Les investisseurs s’habituent à tout, pour peu qu’ils valident les hypothèses les plus fantaisistes. Mais si l’envolée de +45% de la Bourse de Tokyo depuis son plancher du 9 mars (inscrit à 6 986 pts) a peu ému les analystes, c’est que contrairement au S&P ou au CAC40, ils se souviennent qu’il y a eu de nombreux précédents (pas moins de quatre rebonds de +40% à +50%) tout au long des années 90.
Le Nikkei, un indice hautement volatil !
Des exemples éclairants restent gravés dans les graphiques de la dernière décennie, à commencer par l’année 1999 (avec +40% de janvier à juillet, entre 13 200 et 18 500 pts).
Vinrent ensuite les +47% d’avril à novembre 2003 (entre 7 600 et 12 200 pts) puis les +62% d’avril 2005 à avril 2006 (entre 10 825 et 17 560 pts), ce qui correspond à la meilleure année de l’histoire pour le marché japonais.
Mais l’un des principaux enseignements des vingt dernières années, c’est que les valeurs japonaises ont toujours reperdu plus que ce qu’elles avaient gagné précédemment ! Elles ont inscrit à chaque fois de nouveaux plus bas historiques de vingt ans en 2003 puis de trente ans début 2009.
La fête est finie
Le Nikkei n’en est donc pas à son premier coup d’essai en matière de hausse vertigineuse, et un gain de +45% est loin de pouvoir être considéré comme un maximum. Allait-il s’envoler vers les 10 500 pts et engranger +50% sans avoir jamais consolidé de plus de 7% après avoir effectué un rallye de +25% en trois semaines ?
Alors que le gouvernement japonais avait rehaussé ses prévisions de croissance le 10 juin, l’optimisme était à son apogée le 12. Le Nikkei franchissait alors la barre psychologique des 10 000 pts. Mais l’indice s’est retrouvé bloqué par la résistance oblique moyen terme gravitant autour des 10 170 pts… et les cours ont subi un violent pullback sur les 9 750.
Le mouvement s’enclenche dans le sillage de Wall Street alors que la remontée du yen face à l’euro et de nombreuses autres devises stoppe l’euphorie qui a permis à de nombreuses exportatrices de doubler de valeur en trois mois.
Island Reversal sur le Nikkei : attention à la baisse
Résultat : le Nikkei matérialise un îlot de retournement (Island Reversal), inauguré par un gap au-dessus des 10 022 pts. Il se conclut par un second gros gap sous les 10 029 pts (réouverture à 9 940… avec des oscillateurs techniques en chute libre tant en daily qu’en weekly).
C’est une figure validant une inversion de tendance majeure dans 90% des cas. Sa rareté n’a d’égal que sa fiabilité et le signal baissier du 16 juin est conforté par la cassure successive de deux supports ascendants court et moyen terme. Le premier gravitait dans la zone des 10 000 pts, le second vers 9 850 pts.
Le prochain palier de soutien se situe vers 9 500 pts, le suivant se dessine à 9 000 pts (zénith du 6 au 16 avril et plancher du 18 mai). Le principal support moyen terme coïncide avec les moyennes à 20 puis 30 semaines qui convergent dans la zone des 8 500 pts (ex-plancher du 28 avril dernier).
Si nous devions parier sur un objectif emblématique, nous privilégierions les 8 350 pts, c’est-à-dire le comblement du gap du 1er avril dernier.
Attention à la contagion !
Et nous avons le sentiment que le Nikkei ne va pas être le seul indice mondial à revenir fermer les gaps restés béants depuis cette date. Comme il se montre toujours plus volatil que ses homologues occidentaux, nous ne serions pas étonnés de le voir tutoyer les 8 000 pts si le CAC40 retrace le gap des… 2 841 pts.
Philippe Béchade
© Les Publications Agora France, 2002-2008
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