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La peur engendre plus de peur


Voici un constat particulièrement intéressant. Pendant des mois, nous nous étions posés la question à savoir s’il était possible de prédire l’impact de cette crise sur les marchés boursiers, afin de profiter du creux ultime. Nous savons bien que ce genre de questionnement est futile, mais l’ampleur de la baisse boursière que nous avons connue à partir d’octobre est telle que nous nous demandons si un investisseur bien avisé aurait pu profiter de la crise au moins en partie.

Certains l’ont fait, notamment en pariant sur l’effondrement du crédit hypothécaire. Mais, mettons de côté ce genre de stratégie, car les risques étaient proportionnellement élevés en cas d’échec. Nous faisons plutôt allusion à un investisseur qui aurait gardé son portefeuille 100% en encaisse jusqu’au mois de mars 2009, pour ensuite investir au creux du marché, ou du moins, près de ce creux.

Bien que nous soyons des investisseurs à long terme pour qui le ‘‘market timing’‘ ne constitue pas une stratégie gagnante, il nous arrive de songer au scénario de rêve : ne rien perdre lors de la baisse, et gagner le gros lors de la remontée. On peut bien rêver non?

Lorsqu’une baisse comme celle que nous avons connue, d’octobre 2008 à mars 2009, survient, il est bien tentant d’envier les personnes qui ont fait preuve de prudence extrême. On peut même se remettre en question. ‘‘Ces personnes avaient-elles vu des choses que je n’avais pas vues?’‘. Bref, reconsidérer sa philosophie d’investissement est normale, puisqu’il faut chercher à toujours s’améliorer en tant qu’investisseur.

Voici ce que l’on constate! Lorsque le creux est atteint, la peur est tellement répandue dans les marchés que ceux qui ont évité de perdre de l’argent durant la correction sont également ceux qui ont le plus peur lorsque les actions représentent des opportunités en or! Ce qui fait que la peur engendre plus de peur. Ainsi, mis à part quelques exceptions souvent dues à la chance, on ne peut pas espérer le scénario de rêve (vendre au sommet, acheter au creux).

Il existe donc une zone grise importante, où nous pourrions visualiser les extrémités comme étant la peur d’un côté, et l’opportunisme de l’autre. On souhaiterait évidemment pouvoir passer de l’un à l’autre au moment opportun, mais ça ne fonctionne pas comme cela! Si on choisit la peur, alors on évite d’investir en octobre 2008, alors que les actions commençaient à être drôlement alléchantes. Comme les mauvaises nouvelles ne cessaient de se multiplier, il est presqu’impossible de penser qu’on peut, rendu au mois de mars, passer de la peur à l’opportunisme. Si un investisseur était effrayé en octobre dernier, il doit nécessairement l’être davantage en mars. Les manchettes nous servaient tout un film d’horreur à ce moment-là.

À l’opposé, un opportuniste est logiquement tenté dès le mois d’octobre. Peut-être qu’il aurait pu attendre jusqu’au mois de novembre. Mais jusqu’au mois de mars? Quand nous y pensons, cela nous semble impossible.

Nous considérons que Warren Buffett, malgré son âge (selon nous, ce serait plutôt ‘’à cause’‘ de son âge), s’avère le meilleur investisseur de tous les temps. Après une telle débâcle boursière comme celle que nous venons d’expérimenter, beaucoup d’investisseurs remettent en question ses capacités. Quant à nous, nous penchons plutôt du côté de l’humilité : si M. Buffett a tout de même perdu de l’argent durant la correction, comment peut-on, nous, espérer des rendements parfaits?

Pour conclure, nous constatons que le monde de l’investissement comporte une certaine justice. Dans la plupart des cas, si un investisseur est plus perspicace que la moyenne pour éviter de perdre de l’argent quand tout bascule, il ne l’est pas assez pour saisir les meilleures opportunités quand elles se présentent.

