Philippe Rancourt photo

Le problème avec les pharmaceutiques


Je n’ai jamais été un grand fan des compagnies pharmaceutiques. Je ne partage pas l’enthousiasme de plusieurs investisseurs de style “valeur” pour ces sociétés. Malgré leurs ratios parfois attrayants, j’ai toujours eu l’impression que l’âge d’or de ces grosses sociétés était passé et que leurs actions n’étaient pas autre chose que des “value traps”. Une “value trap” est une société qui se vend à un faible ratio cours/bénéfice mais qui mérite pleinement ce ratio en raison de la lente érosion de ses revenus et profits (c’est donc une fausse aubaine).

Récemment, un article sur l’innovation dans la revue “Les affaires” est venu me conforter dans mon opinion négative sur les pharmaceutiques. On y apprend qu’entre 1991 et 2002, elles ont versées 440 milliards en dividendes, dépensées 115 milliards en marketing et investies 110 milliards en R&D. Quand le dividende représente 4 fois la R&D, c’est probablement qu’un certain niveau de maturité a été atteint… Dans le même article, le professeur Mehran Ebrahimi de l’UQAM critique le sous-investissement des pharmaceutiques de cette façon :

“Cela prend entre 12 et 15 ans pour développer de nouvelles molécules. On évalue qu’une pharma doit en élaborer entre 2,3 et 2,4 par an pour survivre. En ce moment, nous en produisons entre 1,2 et 1,3. Et 75% des médicaments mis sur le marché sont d’anciens produits qui bénéficient d’une deuxième vie dans le traitement d’autres maladies. Il n’y a pas de médicaments vedettes dans le pipeline. Nous fonctionnons selon la logique du profit. Ce n’est pas viable.”

Le futur semble donc un peu nébuleux pour cette industrie. Les investisseurs de style “valeur” auraient intérêt à se méfier des bas ratios c/b, gros dividendes et autres lieux communs sur le vieillissement de la population…

Philippe Rancourt

Article original


Vous ne voulez plus voir de publicité AdSense ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !
  • Noter cet article:
    • Actuellement 4.00 étoiles sur 5
    • 1
    • 2
    • 3
    • 4
    • 5
  • Email
  • Print
  • Facebook Favicon
  • LinkedIn Favicon
  • Scoopeo Favicon
  • TwitThis Favicon
  • Wikio FR Favicon

Articles liés


Ecole de Bourse


3 commentaires

c3238 Thierry Collart
Ven 29 Mai 2009
Thierry Collart photo

Je remets ici le commentaire que j’ai laissé sur votre brillant blogue:

Si votre opinion se vérifie, il y a de quoi se montrer très inquiet, et pas pour notre portefeuille !

http://cervininvest.blogspot.com/

En tant qu’investisseur, j’apprécie tout particulièrement le secteur “santé”, mais j’ai également quelques difficulté à repérer de bonnes pharmaceutiques.
J’ai tout de même acheté Roche qui me semble sortir du lot.
Pour les autres segments “santé”, j’ai opté pour Reckitt Benckiser (OTC) et Intuitive Surgical (chirurgie robotisée) et je zieute quelques autres acteurs (Techne, Becton Dickinson & co, Galenica, China Sky One Medical…)

c3240 Pascal
Ven 29 Mai 2009
Pascal photo

Quand j’analyse le marché de la santé en général, je constate que l’ensemble des acteurs, des cliniques, médecins et laboratoires ont leur business model limité et impacté par la protection sociale des pays qui limite souvent maladroitement leurs revenus (la technique budgétaire avec zero terme d’avance n’est pas toujours pertinente d’un point de vue métier ou le coût minimal n’est pas le cout optimal, mais c’est le coût immédiat, un avantage politique indéniable…), ne sachant pas limiter ses propres dépenses de fonctionnement…C’est ainsi que les médicaments génériques ont pu prospérer commercialement sur la réputation et la promotion des médicaments des laboratoires qui ont fait la recherche initiale…
Le fond de commerce et le droit de propriété intellectuelle sont bafoués pour la bonne cause…la santé.
Pour ce qui est des droits de la création littéraire et artistique, c’est une meilleure cause car plus politique : l’Art d’état et sa décadence télévisuelle ou “hitparadesque”...-)

c3241 Thierry Collart
Ven 29 Mai 2009
Thierry Collart photo

Effectivement, les génériques bafouent le droit de propriété intellectuelle.
Il faudrait agir en faveur de ceux qui créent et non plus en faveur de ceux qui ne font que copier… Mais cela demanderait un peu decourage politique, moins de démagogie à deux balles et des idées, ceque les politiciens de ce bas monde n’ont plus depuis fort longtemps.
On pourrait imaginer un système obligeant les pharmaceutiques à baisser drastiquement le prix de leurs médicaments après expiration d’une période destinée à rentabiliser leurs coûts de R&D, mais maintenir les brevet ed vitam eternam.

Laisser un commentaire

Votre email est requis.

Adresse de votre blog ou site.

Me prévenir par email de nouveaux commentaires ?

HAUT ↑