La société Systran : une pépite 2011?

Comme vous, les traductions automatiques sur internet proposées par Yahoo, Google et autres me laissent hilares, mais quant il s’agit de textes officiels je passe de l’hilarité à la consternation : quand parviendrons nous à faire s’entendre des peuples aux langues si différentes !

La faute à qui ? A SYSTRAN, une PME bien française d’une cinquantaine de salariés qui fournit dans une version gratuite mais très basique tous les grands moteurs de recherche : Yahoo, Google, etc.…. Heureusement il existe chez SYSTRAN des versions plus professionnelles. C’est que le besoin est immense et il est étrange que l’Europe ne soit que le 2° client (après les USA) de cette start-up trentenaire qui n’en finit pas d’accoucher d’un modèle économique viable.

Mais tout progresse : la qualité des traductions, le management de l’entreprise, la tolérance du marché face a certaines approximations, les capacités informatiques et la téléphonie.

Imaginez….

Imaginez que demain, il suffise de payer 20 € pour 2 heures de traduction simultanée lors de négociations avec vos confrères brésiliens, vietnamiens et turcs, le tout par visio conférence internet, sans sortir de votre bureau . Imaginez que demain je sois à Oulan-Bator (capitale de la Mongolie ou LVMH à une succursale) à la sortie de l’aéroport. Je monte dans un taxi, parle à mon téléphone, une jolie voix féminine envahit l’habitacle et indique au conducteur l’adresse de mon hôtel ainsi que le chemin souhaité. Le conducteur mongol me fait un grand sourire (chouette il a compris), me répond avec force gestes ; mon téléphone traduit : en clair c’est « bienvenue, ça vous fera 300 € ». Je dis non, il s’arrête, on discute via le translateur, on tombe d’accord pour 30 €. Il prétend que c’est mon appareil qui a mal traduit sa pensée mais moi j’ai la trace de notre conversation ! Dire que cela sera pareil dans quelques jours à Guangzhou, dans cette Chine du sud ou l’on parle cantonnais et non mandarin…. On ne peut tout savoir.

Quel progrès ce serait ! Encore un peu un rêve mais je crois SYSTRAN capable de le réaliser. Et ce leader mondial est pourtant si petit que même la commission européenne le méprisait. Mal lui en à pris, le TPICEE vient de condamner Bruxelles à payer 12 M€ à SYSTRAN, soit plus d’une année de chiffre d’affaires ! Ceci s’ajoutant au 12 M€ de trésorerie disponible de cette entreprise, SYSTRAN sera bientôt à la tête d’un joli trésor de guerre (pour sa taille) qui doit lui donner des idées. La commission a fait appel mais celui-ci n’est pas suspensif donc c’est un cash minimum de 20 M€ qui dort désormais chez Systran.

C’est sans doute le principal risque de cette entreprise prometteuse. Avec une situation nette de 14 M€ pour un total de bilan de 20 M€ fin 2009, un endettement long terme trop faible, aucun contrat aidé (une boutique comme aimait de Gaule : « des chercheurs qui trouvent, on en cherche ») et une gestion plus que prudente, on peut craindre que l’abondance lui tourne soudainement la tête. Exemple : malgré plus de 15 M€ investis durant des années en R&D, les immos ne sont comptées que pour 1/3 alors que chaque année l’investissement intellectuel représente 22% du CA, 1.71 M€ en 2009. On sent que le PdG, M. SABATAKOKIS (50 ans, Sc.Eco, 14 ans dans l’entreprise, principal actionnaire avec 15 % du capital, donc pas le profil d’un PDG touriste) à du vivre des vaches maigres et sait serrer les boulons. Mais qu’en sera-t-il dans quelques mois ? Et inversement à quoi sert un trésor de guerre ?

Avec un cours boursier de 2 € pour 1,52 € de fondamentaux ( Situation nette : 13,77 M€ / 9 millions d’actions) le titre ne capitalise même pas au 31.12.2010 la trésorerie nette (inclus litige CEE et déduction faite de toutes dettes !), autrement dit les actifs durables sont pour rien dans la valeur du titre…. C’est rare en un temps ou chacun se gausse de son goodwill et de sa valeur en discounted cash flow ! On notera quand même que le cours était à 1,18 en octobre, donc certains ont déjà doublé en 3 mois leur plus value.

A croire que SYSTRAN, dont le flottant représente pourtant 40 % de sa capitalisation, fait tout pour rester modeste, en dessous des normes et semble même minorer ses bénéfices. Que cache cette stratégie ?

-Un rapprochement possible avec un leader ? Un projet grandiose de réinvestissement mondial avec son propre « translator » ? Là il y aurait un vrai risque, mais peut être aussi une immense potentialité…

Dans tous les cas, un titre très intéressant, son rapport est clair et logique. Mais attention : inscrit au compartiment C d’Euronext = risque de liquidité ! Objectif de cours : 3,50 € soit + 57 %. Reste l’incertitude juridique du litige CEE .


Conformément aux art.327.1 & suivants du règlement général de l’ AMF la présente analyse ne constitue pas une incitation à investir ou désinvestir dans le titre concerné

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