Les Etats-Unis, la locomotive de l‘économie mondiale se retrouve sur une voie de garage. Sa devise, devenue monnaie mondiale d‘échange, a fait naître un concert d’inquiétudes à travers la planète, alors qu’elle s’effondrait face à un prix du pétrole en hausse au premier semestre 2008.
Le dollar pourrait être balayé, c’est en tout cas ce qu’anticipe George Soros dans un livre intitulé La vérité sur la crise financière. Il y annonce une période d’instabilités politique et financière, dues à la chute du pouvoir dominant qu’exercent les Etats-Unis et à la fin du dollar comme principale réserve monétaire.
Les plus pessimistes estiment que les pays étrangers cesseront de prêter aux Etats-Unis à des taux avantageux. La Fed pourrait alors choisir de laisser le dollar s’effondrer, puisqu’un dollar fort ne parviendrait plus à remplir son rôle, qui est d’appâter les prêteurs.
Pour John Cassidy, de Portfolio, le scénario le plus probable est que les banques centrales mondiales vont petit à petit diversifier leurs réserves, abandonnant le dollar. “Qui sait ? Peut-être que dans vingt ou trente ans, l’euro ou le yuan seront devenus la monnaie préférée de la mafia russe ou des magnats du pétrole arabes, au détriment du dollar”, s’interroge-t-il.
Les Etats-Unis ne cessent de perdre du poids au sein de la finance mondiale. Comme l’explique Keith Fitz-Gerald sur le site MoneyMorning.com, aujourd’hui, 78 % des activités économiques globales ont lieu en dehors des Etats-Unis. La Bourse américaine ne représente plus que 30 % de la capitalisation mondiale, 45 % de moins qu’en 2004. “Un jour, la part du lion des transactions financières se fera hors des frontières américaines”, prévoit l’auteur. Ce qui laisse présager des problèmes pour les investisseurs américains eux-mêmes. “[Ceux] qui voudront connaître un certain succès dans les années à venir vont devoir apprendre tout ce qu’ils peuvent sur des marchés dont ils ne savent même pas encore prononcer le nom”, poursuit Keith Fitz-Gerald. Une réflexion qui pourrait également s’appliquer aux investisseurs français.
La dépendance financière des Etats-Unis marque la fin de son règne et l’effritement de son deuxième pilier : son influence à l‘étranger. Le pays se finance à coups de déficits, complaisamment achetés, jusqu’ici du moins, par nombre d’autres pays au travers, notamment, de bons du Trésor. Les Etats-Unis dépendent donc de la bonne volonté des autres à les financer. Devenant les débiteurs du monde, ils perdent en même temps leur capacité à imposer leur politique, notamment face à des pays tels que la Chine.
Imaginer que les Etats-Unis puissent faire faillite est choquant. Pourtant, nous ne pouvons que vous recommander d‘éviter les T-Bonds américains et le dollar.
Ingrid Labuzan
© Les Publications Agora France, 2002-2008
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