Et si l’effondrement des Bourses qui a démarré en 2007 n’était qu’un replay, au ralenti, des événements de la Grande Dépression ?
Bien sûr, dans les faits, la crise actuelle ressemble bien davantage au début de la Longue Dépression qui a suivi la panique de 1873 et le Gründerkrach viennois. D’un autre côté, certains aspects troublants, notamment liés à l’interventionnisme étatique, ne peuvent être ignorés.
D’abord un peu d’histoire
En 1865, la guerre civile se termine aux Etats-Unis. A cette époque, l’Amérique peut être comparée à la Chine actuelle. Les fermiers du Midwest inondent l’Europe de quantité de céréales bon marché, et les paysans européens crient au dumping, appelant les politiciens au protectionnisme. L’unique superpuissance mondiale est encore l’Angleterre.
Du point de vue économique, la bulle dot.com de l’époque sont les compagnies de chemin de fer. Entre 1866 et 1873, 56 000 kilomètres de lignes sont posés sur le territoire américain. L’Europe, pendant la même période, procède à l’érection des bâtiments qui font désormais le charme de villes comme Paris, Vienne ou Berlin. Et comme l’Etat dépense sans compter, monopolisant les ouvriers en bâtiment, les privés souhaitant bâtir une maison sont contraints d’offrir des ponts d’or aux architectes, menuisiers et autres couvreurs. La spéculation immobilière fait rage. Comme il faut toujours plus de crédits, de nouvelles entreprises, comme une certaine Deutsche Bank en Allemagne, voient le jour.
Tout cela repose sur du vent. Le 9 mai 1873, la Bourse de Vienne plonge, entraînant de nombreuses banques dans sa chute. A Berlin, l’empire ferroviaire de l’industriel Bethel Henry Strousberg s’effondre. A Budapest, la banque franco-hongroise se déclare en cessation de paiement. En septembre de la même année, le groupe financier Jay Cooke & Company, fortement exposé au secteur américain du rail, s’écroule quasiment du jour au lendemain.
Partout, les sociétés licencient une bonne partie de leurs employés et bientôt le monde entame une Longue Dépression. Entre 1873 et 1875, 18 000 sociétés font faillite aux Etats-Unis. Presque toute construction cesse, les salaires fondent comme neige au soleil, le prix de l’immobilier est en chute libre et les profits des sociétés cotées en Bourse disparaissent.
Pourquoi appelle-t-on cette crise la Longue Dépression ?
Tout simplement parce que l’économie se contracta pendant 65 mois, ce qui ferait presque passer les 43 mois de dépression post-1929 pour une désopilante partie de pique-nique. L’un dans l’autre, les historiens estiment que ce n’est qu’en 1901, dix-huit années plus tard, que les effets de cette crise furent finalement digérés aux USA.
Vous comprenez désormais pourquoi, jusqu’ici, la plupart des analystes sérieux comparent plus volontiers l’époque actuelle à la Longue Dépression qu’à la Grande Dépression de l’entre-deux-guerres.
Notons encore que si l’on compare ce qui est comparable, les responsables gouvernementaux successifs semblent avoir eu une attitude beaucoup plus saine pendant la Longue Dépression. Il faut probablement considérer la vingtaine d’années de souffrance comme une durée minimum, plutôt que l’inverse.
Une comparaison inquiétante avec 1929
Armé de ces convictions, j’étais donc prêt à batailler ferme à coups d’arguments massue contre quiconque prétendrait que la crise des subprime et ses conséquences nous mèneraient à une nouvelle version de la Grande Dépression. Jusqu’à ce que Mostafa Belkhayate, professionnel marocain bien connu des traders, ne compare publiquement les graphiques quotidiens du Dow Jones en 1929 avec les données hebdomadaires récentes. Et là, il faut avouer qu’il y a un air de famille, comme vous pouvez le voir sur le chart ci-dessous.

Comprenez-moi bien : une corrélation n’implique pas de relation de cause à effet. Certaines études de statistiques humoristiques sont parvenues à une corrélation de 95% entre le nombre de cigognes observées année après année dans une certaine région et le nombre d’enfants nés au cours de la même période. Malgré cela, peu de scientifiques croient que les bébés sont amenés par des échassiers migrateurs.
Quoi qu’il en soit, une propriété particulière de ce graphique attire mon attention. Entre la fin 2008 et la deuxième partie de 2010, l’indice Dow Jones de 1929 rebondit de 48% au total. En d’autres termes, si les choses devaient se ressembler suffisamment au point de rimer, il s’agirait alors d’un fantastique piège à pigeons haussiers.
Or, depuis le début de la crise, qu’a-t-on constaté ? Que les véritables gagnants sont les initiés, ceux qui contrôlent le jeu et disposent d’un afflux de liquidité inégalé depuis plus de dix ans. Dans ce jeu à somme nulle que sont les Bourses depuis une décennie, ils gagnent aux dépens de ceux qui, disposant de moins d’argent ou de trop peu de nerfs, lâchent le morceau toujours au mauvais moment… en général, les investisseurs ou traders particuliers qui n’appliquent aucun money management digne de ce nom.
