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“La satisfaction que procure la richesse ne réside pas dans la simple possession ni dans des dépenses somptuaires, mais dans son usage mesuré” : cette phrase de Cervantès a beau dater du XVIe siècle, elle n’a rien perdu de sa pertinence. Pour l‘économie d’un pays, bénéficier d’un surcroît de ressources financières n’est pas forcément une bonne affaire. Une étrange maladie de pays riches connue sous le nom de “syndrome hollandais” retrouve aujourd’hui une certaine actualité.

L’inflation, une vieille histoire !

Il est fort possible que cette phrase ait été inspirée à l’auteur de Don Quichotte par la conjoncture économique de son époque. En effet, voilà cinq siècles, la puissante Espagne profitait des richesses que les galions rapportaient à pleines cales de ses colonies sud-américaines. Pierres précieuses, bois rares et métaux fins du nouveau monde affluaient vers l’ancien.

Grâce au penseur politique Jean Bodin, la suite est connue. Dans son Discours sur le rehaussement et la diminution des monnaies, tant d’or que d’argent de 1578, il consigne tout le mal que ces tonnes de métaux monétaires firent à l‘économie espagnole et, par conséquence, à celle de toute l’Europe. En augmentant plus vite que la production ne pouvait la suivre, l’offre de monnaie a provoqué une — sinon la première — crise inflationniste documentée.

Du gaz dans l’eau ! C’est le début de la fortune…

Cette “maladie de riches” a la fâcheuse habitude de ressurgir de temps à autre. Ce qui nous amène à nos Hollandais. Dans les années 30, une filiale de Shell a acquis l’exclusivité des droits d’exploration pétroliers du nord-est des Pays-Bas. Le premier puits d’or noir est mis au jour à La Haye, en 1938. Dix ans et une guerre plus tard, les découvertes s’intensifient en mer du Nord. On trouve surtout du gaz dans le sous-sol marin néerlandais. D’abord un peu, puis beaucoup.

Découvert en 1959, le gisement de Groningen est simplement gigantesque

A tel point qu’une société d’Etat, qui porte aujourd’hui le nom d’EBN, est mise en place pour exploiter et vendre la précieuse ressource aux côtés des opérateurs privés. Amsterdam entend tout à la fois assurer sa sécurité énergétique et profiter de l’afflux des devises.

Voilà la petite Hollande devenue “gazo-Etat”. Suite aux premiers chocs pétroliers, un pic de production sera atteint au milieu des années 70. J’imagine que vous vous dites “jackpot” ! Non pas : à mesure que le gaz est commercialisé, l‘économie des Pays-Bas se détraque.

Les quatre symptômes du “mal hollandais”

  • Première étape
    La production gazière néerlandaise dépasse largement les besoins nationaux. La plupart du gaz est donc vendu à des clients étrangers qui doivent acheter des florins pour s’acquitter des factures. Vous vous en doutez, les volumes de gaz sont si importants que ces opérations pèsent lourdement sur le marché des changes. Propulsé par une demande aussi soudaine que persistante, le florin grimpe rapidement contre les autres devises. L’industrie néerlandaise d’exportation voit immédiatement sa compétitivité internationale se détériorer.
  • Deuxième épisode
    Il se tient à l’intérieur des frontières : le pouvoir d’achat des Hollandais s’envole en termes relatifs, grâce à la nouvelle parité du florin. Les importations explosent et la balance commerciale, déjà mal engagée, vire au rouge. Du coup, les prix commencent à présenter de sérieux signes d’inflation. Et comme, pour les Hollandais, il devient plus intéressant d’acheter un téléviseur Thomson ou Telefunken qu’un téléviseur Philips, les entreprises locales subissent un second coup de bambou.
  • Troisième épisode
    Aux Pays-Bas, tout le monde veut travailler dans le gaz, le secteur en pleine croissance par excellence. Comme la productivité y augmente rapidement, les salaires aussi. Face à une désaffection de la main d’oeuvre, le secteur manufacturier réagit en augmentant lui aussi les rémunérations pour retenir ses salariés. Et l’inflation se porte de mieux en mieux.
  • Bouquet final
    Comme l‘énergie est devenue le secteur d’activité le plus rentable des Pays-Bas, il concentre les investissements productifs, achevant ainsi de déglinguer l‘économie nationale. Inflation forte, tissu productif déstructuré, chômage en hausse, moral en baisse, la Hollande est dans un triste état à la fin des années 70.

Et voilà comment est né The Dutch Disease En novembre 1977, l’hebdomadaire britannique The Economist titre l’un de ses articles The Dutch Disease (le mal hollandais), une expression qui fera florès lorsque le mal en question sera théorisé par les économistes américains Corden et Neary, en 1982.

L‘économie néerlandaise a tant souffert de sa soudaine “richesse” que son cas est devenu emblématique. Attention : nous ne disons pas que l’arrivée de rentes conduit systématiquement au désastre. Si le Royaume-Uni des années 80 présente des symptômes similaires, la Norvège constitue un bon contre-exemple. Ceci dit, la réorientation du capital et du travail d’un secteur d’activité à un autre est forcément douloureuse surtout que, à l‘époque, ni les entreprises, ni le marché du travail néerlandais n‘étaient suffisamment souples pour absorber un tel choc.

Circonstances aggravantes Facteur aggravant, l’Etat hollandais n’a pas su réagir face à ce changement structurel. Les réserves de changes gazières de la Hollande ont été redistribuées sous forme des dépenses publiques les plus élevées de l’Ouest, dont beaucoup de baisses d’impôts. La meilleure manière de soutenir l’inflation sans envisager “l’après-gaz”…

Demain, je vous dirai pourquoi le mal hollandais est plus que jamais d’actualité. Regardez autour de vous : n’avez-vous pas l’impression d’un déjà-vu ? Russie, Chine, Afrique du Sud, monarchies du Golf… le syndrome hollandais frapperait-il à nouveau ?

Emmanuel Gentilhomme

© Les Publications Agora France, 2002-2008
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.

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2 Commentaires pour Le “syndrome hollandais” frapperait-il à nouveau ? (1/2)

c429 Loki
Mar 24 Jun 2008
Loki photo

Ce papier a été rédigé par Emmanuel Gentilhomme.

c430 Louis
Mer 25 Jun 2008
Louis photo

Oui c’est bien ça. Emmanuel Gentilhomme qui fait partie de l’ Edito Matières Premières. Nous allons préciser l’auteur.

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