Le pays qui a fait l’actualité la semaine dernière, c’est la Chine en annonçant le maintien d’une politique monétaire incitative au moins jusqu’à la mi-2010. Autrement dit, le crédit va rester abondant pour les ménages et les entreprises, ce qui devrait doper la consommation intérieure.
Quand la Chine devient trop chère
Pékin est convaincu que l’économie chinoise ne peut plus compter sur le moteur des exportations à destination de son principal client (l’Amérique) ou des pays européens. Les derniers chiffres d’activité provenant d’Angleterre, d’Allemagne ou des Pays-Bas trahissent la lenteur, voire l’arrêt de la reprise. Compte tenu de l’arrimage du yuan au dollar, la remontée actuelle du billet vert est de surcroît une bien mauvaise affaire pour les entreprises exportatrices alors que les commandes occidentales pour Noël sont en nette contraction.
Le pays constate également qu’en dehors d’une classe moyenne privilégiée, les salaires ne progressent que très lentement pour les classes les plus défavorisées. Pour le réservoir de consommateurs le plus colossal de la planète, le “made in China” est encore trop cher … et une hausse des salaires serait suicidaire.
La seule solution (à l’américaine !) c’est d’avancer à crédit de l’argent pour consommer en espérant que cela créera une spirale de croissance vertueuse. Mais pour l’heure, les défauts de paiement progressent déjà à un rythme de +135% par an et ça empire !
Un véritable casse-tête chinois
Les banques locales vont donc être incitées à prêter plus généreusement à la classe ouvrière disposant des meilleurs revenus. Les salariés les plus mal payés, les paysans pauvres vont devoir attendre encore longtemps avant de pouvoir goûter aux charmes de la société de consommation … à crédit.
Le problème, c’est l’injection d’argent dans un système économique déjà en surcapacité de production et où les emprunteurs sont souvent en situation précaire : beaucoup d’usines ou d’ateliers ferment et licencient en masse, victimes de la concurrence de l’Inde, du Vietnam, du Cambodge… et même de pays d’Afrique.
Nous savons d’expérience que l’addiction à la dette est difficile à gérer car elle tourne systématiquement très mal dans un contexte de bulle immobilière et de fuite en avant en matière d’endettement. Mais Pékin tente encore de nous persuader que “tant que le bâtiment va, tout va”.
D’un point de vue boursier, nous attendons que la bulle éclate
La Bourse de Shanghai est typiquement le reflet d’un marché de bulle, dirigé par la liquidité et déconnectée des fondamentaux.
Le jour où l’indice SSE entamera sa correction, ce sont tous les scénarios de croissance tirée par les émergents qui se trouveront remis en cause et une deuxième vague de récession déferlera sur la planète.
Examinons en détail le profil de ce fameux indice SSE Composite Index qui affiche +75% depuis le 1er janvier.
Un record annuel a été inscrit dès le 4 août dernier à 3 470 points mais il été suivi d’une lourde rechute sur 2 640 points en moins de 4 semaines. Il lui faudra près de 3 mois pour se rapprocher des 3 340 points (le 23 novembre) et 15 jours de plus pour échouer une seconde fois sous les 3 330 points (le 7 décembre).

Une configuration baissière se met en place
A peu de choses près — et c’est assez net en affichant le graphique en hebdo que vous voyez là —, nous observons la formation d’un M baissier moyen terme sous les 3 450/3 350 (pour schématiser). Il n’y aurait pas lieu d’anticiper un péril imminent si les oscillateurs techniques (MACD, Momentum, RSI, Stochastiques) n’amorçaient avec une belle simultanéité leur inflexion baissière, de la même manière qu’au début du mois d’août dernier.
La marge de sécurité avant rupture de la base du canal ascendant se réduit singulièrement avec la récente rechute sur les 3 230 points. Un premier signal de correction moyen terme serait validé par l’enfoncement du support oblique qui gravite vers 3 150 points ; une rechute en direction des 2 800 points (gap haussier du 2 octobre) deviendrait difficilement évitable en cas de rechute sous les MM50 et MM100 regroupées vers 3 100 points… devenant le seuil pivot décisif à moyen terme (avec le gap toujours béant des 2 632 points du 27 mai en ligne de mire).
Je considère que la Chine (et les anticipations qui s’y rattachent) sont la clé de la tendance à court et moyen termes … tout autant que l’évolution du dollar qui vient de franchir un nouveau cap décisif vendredi dernier à 15h30 en débordant les 1,4680, et fuse à la hausse vers 1,4650. Le prochain objectif est donc 1,45.
Philippe Béchade
© Les Publications Agora France, 2002-2008
Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.



0 commentaire