Les continents riches en ressources minières et énergétiques ne sont pas les seuls à intéresser l’empire du Milieu. L’Europe, en particulier occidentale, l’attire tout autant.
Le 24 février, une délégation chinoise de deux cents chefs d’entreprise a visité quatre pays : l’Allemagne, la Suisse, l’Espagne et le Royaume-Uni. Sa mission : investir 13 milliards de yuans (1,47 milliard d’euros), afin d’acheter technologies et équipements européens dans des domaines aussi variés que l’aéronautique, le ferroviaire, l’automobile, l’agroalimentaire, les télécommunications, l’électronique, le pharmaceutique et le développement durable. Le 7 mars, une autre délégation chinoise s’est rendue dans ces quatre pays, afin d’y rechercher des opportunités. Certes, la tournée en Europe de ces deux délégations a permis à la Chine d’acquérir à des prix très compétitifs les actifs dont elle avait besoin. Mais, au-delà de leur intérêt purement commercial, les visites des Chinois en Europe, il convient également de le signaler, revêtent des dimensions politique et diplomatique.

Résister au protectionnisme américain
Rappelons tout d’abord que c’est sur fond de montée du protectionnisme aux Etats-Unis que la Chine a envoyé ses délégations commerciales en Europe. En effet, alors que le Congrès américain a voté la clause “Buy american” du plan de relance du président Obama, le gouvernement chinois, quant à lui, a affiché son intention d’acheter européen. “L’une des conséquences directes de la crise est l’excédent de stocks, analyse un économiste chinois. Dans ce contexte, tous les pays espèrent que les autres viendront acheter leurs produits […]. Le fait que la Chine ait signé plusieurs contrats d’achats d’envergure avec l’Europe montre non seulement son désir de tendre les bras vers les étrangers en manque de liquidités, mais aussi, et surtout, sa volonté de résister à toute forme de protectionnisme”, affirme-t-il. Renforcer leurs relations commerciales avec les Européens, dans un contexte de crise sans précédent, constitue pour les Chinois une nécessité. Cela leur permettra de réduire le déficit commercial de l’Union européenne vis-à-vis de leur pays (191 milliards d’euros en 2008) et d’éviter ainsi d’éventuels conflits sino-européens. Un tel rapprochement représente aussi pour l’empire du Milieu un enjeu stratégique, à un moment où ses perspectives d’échanges avec les États-Unis et le Japon se sont assombries à cause du protectionnisme américain et d’une forte récession qui frappe l’économie nippone. C’est donc pour le moment le jeu de la diversification en matière de partenariat commercial que les Chinois s’appliquent à mettre en place avec les Européens.
Viser les technologies de pointe européennes

En outre, l’acquisition de technologies et d’équipements européens, qui sont parmi les plus performants du monde, s’inscrit dans la stratégie chinoise en matière de développement industriel. L’objectif est de profiter d’une telle opportunité pour se moderniser à la vitesse grand V et de changer ainsi en profondeur la structure de son économie. Enfin, il faut reconnaître que les Chinois, pour parvenir à obtenir les transferts de technologies, notamment dans le domaine des transports ferroviaire et aéronautique, ont su exploiter le point faible des Européens, à savoir le manque de capitaux nécessaires à la survie de leurs entreprises.
“En apparence, les deux parties y ont trouvé leur compte. En réalité, en devenant concurrents potentiels des Européens, les Chinois ont ainsi marqué un avantage substantiel pour le long terme”, fait remarquer le quotidien Xinxi Shibao.
Camille-Yihua Chen
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