Les Investigateurs Financiers

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Ecole de Bourse


6 commentaires

c3265 Anonyme...
Mar 02 Juin 2009
Anonyme... photo

Bonjour,

Fort intéressant comme article. Voici mon cas personnel visant à contribuer à votre conclusion.

D’abord, dans l’échelle des investisseurs «peureux», sachez que je suis au top. Je suis tout simplement incapable de voir mon argent gagné honnêtement être soumis aux aléas des nouvelles souvent biaisées, des compagnies corrompues, des interventions gouvernementales improvisées, etc.

Cela dit, j’ai vécu le scénario de rêve dont vous parlez : en mai 2008, j’ai tout vendu mon portefeuille ( qui est de plusieurs fois dans les 6 chiffres). Pourquoi? Rien de très érudit, car j’insiste, je ne connais la bourse qu’en surface. Je suis une éternelle débutante dans les marchés boursiers. Alors j’ai vendu parce que je trouvais les marchés tellement hauts et, l’élément déclencheur fut un article sur les prêts hypothécaires offerts à vraiment n’importe qui dans CBS marketwatch. Je ne m’y connais pas trop en immobilier non plus, mais je me suis dit «c’est trop». En fait, j’ai senti qu’il manquait quelque chose dans l’équation, sans mettre le doigt sur quoi que ce soit.

En octobre, tout a tombé comme on le sait, mes pertes s’élevaient donc à... 0%. En fait, j’ai même fait du 2% dans les CPG. Le scénario rêvé.

En décembre, je fut bien tentée de racheter, mais j’ai attendu, la peur m’a en effet figée sur place. Par chance.

Mais en mars, un matin, avec le DOW sous les 7000, j’ai racheté de nombreux FNB, dont le XIU. Et quelques titres financiers. Bref, j’ai investi environ 40% de mon portefeuille dans les actions.

Un pur hasard je vous dit, car honnêtement, j’ai eu la peur de ma vie de racheter tout ça, mais une petite voix me disait qu’au pire, si la bourse tombe encore, j’ai beaucoup de liquidités.

Alors j’ai fait des sous sans trop lire, sans trop suivre.

Et hier, j’ai tout revendu parce que ce que je lis, je le trouve sombre malgré la bourse.

Alors voilà, deux conclusions à mon histoire :

1-Aujourd’hui, mon argent n’est plus à la bourse, mais peut-être que je m’y remettrai encore, comme chaque fois que l’occasion me semble si belle. C’est un peu comme l’avion : j’en ai une peur bleue, je tremble, je suis en sueur, mais j’ai plus de 60 voyages outremer à mon actif…

2- Je me sens déçue de n’avoir remis que 40% de mon argent et c’est surtout à ça que je pense.

Donc, la morale de tout ça?

À la bourse, les plus peureux peuvent aussi être de bons opportunistes. Mais une chose est sûre, peu importe le type d’investisseurs, on n’est jamais vraiment content de ce qu’on a fait et jamais certain de ce qu’on va faire.

; )

P.M.
38 ans, Mtl

c3266 Pascal
Mar 02 Juin 2009
Pascal photo

J’aime bien le coté humble de la peureuse ci dessus…sans doute une des clés de ses succès…
Je suis dans le top des peureux aussi…même si je ne sais pas trop ou me classer.
Simplement si les cours de bourse ne vont pas au ciel, ils ne descendent pas en dessous de zéro non plus…Cela fait des années que les fondamentaux de la bourse ne sont pas bons. Je suis liquide depuis 2007 par opportunisme…
L’offset baissier est plus facile à maitriser pour un profane. Une plus value se fabrique bien plus facilement avec un prix d’achat bas.
Les professionnels peuvent faire plusieurs plus-values peu significatives, et avoir un gain total plus important, mais j’attends un bon prix d’achat et que la bourse renvoie son deuxième top baissier d’ici un an…Il faut aussi savoir ce dire que les jours de panique au plus bas ou au plus haut, il n’y a plus personne pour passer ses ordres….En résumé je suis par nature un suranticipateur procrastinateur perfectionniste : rien de bon en bourse !

