L’empire du Milieu n’a jamais caché son intention de profiter de la crise pour racheter à moindre coût des entreprises étrangères autrefois inaccessibles. Mais la perte colossale de 200 milliards de yuans (23 milliards d’euros) subie en 2008 après ses prises de participation, notamment dans des banques comme BlackStone, Morgan Stanley et Fortis, l’avait contraint à calmer le jeu.
“Nombre d’établissements bancaires chinois se montrent de plus en plus prudents quant à leurs projets de rachats à l’étranger”, constatait le 18 décembre le Zhongguo Zhengquan Bao (China Securities News).
Or, depuis quelque temps, une nouvelle tendance se dessine en Chine dans le domaine des rachats transfrontaliers. Plus exactement, sans vouloir renoncer à leur stratégie, les Chinois ont décidé de modifier leur tactique.
Miser essentiellement sur le secteur minier
A en croire une information diffusée le mois dernier par le Zhongguo Shiyou Bao (China Oil News)1, la Chine va encourager ses entreprises à investir, d’ici à trois ans, dans le rachat d’entreprises énergétiques étrangères et dans l’exploitation des ressources minières situées hors de ses frontières. Elle réfléchit par ailleurs aux moyens de soutenir les grands projets d’investissement dans l’énergétique : prêts à taux préférentiel, apports de capitaux étatiques, exonérations fiscales, réduction des taxes à l’export des sociétés minières… Autant de mesures possibles, sans compter la prochaine création d’un fonds dédié à la prospection des ressources énergétiques à l’étranger. Le ton est donné : à court et moyen terme, ces opérations vont concerner essentiellement les sociétés minières. Ainsi, après les projets de prises de participation dans Rio Tinto et OZ Minerals – pour ne citer que les plus connus –, il faut s’attendre à d’autres tentatives chinoises similaires dans les années à venir.
“Heureux” concours de circonstances
La montée en puissance de la Chine en matière de rachats de sociétés minières étrangères s’explique avant tout par un “heureux” concours de circonstances. En effet, touchées par la crise et surendettées, nombre d’entreprises minières étrangères sont devenues des proies idéales pour un pays qui a largement les moyens de se les offrir. D’autant que, compte tenu de ses nombreux projets d’industrialisation et d’urbanisation d’envergure, l’empire du Milieu a d’énormes besoins en matières premières. Rappelons au passage que, si le pays est le troisième producteur minier du monde, il n’occupe cependant que le 53e rang mondial pour ce qui est du taux de possession de ressources minières par habitant. Enfin, en rachetant des sociétés minières sous-évaluées, les Chinois se protègent contre une future remontée des matières premières, qu’ils jugent inévitable. “Il faut agir vite, avant que les prix ne reprennent le chemin de la hausse”, met en garde un expert chinois. Rappelons aussi que si la Chine concentre pour le moment ses opérations sur le secteur minier, c’est en partie à cause de ses nombreuses mésaventures en matière de rachats de banques étrangères. Un journal économique chinois évoque ainsi la question : “Plutôt que les établissements financiers, ce sont les entreprises minières qui doivent mener des opérations de rachats à l’étranger : la finance est un secteur à fort effet de levier et le risque y est très élevé.”
Et de conclure par un conseil de bon sens : “En investissant dans des sociétés minières, vous achetez ce dont vous avez besoin et vous ne risquerez jamais de vous tromper. En revanche, un mauvais placement dans le secteur financier peut vous faire tout perdre !”
Camille-Yihua Chen
© Les Publications Agora France, 2002-2008
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