L’article de Smartmoney (en anglais) donne un point de vue intéressant : au lieu de l’augmenter, la spéculation réduirait la volatilité,. Des exemples pertinents ont été observés avec une commodité dans les années 1950 : les oignions. Les produits dérivés ont été interdits pendant un certain temps en réponse à une volatilité trop accrue du prix des oignions. Or, il s’avère que ces interdictions ont empiré la situation.
Il ne s’agit que d’un exemple, mais une logique simple explique ce phénomène. La spéculation encourage les achats et les ventes en terme de volume, ce qui donne une certaine stabilité aux prix des actions ou des commodités. Parfois, une forte tendance à la hausse ou à la baisse se dessine. Cependant, nous pensons que dans bien des cas, on blâme à tort la spéculation pour justifier les excès.

Par exemple, prenons Nortel en début de l’an 2000, juste avant son effondrement. Comme on le sait, le prix de l’action a connu une ascension vertigineuse. La plupart des investisseurs entrevoyaient un avenir brillant pour tout ce qui touchait la technologie qui était plus ou moins reliée aux communications et à l’internet. La bulle technologique a été créée par un consensus général parmi les professionnels et même les néophytes en investissement. Il ne s’agissait pas de l’œuvre des spéculateurs. On pourrait rétorquer que soudainement, la plupart des gens étaient devenus des spéculateurs, car ils achetaient des actions sans savoir ce qu’ils achetaient. Cependant, à la bourse, il y a toujours un grand pourcentage de ce type d’investisseurs. Normalement, ils ne s’enrichissent pas sur de longues périodes de temps.
Les spéculateurs qui sont pointés du doigt (à tort) sont ceux qui profitent d’une situation ou d’une tendance, et qui s’enrichiraient au détriment des honnêtes gens. Prenons le cas du baril de pétrole, qui est passé de 30 à 147 dollars en peu de temps. Nous nous rappelons que bien des investisseurs envisageaient une pénurie de pétrole à moyen ou à court terme, notamment à cause de la forte consommation de la Chine.
S’agissait-il de spéculateurs, ceux que l’on pointe du doigt ?
Non, en fait, il s’agissait plutôt des gestionnaires de fonds de pension ainsi que monsieur et madame tout-le-monde qui avaient leur petite idée sur l’avenir du pétrole. Autrement dit, nous pensons que, dans la plupart des cas, les excès sont causés par un consensus général dans la population, ce qui pousse un titre ou une commodité dans une direction précise.
Il serait bien étonnant que les spéculateurs puissent à eux seuls faire bouger les marchés sur des périodes de temps significatives. Si c’est le cas, peut-être qu’il faudrait redéfinir ce qu’est un spéculateur, puisque cela engloberait alors une majorité d’investisseurs !
Nous avons personnellement vécu la frustration de voir disparaître les spéculateurs sur un marché, alors que nous détenions des options de vente à découvert en 2008. Lorsque le gouvernement américain décida de bannir la vente à découvert sur la plupart des titres d’institutions financières, les primes sur les options de ces compagnies ont soudainement explosé ! Comme la stratégie de vente à découvert est souvent accompagnée de stratégies d’options (par exemple, l’achat d’une option pour se protéger contre une hausse inattendue d’un titre), les spéculateurs ont tout simplement déserté le marché. L’absence de ces derniers (ou peut-être qu’on pourrait les appeler ‘‘investisseurs à court terme’‘) a fait en sorte que la différence entre le prix demandé et le prix offert pour les options avait pris des proportions démesurées. Le marché s’est donc figé, étant devenu presque totalement illiquide. Pour avoir une idée, imaginez que pour acheter une maison de taille moyenne, vous deviez payer 300 000 dollars mais que, si vous êtes propriétaire de ce même genre de maison, vous devez vendre à moins de 100 000 dollars pour convaincre un acheteur. L’absence d’acheteurs et de vendeurs favorise ce type d’anomalie.
Et lorsqu’il s’agit d’un produit de base comme le blé ou le cuivre, ces anomalies peuvent affecter de nombreuses entreprises qui dépendent d’une certaine stabilité des prix. En permettant la présence de spéculateurs, une trop forte variation des prix est corrigée par leurs tentatives de profiter de ces écarts. Plus ils essaient de tirer profit des fluctuations, plus les prix sont stables, ce qui bénéficie grandement à notre économie.
Peut-être devrions-nous cesser de toujours blâmer les spéculateurs ?
Qu’en pensez-vous ?
Les Investigateurs Financiers
www.barragecapital.com



1 commentaire
Jeu 17 Sep 2009
Je ne suis pas retourné voir la définition d’un spéculateur, mais il me semble qu’attendre une hausse des cours démesurée, sans rapport avec des fondamentaux économiques réels procède de la spéculation.
Or on a des facteurs techniques actuels qui favorisent ces comportements:
L’appat du gain facile sur une courte période.
La surdiffusion de l’information de tous ordres.
Le trading range que les professionnels essaient d’installer pour vivre des flux des marchés.
La sélection étroite de valeurs de qualité qui compose la tendance, les autres valeurs ayant plus un rôle de traine…
Ce qui devient spéculatif, c’est quand même quand les quantités échangées dépassent les quantités physiques disponibles (le plus frappant ce sont les matières premières, du blé au pétrôle) ! C’est généré par des instruments de crédit comme le levier au SRD, les dérivés, les produits indiciels etc…
Alors oui, avec les volumes, la volatilité statistique tends à se tasser.
Mais la question fondamentale critique c’est : Est-ce que le plus grand nombre à raison ?
La réponse ne pose de problème à personne, jusqu’à ce que les premières personnes se retirent du marché prises de vertiges (je veux dire qui ne se replacent pas sur des valeurs refuges mais qui restent liquide) : elles amorcent de façon infinitésimale la contraction du marché sans contre-partie. L’entropie fait le reste tranquillement. Et la réponse devient alors problématique très rapidement.
La régulation ne résouds rien, car elle ne traite pas des causes, mais des conséquences.
Pour que les marchés soient efficients, il faudrait déjà commencer par gommer les biais haussiers dont ils sont affectés…
On pourrait imaginer des cotations d’actions négatives, des reports de position de vente à découvert peu couteux et une communication financière différente…