c3267 Thierry Collart
Mer 03 Juin 2009
Thierry Collart photo

Tout ceci nous ramène au timing et à tout le hasard et les aléas que cela suppose…

Très peu pour moi ! Je préfère m’en tenir à l’investissement à long terme sur des valeurs très soigneusement choisies.

c3269 Pascal
Mer 03 Juin 2009
Pascal photo

Exactement !
Pour suivre une tendance j’utilise toujours des supports directs (actions) que je comprends, aux fondamentaux irréprochables. Je dois comprendre globalement leur métier et leur marché, mais aussi leur montage, leurs sous jacents et les dépendants, leurs alternatives ou concurrents. Leur inconvénients? Ils sont moins réactifs à la hausse mais moins à la baisse aussi, mais ils ont beaucoup de flottant ce qui permet d’avoir des ordres qui passent et ceci dans des fenêtres plus larges.
D’autre part, être investi à long terme ça signifie quoi? Pour moi cela veut dire que je reste plusieurs années sur une valeur tout en me reposant régulièrement à court ou moyen terme la question de savoir si c’est la bonne valeur. Si la réponse était négative et que je n’ai pas d’alternative, je n’hésite pas à redevenir liquide.
Je sais que je perds toutes les opportunités des petites hausses de marché que les intra-day font, mais ainsi j’évite toutes les petites baisses au passage…et tous les frais afférents aux deux flux…Et comme la première regle c’est de ne pas perdre d’argent…Je pense que je maximise ainsi mon long terme. Je me demande d’ailleurs qui a les nerfs assez solide pour demander plusieurs reports consécutifs en vente à découvert au SRD, vu les frais demandés…
Finalement le plus dur c’est de s’empêcher de faire quand il ne faut pas faire ou qu’on ne sait pas bien faire parce que l’on ne sent pas bien le marché, qu’on hésite : on a envie de faire sans idée bien précise. Notre principal ennemi c’est alors nous même…

c3270 Benjamin Boulier
Mer 03 Juin 2009
Benjamin Boulier photo

Bonjour à tous.

Je suis aussi totalement d’accord avec Thierry. Je pense qu’une optique d’investissement sur le long, voir très long, terme dans des titres soigneusement sélectionnés et selon l’approche “Weinstein” (par phases) enlève une bonne partie de peur et de stress liés aux corrections des marchés, même si celles-ci durent plusieurs mois. Il est important de se positionner et de garder ses titres sur la durée que l’on s’est fixé. De plus, les périodes d’indécisions et de corrections des marchés sont des moments propices pour surpondérer ses positions et ainsi profiter de ces baisses plutôt que d’en avoir peur.

c3272 Pascal
Mer 03 Juin 2009
Pascal photo

Si on est pas ouvert à tout on se prive de possibilités énormes. Je ne m’interdis rien et surtout pas d’être liquide. Contrairement à nos auteurs, je crois que ce qui fait le plus peur ce n’est pas une tendance marquée a aller dans une direction avec une forte amplitude, c’est quand la tendance est hésitante et progresse (les marchés ont un travers haussier, le biais est un terme trop faible!) par autoconviction sans fondamentaux clairs. On a peur quand on ne comprends pas ce qui se passe et qu’on est dans l’avion. On a moins peur si on comprends dans l’avion et pas peur si on en est descendu après avoir compris rapidement…Toutefois une fois les signaux techniques reçus, la peur arrivée, on finit par s’habituer à une tendance puisque l’homme s’habitue à tout. On révise ses objectifs, ses certitudes et ses prétentions. Ceux qui ont été les plus sensibles ou les plus sélectifs à la tendance baissière le seront aussi un peu à la reprise, mais ils n’auront pas peur. On peut avoir le vertige des sommets sans être claustrophobe…et aimer faire ses PV à partir des cours d’achat…

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