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Faut-il préférer l’or physique à l’or papier ?


Approfondissons la stratégie du fonds américain, Greenlight, qui a transformé son or papier en or physique.
“Après une enquête poussée, nous avons arbitré la totalité de notre position GLD [l’ETF américain SPDR Gold Trust, premier ETF aurifère au monde, NDLR] pour de l’or physique. A tout le moins, cela permettra de faire quelques économies, les coûts de stockage étant moins élevés que les frais afférents au GLD.”

Voilà ce que le fonds d’investissement américain Greenlight Capital écrivait à ses clients le 13 juillet dernier. “A tout le moins” : ce qui suggère qu’il existe d’autres raisons à ce changement de stratégie que le coût. Nous avons laissé la parole à quelques spécialistes.

Quelques questions sans réponse

L’Edito Matières Premières & Devises a tout d’abord contacté le fonds lui-même. Son directeur général Daniel Roitman a confirmé la citation ci-dessus, mais il ne commente pas la politique d’investissement de son groupe. Classique. Nous avions bien proposé quelques pistes : la sécurité du produit ? Ou le fameux risque de contrepartie, puisque le fonctionnement du GLD repose sur différentes institutions financières comme le spécialiste de l’épargne institutionnelle State Street (son organisateur), Bank of New York Mellon et HSBC, pour ne citer que les principaux ? Sans succès.

On ne saura pas non plus comment le fonds a procédé pour sortir du GLD, ce qui aurait été intéressant : Greenlight a-t-il vendu ses GLD sur le marché ? Ou a-t-il a exercé le “droit de retrait” de ses parts en lingots, une modalité de sortie que prévoient la plupart des ETF aurifères physiques – suivant des conditions complexes et coûteuses, pour qui n’est pas un hedge fund – ? Enfin, si l’or du GLD est, d’après son organisateur, soigneusement conservé dans des coffres londoniens supervisés par HSBC, on ne sait pas où est maintenant celui de Greenlight. Toujours à Londres ? En Suisse ? Derrière la machine à café ? Sur la Lune ? Là encore, mystère.

Supputations industrielles

Nous avons donc consulté d’autres spécialistes du secteur, à commencer par des industriels pour qui l’or n’est pas étranger. Chez l’Allemand Aurubis, un raffineur de cuivre et de métaux précieux à usage industriel, on nous répond sans ambages : “à notre connaissance, nous pouvons confirmer que de plus en plus d’investisseurs arbitrent leurs positions de l’ETF GLD vers l’or physique. Mais cela n’est pas nouveau, et nous avons d’ailleurs vu passer des informations de presse à ce sujet depuis plusieurs mois”. Plusieurs mois ? Dont acte.

L’or de l’ETF est-il bien là ?

Questions à d’autres industriels qui, eux, produisent des lingots. Cela affecte peut-être leurs réponses. Sous réserve qu’il ne soit pas identifié, un responsable d’un raffineur européen de métaux précieux nous dit qu’il a remarqué que de plus en plus d’investisseurs s’interrogent sur la sûreté offerte par les placements d’or papier que sont les ETF. C’est là une antienne chez les plus angoissés des gold bugs, les fanatiques de l’or : l’or de l’ETF est-il bien là ?

Mais notre source ajoute que les investisseurs particuliers ne sont pas – ou plus – les seuls à se torturer ainsi. A présent, ils sont rejoints par des investisseurs institutionnels, qui s’intéressent davantage aux lingots, nous dit-elle.

Du côté des banquiers

Maintenant, voyons ce qu’en pensent les banquiers. John Reade, analyste en chef des métaux précieux chez UBS, l’indiquait dans son commentaire du 22 juillet : quel rapport peut-on établir entre la baisse de l’encours de l’ETF aurifère qu’est le GLD et l’annonce de Greenlight ? Je reformule, en substance, son propos : cette baisse d’encours traduit-elle la désaffection de l’or, ou la préférence pour un autre mode de détention ? Car l’avantage des ETF, cher lecteur, est que leur encours est mis à jour et publié quotidiennement. Ce qui n’est pas le cas, vous pensez bien, des barres d’or planquées là où personne d’autre que leur propriétaire n’est censé les retrouver !

L’Edito Matières Premières & Devises a donc posé quelques questions à John Reade. Il nous répond “avoir entendu parler d’autres demandes de renseignements provenant d’investisseurs désirant se lancer dans des arbitrages de ce type”, des ETF vers le métal physique. Mais il ne sait ni sur quelles quantités elles portent, ni même si elles ont abouti.

Petit spectre de la Grande Confiscation

Incidemment, le spécialiste d’UBS ajoute : “d’autres investisseurs m’ont demandé si je pensais que le gouvernement américain pourrait de nouveau saisir les avoirs privés en or, comme tel avait été le cas dans les années 30. C’est pour moi une possibilité infime, mais je ne la considère pas nulle pour autant”. Diantre !

Roland Duss, directeur de la recherche de la banque privée suisse Gonet & Cie, recommande à ses clients de se positionner sur l’or, viades ETF et aussi de l’or physique. Il ajoute encore : “l’or physique fait partie intégrante d’un dossier qui ne peut subir de risque de contrepartie, ce qui n’est pas valable pour l’ETF” en question, le GLD. En effet, selon lui, “les investisseurs craignent que l’ETF ne soit pas effectivement couvert par de l’or physique, ce qui est faux, car il est détenu dans un local séparé à la Banque d’Angleterre”. M. Duss, qui privilégie toutefois l’ETF suisse de ZKB (celui de la Banque cantonale de Zurich, réputée pour la disponibilité du métal), ne pense pas que la confiscation de l’or “soit d’actualité”.

Terminons avec Michel Juvet, homologue du précédent pour une autre maison suisse de gestion de fortune, Bordier & Cie. Lui aussi conseille à ses clients de s’exposer à l’or, en mettant l’accent sur la possibilité de “disposer de l’or physique en cas de besoin”. D’ailleurs, il trouve “ridicule de payer des frais pour garder et gérer ces positions en or”. S’il faut passer par un ETF, il préfère aussi celui de ZKB. M. Juvet n’avait pas envisagé la saisie de l’or par la puissance publique. “J’espère ne pas me tromper”, conclut-il.

Emmanuel Gentilhomme

Emmanuel Gentilhomme est journaliste et rédacteur financier. Il a collaboré à plusieurs reprises avec le Journal des Finances et la Société Générale. Il suit de près les marchés boursiers européens et étrangers, mais s’intéresse également à la macroéconomie et à tous les domaines de l’investissement. Il participe régulièrement à L’Edito Matières Premières & Devises.

© Les Publications Money Week France
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.

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