Ceux qui considèrent que la phase actuelle n’est qu’un “rebond de chat mort” risquent de retourner leur veste si le marché progresse de près de 50% sur une période de deux ans. Ils réinvestiront à la hausse au pire moment et finiront plumés.
Deuxième et dernière observation : si la corrélation se matérialise, alors l’investisseur haussier finira en slip, et je suis gentil (certains se retrouveront en tenue d’Eve ou d’Adam). Par rapport aux niveaux actuels, il y aurait encore plus de 80% de chute. Vu l’attitude des pouvoirs publics jusqu’ici, j’affirme que cela n’arrivera probablement pas, à moins d’ajuster les cours par l’inflation.
En d’autres termes, le monde pourrait connaître, sur vingt ans, une inflation de 400%. Cela ne fait guère que 7% par an. Rappelez-vous : au début des années 80, celle-ci s’élevait à plus de 10% en rythme annuel. Si donc, dans vingt ans, cinq dollars valent un dollar actuel, le Dow Jones peut valoir 10 000 points… en termes réels, il aura tout de même perdu 80%.
Tout cela fournirait une interprétation. Les innombrables coussins glissés sous les fesses du système par les gouvernements pour que celui-ci ne se casse pas le coccyx permettent de fortement ralentir la chute. Voilà peut-être pourquoi un jour de curée boursière en début de siècle passé correspond désormais à une semaine de marché baissier.
L’économie est mourante, mais à force de liftings, liposuccions, botox et autres hormones de croissance, cette antique péripatéticienne que sont les marchés boursiers est en train de subir un relooking extrême aux frais du contribuable et des générations à venir, ce qui ralentit néanmoins l’exode des clients à court terme. Il est hélas à craindre que, tel Michael Jackson, cette chirurgie esthétique finira en amas de lambeaux peu ragoûtants.
Les stimuli étatiques sont donc comme la poudre de corne de rhinocéros, dont les effets aphrodisiaques peuvent faire illusion (et de belle manière) pendant un an ou deux sur des marchés en pleine débandade. Le chaland qui s’y laissera prendre sans s’entourer de robustes précautions risque d’attraper des maladies fatales pour ses économies.
Marc Mayor
© Les Publications Agora France, 2002-2008
Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.



5 commentaires
Ven 17 Avr 2009
Je vois un article sans corps… Est-ce le piège ? lool
En tous cas, concernant le “rebond”, on part de tellement bas pour les cours que ça n’a pas de sens de parler ainsi. Il s’agit peut-être d’un début de prise de conscience que le marché a été trop pescimiste.
Ven 17 Avr 2009
Oups… Maintenant le texte est lisible. Bon alors 2 remarques:
- La période internet a effectivement propulsé les cours vers des PER de 100… Un peu comme en 1929, où les PER étaient de 80 avant l’éclatement de la bulle. Au niveau de la valorisation, on retrouve donc une similitude.
- Par contre, la période actuelle a “démarré” avec des PER de 15, soit dans la moyenne basse historique, et nous sommes autour de 7/8 actuellement. Jamais nous n’avons été aussi peu valorisé: même en 29, au plus bas, les valorisations étaient de 8 à 10, soit plus qu’actuellement.
- Pour ce qui est de la crise du chemin de fer, effectivement il y une rescemblance… pour Internet encore !! Nous avions trop de compagnies de chemin de fer, et ça a “purgé”, tout comme en 2000, nous avions trop de société Internet, et la purge a eu lieu.
Par contre, la crise actuelle ne correspond pas à ce type d’excès. Elle correspond plutôt à une chaine d’irresponsabilité dans la finance, à travers l’échange des CDS et autres collatéraux, non valorisés à leur juste prix. Et quand on demande aux employés de faire du chiffre coute que coute, on arrive à faire n’importe quoi… et à devoir au final faire payer le contribuable !
Voilà, donc cette crise ne ressemble selon moi, ni à celle de 29, ni à celle de 1873. La seule rescemblance serait l’immobilier, qui reste encore 2 fois trop cher par rappport aux revenus des gens.
Dim 19 Avr 2009
Encore un qui ne s’est remis des déroutes de 2000 et de l’actuelle et dont les neurones, comme les cours, sont au tapis !!
Dim 19 Avr 2009
Je pense que cette “crise” est inédite et que nous sommes le nez dans le guidon. La crise de 1929 est encore mal expliquée, les historiens économistes débattent encore largement sur ce thème. A notre niveau de temps, il faut être prudent en trading.
Sam 10 Oct 2009
Rendez vous dans 2 ans pour voir si la prédiction est juste ou non… A en croire l’article, nous remonterons jusqu’en 2011 pour rebaisser ensuite. C’est fort possible, vu qu’en 2010, les taux ne remonteront pas. Mais en 2011, si les taux remontent trop vite, on risque l’effondrement de la demande et des bourses ?! Ce sera à suivre de très près en tous cas, surtout la reprise de l’inflation et comment les Etats vont s’y prendre pour rembourser (ou pas) les dettes colossales qu’ils ont pris pour soutenir l’activité en 2008-2009.