Les Investigateurs Financiers photo

Japon et US : différences fondamentales


Est-ce que les États-Unis connaîtront le même type de déflation que le Japon? Voilà une question intéressante, puisque plusieurs éléments de la présente crise correspondent à ceux de la crise japonaise des années 90.

Bien des analystes craignent la déflation, qui se traduirait par une très faible croissance de l’économie ainsi que par de mauvais rendements sur les investissements. William Sterling de Trilogy Global Advisors a écrit un excellent article à ce sujet. Il a été publié dans le magazine Perspective de Placements CI, Première Édition, Hiver 2009. Nous résumerons ici les points importants.

Il est clair que tout comme au Japon, l’immobilier s’est effondré aux États-Unis, et le système bancaire est en difficulté. Cependant, M. Sterling doute fortement que l’on puisse comparer nos voisins du Sud aux problèmes qu’a connus le Japon pendant plus de 10 ans.

Trois raisons supportent son point de vue :

  • 1) La différence démographique entre les deux pays est évidente. Le Japon a connu une chute de la croissance démographique au début de la crise, et elle serait même actuellement négative, contrairement aux États-Unis qui affiche un taux de 1% par an. Si moins de travailleurs sont présents sur le marché du travail, les seuls gains possibles pour la croissance constituent les gains en productivité (des employés plus efficaces ou de meilleures technologies). Par conséquent, la démographie aurait été en partie responsable de la crise.

Qui plus est, le gouvernement semblait prioriser une faible inflation, puisqu’une bonne partie de la population nippone est composée de retraités. Une faible inflation avantage ces derniers, en conservant leur pouvoir d’achat alors qu’ils reçoivent des rentes fixes. Donc, il y avait absence de volonté à créer de l’inflation.

  • 2) Les États-Unis ont été nettement plus proactifs pour cibler la déflation. Ils ont été beaucoup plus rapides et nettement plus agressifs dans la portée de leurs mesures. Si le mois de décembre 1989 représente le sommet boursier japonais (ainsi que celui du prix des terrains, à quelques mois près), il faut calculer 6 ans avant que le gouvernement établisse des taux d’intérêt réels négatifs (il s’agit d’un taux d’intérêt inférieur à l’inflation). Qui plus est, les taux ont atteint 0% seulement après plus de 11 ans (par rapport au sommet boursier).

À l’opposé, la Fed américaine a réagi seulement à peine plus d’un an plus tard après le sommet boursier d’octobre 2007. Et immédiatement, un certain assouplissement quantitatif de la politique monétaire a été mis en place.

Quant à la portée des mesures entreprises, celles des États-Unis sont sans précédents. En 2001, les politiques au Japon se seraient limitées à forcer les banques à accepter des réserves non désirées, ce qui n’occasionna pas l’expansion des prêts. L’article de M. Sterling cite Martin Wolf du Financial Times en ces mots :

‘‘Je ne pense pas qu’on peut apprendre quelque chose d’utile de l’expérience japonaise car, pour être franc, la politique d’assouplissement quantitatif a été mise en vigueur d’une fraçon tellement incompétente. Il y a plusieurs moyens d’utiliser la presse imprimée pour influencer l’économie. Parmi ces moyens, le moins efficace que je puisse imaginer est d’amasser des réserves dans un système bancaire qui est soit sous-capitalisé ou qui a des emprunteurs sous-capitalisés. Cela corrrespond à pousser dans le vide, comme l’a dit Keynes.’‘

La Fed américaine quant à elle, a agi comme intermédiaire dans les marchés. En 1996, la Banque du Japon avait pris 7 ans avant d’afficher une croissance de ses actifs de 170%. Aux États-Unis, la Fed les augmenta de 330% en moins de 6 mois.

  • 3) Les États-Unis veulent à tout prix combattre la déflation, alors que le gouvernement nippon faisait plutôt preuve de prudence. Ben Bernanke, le président de la Fed, a déjà étudié la question de la déflation au Japon. Il a déjà déclaré que les dollars américains n’ont que de la valeur que si la quantité est strictement limitée. Afin de s’assurer que le dollar perde de la valeur (ce qui revient à contrer la déflation puisque tous les biens augmentent en prix lorsque le dollar diminue), il prône la presse à imprimer. Il s’agit d’une mesure efficace pour provoquer l’inflation.

Il faut faire certes attention. Imprimer de l’argent ne coûte rien, et donne l’impression que l’on peut faire ce que l’on veut avec une devise. Cependant, un abus à ce type de recours aurait des conséquences désastreuses, notamment l’inflation. Si le monde entier perdait confiance vis-à-vis le dollar américain, une importante inflation s’ensuivrait. Et un dollar fortement affecté par l’inflation ne vaut pas mieux qu’une longue et pénible déflation.

En conclusion, tous les scénarios économiques sont possibles, et on doit tous les considérer. Mais à la lumière de ce qui se passe actuellement, une déflation à long terme nous apparaît peu probable.

Les Investigateurs Financiers
Article original


Vous ne voulez plus voir de publicité AdSense ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !
  • Noter cet article:
    • Actuellement 0.00 étoiles sur 5
    • 1
    • 2
    • 3
    • 4
    • 5
  • Email
  • Print
  • Facebook Favicon
  • LinkedIn Favicon
  • Scoopeo Favicon
  • TwitThis Favicon
  • Wikio FR Favicon

Articles liés


Ecole de Bourse


0 commentaire

Laisser un commentaire

Votre email est requis.

Adresse de votre blog ou site.

Me prévenir par email de nouveaux commentaires ?

HAUT ↑