profits surprises lors des prochains trimestres. Ceci est d’autant plus vrai si le dirigeant sait d’avance qu’il se fera émettre des options au prix du marché lorsque le titre de sa compagnie se sera effondré. C’est très malsain pour les actionnaires, mais ces derniers n’y voient souvent que du feu.
Donc, lorsque tout va mal, un grand ménage se fait : radiation d’actifs, mise à pied d’employés, ventes de divisions non rentables à perte, augmentation des réserves, amortissement soudainement plus conservateur sur certains actifs, etc. Tous ces changements comptables occasionnent d’importantes pertes non récurrentes. Et le ratio ‘‘cours/bénéfice’‘ n’en tient pas compte. C’est pourquoi il faut calculer soi-même quels seront les profits futurs d’une entreprise donnée. Si elle a fait des pertes en 2008, il serait ridicule de dire que son titre est infiniement cher (avec des profits négatifs, le ratio ne fait pas de sens). C’est pourquoi on doit toujours utiliser un profit ajusté, tout en restant conservateur bien sûr.
On ne peut donc pas baser le prix d’un indice uniquement sur le ratio ‘‘cours/bénéfice’‘. Quelques autres ratios deviennent également inutiles en temps de grand ménage, comme le ratio ‘‘cours/valeur comptable’‘. En effet, lorsque l’on radie un gros actif au bilan, ce ratio se met à gonfler soudainement. Parfois, ces changements sont salutaires pour la compagnie, mais ils donnent l’impression que le prix de l’entreprise en bourse est devenu soudainement très élevé. Et c’est le cas pour le marché en général. Les ratios ne cessent de grimper chaque fois que les profits chutent (ce qui donne l’impression que le marché est cher), même si dans bien des cas ils chutent à cause de radiations importantes des actifs.
D’après les nombreuses entreprises que nous avons épluchées jusqu’à maintenant, nous constatons que les prix en bourse sont nettement mieux qu’il y a un an, même en considérant la chute des profits! Cela ne veut pas dire que nous anticipons une hausse des marchés. Tout peut arriver à court terme, et nous ne savons toujours pas quand se terminera cette fameuse récession. Mais pour ce qui est des prix, il est rare dans une vie d’investisseur d’avoir la possibilité d’acheter à de si bas niveaux!
Les Investigateurs Financiers



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